En fait, la Chine, qui représente 25 % de la population mondiale, ne représente encore que 9 % de la production, quand par exemple l'Europe des 27 qui représente 8 % de la population mondiale fournit 25 % de la production de la planète. La Chine est dans un processus de rattrapage qui lui permet d'effacer un siècle maudit, celui allant du traité de Nankin de 1842 à la mort de Mao en 1976, siècle où elle fut victime de ces deux aberrations économiques que furent le colonialisme et le communisme.
On ne peut que se réjouir de cette dynamique, mais il serait probablement excessif de faire de la Chine à la fois un modèle de gestion économique et la puissance ultradominante des années à venir. Pour revenir au Japon, en 1990, il représentait 18 % du PIB mondial et il était de bon ton dans les commentaires de faire de ce pays la puissance dominante du XXIe siècle. Aujourd'hui, son poids dans l'économie mondiale est descendu à 8,75 % et le monde ignore Tokyo pour mieux encenser Pékin.
La Chine porte en elle des faiblesses souvent ignorées comme le Japon d'antan. Sa croissance fondée sur l'export et une politique assez étroitement mercantiliste va se heurter à l'augmentation inexorable du coût de sa main-d'œuvre. Déjà le Vietnam et l'Indonésie la concurrencent dans le textile et la mécanique. Pour conserver ses parts de marché, Pékin maintient un taux de change sous-évalué par le biais d'un contrôle des changes qui pénalise les investisseurs étrangers. Le résultat global de cette politique est l'installation de l'inflation dans le paysage économique chinois. En effet, la hausse du cours des matières premières n'est pas compensée par une appréciation du yuan par rapport au dollar, tandis que la forte croissance suscite dans la main-d'œuvre la plus performante des exigences salariales croissantes. Résultat, de 3,2 % en moyenne en 2010, l'inflation est désormais sur un trend de 6 %, voire plus. Cette inflation ronge la compétitivité, suscite des mouvements sociaux de plus en plus virulents dans la main-d'œuvre peu qualifiée. Plus fondamentalement, cette inflation met en lumière la faiblesse intrinsèque de l'économie chinoise, à savoir la difficulté de faire émerger une véritable classe d'entrepreneurs. Si le taux d'investissement est élevé en Chine (près de 50 % de la richesse produite sont réinvestis), il est encore pour beaucoup le fait d'entreprises étrangères. La nature hybride du régime économique, qui hésite entre économie de marché et poursuite de la tradition socialiste, bride la spontanéité créatrice entrepreneuriale sur laquelle se fonde toute croissance durable et équilibrée. Les dollars accumulés dans les caisses de la Banque centrale ne doivent pas faire illusion : ils traduisent plus une faiblesse - le maintien d'une économie administrée et isolée du reste du monde par les pouvoirs publics - que la force de l'économie.
La Chine a encore beaucoup à faire en termes d'exode rural - les paysans représentent encore 50 % de la population - , mais surtout d'émergence d'entreprises libres et dynamiques et d'abandon des contraintes qui pèsent sur l'économie pour pouvoir être considérée comme une puissance de référence.
* Professeur à l'ESCP EUROPE et à l'ESA Beyrouth, chroniqueur au journal Le Monde et directeur de la revue Sociétal.
En coopération avec : l'ESA


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