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Nos lecteurs ont la parole

Le témoignage d’une Libanaise chrétienne

Par Najla CHOUEIRI HACHEM
Femme libanaise chrétienne, je le suis. Femme de carrière, je le suis. Mère de famille, je le suis. Épouse, je le suis. En parfait accord avec mon mari, je me dois de le préciser, je le suis. Fervente militante pour promouvoir le rôle de la femme sur tous les plans, je le suis. Fortement croyante en la place exceptionnelle qu'occupe la femme libanaise, sachant allier famille et carrière, je le suis. Choquée par l'article de M. Cham, j'ose le clamer malgré tous les remous qu'il a occasionnés, je ne l'ai point été !
Je ne voudrais ni reprendre les arguments avancés par M.Cham dans son article ni évoquer les réponses qui ont afflué à la suite de sa publication. Je voudrais seulement exprimer ma surprise quant à ce tollé soulevé par une opinion qui, finalement, aussi brutalement exposée qu'elle l'ait été, n'en est pas moins qu'une opinion sur un sujet d'actualité - à savoir le nombre grandissant de divorces, une opinion que je verrais émanant d'un homme heurté de voir les rangs de notre société se défaire peu à peu plutôt que d'un homme attaquant les femmes et voulant les réduire à un rang qui n'est certes plus de mise de nos jours.
Je ne saurais dire pourquoi je n'ai pas été aussi amèrement soulevée par l'article de M. Cham. Je ne saurais dire si c'est la maturité, acquise par cet amalgame de fonctions qui fait la réussite de la femme libanaise, qui a su prendre le dessus sur la témérité de la jeunesse et les élans qui me poussent parfois, souvent, dans plus d'un domaine, à me révolter. Je ne saurais dire si c'est plutôt l'assurance acquise suite à la réussite dans l'exercice de toutes mes fonctions - à savoir mère, épouse, femme de carrière à la tête d'un département plutôt « masculin » que « féminin », ayant choisi d'embrasser une carrière où les femmes sont minoritaires. Je ne saurais dire si c'est encore la confiance gagnée par le support inconditionnel de mon mari, qui me prête main forte à toute occasion. Je ne saurais dire si c'est aussi mon éducation au sein d'un foyer où ma mère - et ma grand-mère avant elle, dans les limites de son époque - s'est affirmée sur tous les plans, étant elle aussi femme libérale, ayant brillé dans sa carrière et bénéficiant d'une renommée qui n'est plus à faire, mais sans jamais se départir de son respect - d'ailleurs réciproque - à l'égard de mon père, ou encore, et plus important, de son rôle de mère qu'elle a mis au devant de tout, allant même, au besoin, jusqu'à se sacrifier et sacrifier des occasions extraordinaires qui s'étaient présentées à elle pour notre bien, le bien de son foyer. Je ne saurais dire encore si c'est cette certitude bien ancrée que j'ai, celle pour moi irrévocable qu'il ne saurait être question d'un autre statut pour la femme que d'être l'égale de l'homme. Même si, dans certains cas, certaines circonstances, certains pays, cette égalité est bafouée, elle n'en reste pas moins intrinsèque. Je ne saurais dire enfin si c'est plutôt parce que je partage, dans le fond et non la forme, certaines idées qui seraient liées à la fragmentation de notre cellule familiale.
Je ne saurais donc aussi dire pourquoi j'ai été très surprise par les remous soulevés par l'article de M. Cham, voire même choquée, par endroits, de la véhémence frisant l'insulte et la vulgarité de certaines réponses qui ne sont certes pas dignes de l'éthique humaine en général et féminine en particulier. Je n'évoque qu'éthique, la finesse, la douceur et le charme féminins ayant été, quant à eux, largement mis en veilleuse.
Pour en revenir à l'article de M. Cham, et sans en approuver le ton, qui est par moments ironique, catégorique, cru et « à l'état brut », j'y revois certaines de mes appréhensions. Je vois des femmes voulant se départir de leur nature douce et féminine pour prouver qu'elles sont l'égale de l'homme. Je vois des femmes qui refusent leur rôle de mère et qui vont même jusqu'à délaisser leurs enfants pour prouver qu'elles peuvent être l'égale de l'homme. Je vois des femmes qui tiennent tête à leur mari pour une bagatelle, plutôt que de se servir de leur intelligence pour l'amadouer. Je vois des femmes qui font l'impossible pour ressembler aux hommes plutôt que d'être fières de ce qu'elles sont. Je vois des femmes qui ne reconnaissent plus les privilèges et atouts qui leur ont été donnés par la nature et qui montrent, ce faisant, qu'elles ont honte de ce qu'elles ont ou sont. Je vois des femmes qui crient pour se faire entendre, qui gesticulent pour se faire voir, qui usent d'une force physique pour s'imposer. Et j'en vois !
