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Nos lecteurs ont la parole

Je n’ai pas compris !

Georges TYAN
La dernière fois que j'ai utilisé ces mots, c'était il y a pas mal de temps. Dans l'autocar qui me ramenait de l'école à la maison, il y avait un tel chahut que le surveillant a utilisé son sifflet, puis a crié tous gonds dehors : « Je n'ai pas compris ! »
Ma répartie juvénile : « Mais vous n'avez jamais rien compris », m'a valu une exclusion et d'autocar et d'école de trois jours.
Quelques décennies plus tard, je me retrouve dans le rôle de l'arroseur arrosé. En effet, je ne comprends pas et je ne comprendrai jamais peut-être ce qui se passe dans la région autour de nous.
Il est vrai que les despotes ont poussé loin le bouchon. La gabegie, la corruption, les pots-de-vin, les passe-droits, le trafic d'influence, la pauvreté, la faim à tous les étages, sauf à la cour des princes, en raison de leur comportement, se sont institutionnalisés.
Pour poignant et révoltant que cela est, je n'arrive à croire que l'immolation d'une personne tenaillée par la faim puisse avoir provoqué ce cataclysme régional avec son effet domino qui a commencé en Tunisie, est passé par l'Égypte pour contaminer le Yémen, Oman, Bahreïn et la Libye, le reste étant à venir.
On ne devient pas révolutionnaire du jour au lendemain, surtout dans un État policier où les sbires sont postés à chaque coin de rue, épiant et rapportant les faits et gestes de tout un chacun, même les plus ordinaires.
Pour ceux qui se sont souvent rendus dans de pareilles contrées (pas très loin de chez nous), souvenez-vous comment, installés dans les halls des hôtels, sirotant un café, des personnes aux mines patibulaires s'asseyaient à vos côtés, regardant ailleurs, mais tendant une oreille attentive aux conversations les plus anodines.
Même chez nous, il fut un temps où certains prirent l'habitude, non de parler à voix basse, mais de chuchoter, levant la tête vers le plafond, puis la tournant de droite à gauche, comme pris d'un tic, pour s'assurer qu'on ne les entendait ou qu'on ne les observait pas, à l'intérieur de leur propre bureau, de leur voiture, ou de leur domicile.
On ne guérit pas le syndrome de la peur en un clic de souris, même si la toile, Facebook, Twitter et autres ont servi à véhiculer l'appel au ralliement. Toujours est-il que je ne vois pas comment le fellah de Haute-Égypte, qui n'a même pas d'électricité chez lui, a pu capter le message, y répondre, le transmettre à d'autres, alors qu'on nous l'a décrit totalement inculte.
Nous ne sommes pas à une incohérence près. Je reste sceptique, non que je dénie à ces peuples leur courage, la justesse de leurs revendications, ou à leur jeunesse son refus de continuer à plier sous le joug de la maltraitance et de la pauvreté, alors que les richesses naturelles de leurs pays sont pillées par une infime minorité qui ne leur laisse que des miettes et les garde sous pression à travers des lois martiales iniques et éternelles.
Ce qui m'interpelle dans cet effet domino, c'est sa propagation tel un feu de brousse, attisé par les alliés d'hier qui, avec une facilité déconcertante, renient et se débarrassent comme des pestiférés de ceux qu'ils ont protégés des années durant, abrités, armés, accueillis, foulant ensemble le tapis rouge, spécialement déroulé en leur honneur.
Curieuse est cette légende de peuples brimés, opprimés et spoliés qui veulent s'émanciper et qui s'arrête justement aux portes de pays où tout appelle à la révolution, où l'esclavagisme a toujours cours, où les richesses et les pouvoirs politiques sont concentrés au sein d'un même groupement, où la démocratie est un leurre, et où la femme est tout au plus bonne pour faire la bonne.
Vivant dans un pays habitué à subir la loi de l'étranger, et ses désirs, je me demande en toute humilité ce que le deus ex machina veut, peut-être y a-t-il des personnes perspicaces pour m'expliquer les tenants et aboutissants de cette machination qui, comme d'aucuns le suggèrent, tend à morceler et dépecer les pays de la région en petits États, dociles et obéissants.
Personnellement, je donne ma langue au chat, je n'y ai rien compris. Avec le temps, cela viendra peut-être.
Georges TYAN
La dernière fois que j'ai utilisé ces mots, c'était il y a pas mal de temps. Dans l'autocar qui me ramenait de l'école à la maison, il y avait un tel chahut que le surveillant a utilisé son sifflet, puis a crié tous gonds dehors : « Je n'ai pas compris ! » Ma répartie juvénile : « Mais vous n'avez jamais rien compris », m'a valu une exclusion et d'autocar et d'école de trois jours.Quelques décennies plus tard, je me retrouve dans le rôle de l'arroseur arrosé. En effet, je ne comprends pas et je ne comprendrai jamais peut-être ce qui se passe dans la région autour de nous.Il est vrai que les despotes ont poussé loin le bouchon. La gabegie, la corruption, les pots-de-vin, les passe-droits, le trafic d'influence, la pauvreté, la faim à tous les étages, sauf à la cour des princes, en raison de leur comportement,...
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