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Culture

Triosence, le jazz vers des contrées lointaines

Festival al-Bustan Les amoureux du jazz ne sont pas oubliés de la programmation de Myrna Bustani et de son équipe. C'est jeudi soir, à 10h30 très précises, sous la verrière de l'hôtel de Beit Méry, que l'ensemble allemand Triosence a fait son entrée sur scène, face à un public gratifié de demi-pinte de bière blonde et de frites croustillantes...
05/03/2011
Les premières notes sont comme les premières lignes d'un roman: si l'accroche est bonne, l'auteur est probablement bon et la lecture à venir à coup sûr excellente. C'est à peu près ce que le public a ressenti dès l'attaque, tout à fait pacifique, du pianiste et fondateur du trio, Bernhard Schüler, 32 ans au compteur, aussitôt suivi du contrebassiste Ingo Senst qui, une fois n'est pas coutume, dominait son instrument d'une bonne dizaine de centimètres. Le jeune vétéran de Triosence, né en 1964, n'avait rien à envier, dans sa maîtrise du rythme bleu, au trépidant Stephan Emig, batteur et percussionniste de son état, à peine plus jeune que Herr Schüler. Voilà pour les présentations.
Ensuite, il aurait fallu y être à ce concert de 120 minutes, entracte compris, pour se faire une idée du jazz «chocolaté» qui y a été joué, et de belle manière. Triosence, avec la modestie typique des musiciens inspirés, affiche clairement ses préférences et les phrasés de leurs modèles, à commencer par Bill Evans, dont la douceur du toucher pianistique a bercé et berce encore des millions de soirées romantiques, bucoliques ou tout simplement béatement solitaires à travers les générations, depuis le XXe siècle, et le monde. Ces longues plages mélodieuses qui se sont enroulées autour des tympans et des corps des auditeurs ont laissé planer, sous les vitres impeccablement transparentes du Crystal Garden, une vraie atmosphère de cool jazz. Modestie et authenticité: ces jeunes Allemands - en aurait-il été autrement au Bustan? - n'ont interprété que leurs propres compositions, disséminées à travers quatre albums depuis la création de Triosence en 1999. La présence de Keith Jarrett, pianiste, parfait équilibre entre le calme et la tempête qu'il sait si bien poser sur ses cordes, s'est aussi fait ressentir, jusqu'à ce que Herr Bernhard emporte la salle vers des contrées lointaines. Sur des portées très figuratives, la contrebasse s'est presque fait violoncelle sous la caresse d'un archet d'Asie centrale, aux portes de la Chine et pourquoi pas du Japon médiéval. Et grâce aux 31 percussions - 32 pour être tout à fait exact puisque Stephan Emig se servait de son corps - qui ont retenti ce soir-là, les escales dans les royaumes planétaires du rythme ont été fréquentes, variées, discontinues puisque le morceau Seven 2 Eight a rendu hommage au changement de tempo.
Quand, à minuit passé, les moteurs des voitures ont redémarré, il est resté dans les mémoires quelques belles images: les sourires des personnes présentes - les vibrations de l'auditoire étaient des plus agréables, créant une osmose avec la musique, ce qui est un cadeau rare -, le plaisir évident de jouer d'artistes eux aussi visiblement heureux de leur contact avec le public... Quant au jazz, il était bel et bien là, dans toute son (Trio)essence.

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