Une "réapparition" de l'imam semble improbable, notamment après les déclarations du représentant démissionnaire de la Libye auprès de la Ligue arabe, Abdel Moneim al-Honi, selon qui l'imam "Moussa Sadr a été tué lors de sa célèbre visite en Libye et enterré dans la région de Sebha"./Photo
"Nous attendions ce moment", affirme à l'AFP Hussein Maana, 51 ans, dans la localité de Maaraka (sud), d'où est originaire la famille de Sadr. "Nous attendons que le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, ce tyran, tombe ou soit tué pour savoir ce qui advenu de notre imam".
À Téhéran, sa fille Hawra, marié à un Iranien, a déclaré que "les événements que nous sommes en train de vivre font renaître de grands espoirs" concernant l'imam, qui aurait bientôt 83 ans.
Grand de taille, le visage serein encadré d'une barbe, la tête enveloppée du turban noir des imams chiites, l'imam Moussa Sadr a insufflé à la communauté chiite libanaise la fierté et l'élan qui la transformèrent d'une minorité marginalisée en une force incontournable au Liban et dans la région.
Avec le déclenchement de la révolte libyenne, les chaînes du Hezbollah et de son allié Amal, mouvement fondé par Moussa Sadr, se sont emballés, affichant leur soutien aux manifestants et rappelant les "crimes" et la "folie" de Kadhafi.
La chaîne NBN -du mouvement Amal- diffuse en boucle des images et des discours de l'imam, et un spot où le visage du dirigeant libyen vire soudain au rouge, faisant couler des gouttes de sang sous lesquelles apparaît le mot "tyran".
Khalil Hamdane, un responsable au sein d'Amal indique que son mouvement a créé "une cellule de crise dès le début de l'insurrection pour suivre l'affaire".
"Ton régime va tomber (...) C'est la révolution contre le despote du siècle, Notre maître va revenir", dit une chanson composée pour l'occasion et diffusée sur NBN.
La voix de Sadr, qui s'exprimait parfois dans des églises pour prôner la tolérance dans un Liban multiconfessionnel mais aussi la lutte contre Israël, ralliant des milliers de personnes, résonne à travers le petit écran tout au long de la journée.
Depuis plusieurs jours, le régime du "Guide", au pouvoir depuis 1969, réprime dans le sang un vaste mouvement d'insurrection qui a fait des centaines de morts.
Une "réapparition" de l'imam semble improbable, notamment après les déclarations du représentant démissionnaire de la Libye auprès de la Ligue arabe, Abdel Moneim al-Honi, selon qui l'imam "Moussa Sadr a été tué lors de sa célèbre visite en Libye et enterré dans la région de Sebha" (sud).
Tripoli a toujours affirmé que l'imam avait quitté la Libye pour l'Italie, qui maintient que Moussa Sadr n'est jamais entré sur son territoire. En 2004, Rome avait cependant remis au Liban un passeport retrouvé en Italie et qui appartenait à l'imam.
Mouammar Kadhafi fait l'objet d'un mandat d'arrêt de la justice libanaise pour cette affaire et un procès est prévu le 4 avril.
Né dans la ville iranienne de Qom le 15 avril 1928, Moussa Sadr s'installe au Liban en 1959 et y fonde le Conseil supérieur chiite en 1967. Il crée le "mouvement des déshérités" et annonce en 1975 la naissance d'Amal (Espoir) -précurseur du puissant mouvement du Hezbollah- pour promouvoir les droits de la communauté chiite.
Avec le début de la guerre civile au Liban, il se présente comme médiateur entre les belligérants.
"C'était un homme extraordinaire. Un homme de dialogue. Mon père m'a raconté son combat", affirme Ali Hussein, 28 ans, dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah.


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