Maintenant qu'il est quasiment sûr que Nagib Mikati est obligé de former un gouvernement avec les seuls 8 Mars et indépendants, les milieux politiques ne peuvent s'empêcher de se poser une question fondamentale : est-ce que le président Michel Sleiman signera le décret de formation d'un cabinet monochrome ? Ou bien demandera-t-il au Premier ministre désigné de faire en sorte d'accoucher d'une équipe équilibrée et la plus représentative possible ?
Mais malgré la décision du 14 Mars, malgré les rumeurs d'un cabinet à 24 sans l'ex-majorité, malgré la disposition de certains à favoriser un gouvernement avec ceux-qui-veulent-bien-y-figurer, des sources politiques proches de Damas mettent en avant la difficulté de former « maintenant » un nouveau cabinet. Pour plusieurs raisons, à commencer par les interventions américaines dans le processus de gestation, flanquées de revendications et de conditions qu'ont répétées tout récemment les sénateurs McCain et Lieberman. Le timing de leur visite est d'ailleurs assez étonnant, relèvent ces sources, de même que leur détermination à s'entretenir avec Joumblatt, Hariri, Kahwagi et Geagea.
Et de répéter que les responsables occidentaux ne veulent pas d'un nouveau gouvernement avant que ne soit publié l'acte d'accusation du TSL, prévu vers la fin mars, même si beaucoup pensent que le juge de mise en état, Daniel Fransen, risque de retarder tout cela en raison des derniers développements au Proche-Orient.
Il n'empêche : occidentaux ou pas, cette gestation risque de durer et durer, ne serait-ce qu'en raison des desiderata que le 8 Mars essaie d'imposer à Nagib Mikati qui va se retrouver nécessairement dans l'impossibilité de les honorer. Surtout celles de Michel Aoun, avec lequel le PM désigné ne négociera pas avant que ne soit totalement tranchée la non-participation du 14 Mars.
En attendant, les observateurs s'arrêtent sur les derniers propos du chef du PSP Walid Joumblatt, tenus avant-hier sur la chaîne de télévision LBCI, et notamment sur le gel de tout contact entre lui et l'Arabie saoudite après qu'il eut nommé Nagib Mikati pour la présidence du Conseil. Walid Joumblatt a indiqué que Riyad n'appuyait pas cette nomination et que l'escalade est très probable. Ces observateurs dissèquent également la campagne acide menée par Michel Aoun contre Michel Sleiman, comme si le chef du CPL voulait paralyser la formation du gouvernement juste parce que le chef de l'État est obligé, constitutionnellement, d'en signer le décret. Des milieux du 14 Mars s'interrogent sur la constitutionnalité, justement, des demandes de Michel Aoun concernant sa part dans le prochain cabinet : pourquoi le député du Kesrouan refuse au 14 Mars ce qu'il exige pour lui-même, à savoir la proportionnelle entre volume au Parlement et volume au gouvernement, et ce qui s'est passé en 2009, lorsque le 8 Mars avait obtenu 14 sièges et le tiers de blocage... ?
Quoi/qui Michel Aoun vise-t-il ? Jusqu'où peut-il aller ? Les milieux du 14 Mars parlent d'une accusation qui serait lancée contre la légalité et la constitutionnalité de l'élection de Michel Sleiman en se basant sur le non-
amendement de l'article 49, qui irait jusqu'à un recours en invalidation et l'exigence d'un nouveau scrutin. Ces milieux s'étonnent, parallèlement, du silence radio quasi total du président de la Chambre, Nabih Berry, concernant cette campagne. Un député du 14 Mars rappelle à ce sujet que lors de la séance d'élection de Michel Sleiman, Hussein Husseini avait proposé au préalable l'amendement de la Constitution au cours d'une séance qui ne dépasserait pas les quinze minutes ; une demande qui avait été rejetée derechef par Nabih Berry, qui avait argué que les délais étaient dépassés.
Une chose est sûre : tout est possible. Ici, comme dans la région...


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