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Nos lecteurs ont la parole

Les dictateurs modernes

George SABAT
Dans l'article publié le 23 février sous le titre « Ces jeunes qui veulent faire tomber le régime confessionnel au Liban », L'Orient-Le Jour signale que M. Hassan Chouman, un sympathisant de Facebook, relève avec ironie que si, dans les pays arabes en ébullition (Égypte, Libye, Bahreïn, Yémen), il y a un seul dictateur, ici nous en avons au moins sept ou huit.
M. Chouman a bien fait d'employer le terme « au moins ».
En fait, j'estime que, dans sa déclaration, M. Chouman a péché par excès d'optimisme. Non, M. Chouman, les sept ou huit dictateurs auxquels vous faites allusion ne sont que les pointes visibles de l'iceberg qui risque, à tout moment, de faire chavirer le navire de l'État.
Cet iceberg s'est lentement mais sûrement aggloméré au fil des années, depuis le jour où nous avons arraché au mandataire notre indépendance. Il comprend à présent tous les membres de cette « monocratie » à laquelle j'ai fait allusion dans mon article « Le droit à la connaissance », publié le 26 février.
Ce sont les milliers de membres des « special interest groups » qui sont les véritables dictateurs au Liban. Ils constituent la masse cachée de l'iceberg, et qui n'en est que plus dangereuse. À l'instar de leurs « alter ego » aux États-Unis, les lobbies d'affaires et les groupes financiers, ils tirent les ficelles du pouvoir et lui imposent les décisions qui ne servent en définitive que leurs intérêts immédiats.
Mais, arrêtons-nous un instant. Leur raisonnement est-il vraiment valable ? Ont-ils vraiment intérêt en fin de compte à dépecer et affamer cet État qui les nourrit de sa chair et de son sang ? Une fois que ces deux-là seront consommés, qu'adviendra-t-il de nos capitaines de l'industrie et de la finance ? Quand le pays aura atteint le point de non-retour, avec une dette de cent milliards de dollars, une infrastructure délabrée, un peuple aux abois et au bord de la révolution, comment envisagent-ils de continuer à « faire des affaires » ?
Je vous prie, mes amis, n'allez pas m'accuser de « socialisme » ou pis de « communisme ». J'entretiens le plus profond respect pour nos leaders du commerce, de l'industrie, du tourisme, des services et de la finance, qui ont réalisé des exploits surprenants durant ces vingt dernières années et pour lesquels je tire mon chapeau.
Tout ce que je leur demande c'est d'arrêter, pour quelques instants, leur course folle au profit immédiat, d'envisager, à tête froide, l'avenir du pays qui est aussi le leur et celui de leurs enfants.
S'ils acceptent de le faire et de m'écouter, je dirai aux gros commerçants et industriels, aux banquiers, aux courtiers, aux négociants de l'immobilier, aux hommes d'affaires et aux détenteurs de monopoles qu'à moyen terme, leurs véritables bénéfices sont en fait le fruit du labeur des « petites gens ». Éliminez ceux-ci, que reste-t-il ?
Or du train où nous allons, ces « petites gens » cesseront un jour d'exister. Il n'y a déjà presque plus de classe moyenne au Liban, et les jeunes émigrent par fournées, à la recherche d'un avenir meilleur. Qui restera pour faire le travail de ces messieurs-dames ?
Où voulez-vous en venir, me demandera-t-on ? Que voulez-vous au juste ? Je crois que beaucoup qui auront lu cet article m'auront bien compris. Car le Libanais est loin d'être bête. Après tout, l'homme le plus riche du monde n'est-il pas d'origine libanaise ?
Je laisse donc la suite au prochain numéro, tout en glissant, avant de terminer, une allusion au concept de la « participation ». Cette participation, à condition qu'elle soit bien comprise, adoptée, appliquée et surveillée, pourrait se révéler la panacée idéale à la multitude de maux dont souffre ce pauvre Liban.

George SABAT

Dans l'article publié le 23 février sous le titre « Ces jeunes qui veulent faire tomber le régime confessionnel au Liban », L'Orient-Le Jour signale que M. Hassan Chouman, un sympathisant de Facebook, relève avec ironie que si, dans les pays arabes en ébullition (Égypte, Libye, Bahreïn, Yémen), il y a un seul dictateur, ici nous en avons au moins sept ou huit.M. Chouman a bien fait d'employer le terme « au moins ».En fait, j'estime que, dans sa déclaration, M. Chouman a péché par excès d'optimisme. Non, M. Chouman, les sept ou huit dictateurs auxquels vous faites allusion ne sont que les pointes visibles de l'iceberg qui risque, à tout moment, de faire chavirer le navire de l'État.Cet iceberg s'est lentement mais sûrement aggloméré au fil des années, depuis le jour où nous avons arraché au mandataire notre...
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