Je ne voudrais pas parler des hommes que je vois également, se comportant avec hauteur, condescendance, maniant l'insulte, etc. Mais cela, nous n'en parlerons pas maintenant parce que notre vrai combat ne consiste pas à changer la mentalité de certains hommes, mais plutôt à avoir le support de la majorité, le support de la loi. Et j'en arrive là au message, quoique maladroit, communiqué par M. Cham, soit la loi libanaise, orientale, qui est la première à blâmer. Cette loi qui, quoique se voulant respectueuse des diverses conventions et chartes internationales, n'en est pas moins bien en deçà, largement en deçà du minimum requis.
Je ne voudrais pas parler non plus des femmes qui n'ont d'autre recours que d'être soumises, qui ne peuvent que rester effacées à cause de la conjoncture dans laquelle leur vie est toute taillée. Je ne voudrais pas parler non plus des femmes qui subissent injustices, malheurs, tourmentes, mauvais traitements, marchandages, lapidations, excisions, etc., cela ouvrant des volets qui, pour importants et primordiaux qu'ils soient, dépassent le cadre de notre discussion d'aujourd'hui.
Enfin, pour clore, je dirais que, plutôt que de nous en prendre à un article - que je taxerais plutôt de maladroit que d'arrogant, de « brut » que de « rétrograde » -, j'inciterai mes chères compatriotes à faire preuve de cette solidarité fort louable en vue de faire valoir leurs requêtes, leurs doléances, leurs exigences, pour elles et pour toutes celles qui ne peuvent encore le faire elles-mêmes, dans la bonne direction...
Ne soyons pas leurrés par les belles vitrines qui cachent de sombres dédales, ne soyons pas éblouis par les lumières étourdissantes de cultures étrangères qui ont perdu leur âme, maintenons à notre cher Liban sa spécificité première, cet élan de culture qui a, avec nos ancêtres, propagé l'écriture, avec Élissa, fondé Cathage et qui, de nos jours, témoigne du combat quotidien livré par ses femmes pour acquérir la confirmation de leurs droits tout en affirmant leur choix de faire valoir leur famille, leur foyer avant tout.
Et, oui, n'ayons pas peur d'arrondir les angles pour passer un cap difficile, n'ayons pas peur d'amadouer plutôt que d'affronter, n'ayons pas peur de nous affirmer doucement et non amèrement, n'ayons pas peur de faire entendre notre parole doucement mais sûrement.
Soyons fortes d'être libres, et libres d'être fortes tout en restant femmes, toujours ; c'est ce qui nous permet de réussir en société, mener à bien notre famille, tout en sachant contourner les obstacles pour mieux les surmonter, faire des concessions lorsqu'il est nécessaire, non pas par faiblesse mais par intelligence, non pas par soumission mais par doigté, toujours pour le bien de notre famille que nous avons choisi d'avoir, de chérir et de garder, et ce toujours en attendant que notre pays reconnaisse réellement les droits de la femme, droits qu'un nombre grandissant exerce déjà. Avec grande intelligence. Avec ferme douceur...
Femme libanaise chrétienne, je le suis. Femme de carrière, je le suis. Mère de famille, je le suis. Épouse, je le suis. En parfait accord avec mon mari, je me dois de le préciser, je le suis. Fervente militante pour promouvoir le rôle de la femme sur tous les plans, je le suis. Fortement croyante en la place exceptionnelle qu'occupe la femme libanaise, sachant allier famille et carrière, je le suis. Choquée par l'article de M. Cham, j'ose le clamer malgré tous les remous qu'il a occasionnés, je ne l'ai point été !Je ne voudrais ni reprendre les arguments avancés par M.Cham dans son article ni évoquer les réponses qui ont afflué à la suite de sa publication. Je voudrais seulement exprimer ma surprise quant à ce tollé soulevé par une opinion qui, finalement, aussi brutalement exposée qu'elle l'ait été, n'en est pas...
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