Le livre de Samy Khayat Connais-moi toi-même porte en soi le témoignage de l'attachement viscéral et inébranlable de l'écrivain au Liban et au théâtre (je devrais dire, plus universellement, à la patrie et à la profession), et cela malgré
les difficultés inouïes, quotidiennes, politiques, économiques, sécuritaires et personnelles rencontrées pendant des années et des années de guerre, et avec un acharnement qui frise l'abnégation et parfois l'héroïsme, et qui rassure
et qui conforte. Le Libanais, le lecteur qui a vécu ces heures horribles se reconnaît dans ces péripéties et s'identifie en entrant en symbiose avec le narrateur. Ce livre, écrit avec la verve d'un grand romancier, est un message parfait de solidarité et de résistance. Quiconque ne l'a pas saisi se sera limité au superficiel.
Reste à s'attendre à voir l'ouvrage figurer, il le sera sûrement, parmi les classiques de la littérature
francophone libanaise.
Ambassadeur du Liban à Madrid
Le béton a gagné
L'arbre est tombé.
Perchée sur mon balcon qui donne vue sur un paysage ne s'étendant pas à plus de 3 mètres, je regarde, le cœur lourd, un arbre qu'on abat de sang-froid. Un centenaire ? Un bicentenaire ? Je ne saurais le dire. Tout ce que je sais, du haut de mes 36 ans, c'est que cet arbre, des années durant, a combattu la pluie, a vaincu les vents, la foudre et les averses de grêles, a résisté à la pollution, aux roquettes et aux balles, nous a assaini l'air, nous a donné des brises fraîches et a colorié nos vies. Et nous, d'un coup de hache, on l'a laissé tomber.
Je regarde avec amertume ce camion emportant ses vestiges qui finiront sans doute dans les cheminées de quelques richards. Autour d'un feu, ils trinqueront probablement à l'inauguration d'un nouveau gratte-ciel.
Comme le dit si bien la chanson cynique de Cabrel, « L'arbre va tomber, le monsieur veut garer sa voiture. C'était juste un morceau de bois ».
Monsieur le Ministre de l'Environnement, dites-moi que ce n'était pas juste un morceau de bois, que les arbres du Liban font partie du patrimoine.
Faute de quoi, Monsieur le Ministre, il faudra faire voter un changement d'appellation à notre chère patrie, car le Liban vert n'est plus.
Amour et pardon
Á l 'heure ou les régimes arabes s'écroulent comme des dominos à cause de la dominance d 'un seul chef, il est regrettable de voir que chez nous, le système tribal et confessionnel demeure bien vivant, hélas, et le peuple toujours divisé en clans, suivant à l 'aveuglette leurs chefs. Ces derniers ne doivent-ils penser, par moments, à ces chefs d'État déchus, qui ont amassé des millions et qui finiront certainement leurs jours dans l'exil, peut-être même poursuivis et jugés un jour dans leur propre pays ? N'est-il pas aussi grand temps pour le peuple de tirer les leçons du suivisme aveugle et pardonner ? Pardonner, dans cette mosaïque de pays où plusieurs confessions survivent, et refuser ainsi ces jugements qui nous viennent emballés, parachutés de l'extérieur, pour pouvoir sortir de cette crispation et jouir enfin de la libération, de l'autonomie, et éviter une nouvelle guerre civile. Cessons de grâce ces rassemblements de moutons de Panurge de ces deux grands blocs, cessons d'idolâtrer et de créer des célébrations pour nos martyrs. En un mois comme celui de février, il nous est resté à peine dix jours de travail. Autorisons-nous pour une fois à tourner la page en acceptant d'un seul cœur d'avoir eu une tranche de vie douloureuse, mais qui fera désormais partie de notre histoire.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef