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Économie - Liban - Crise

Sleiman tranche : de l’essence dès ce matin...

Les Libanais pourront dès ce matin se réapprovisionner en essence : le chef de l’État a décidé de mettre un terme au bras de fer stérile qui opposait depuis des semaines Raya el-Hassan et Gebran Bassil, abaissant de 5000 LL les droits d’accise sur les 20 litres.

Beaucoup de stations-service étaient hier incapables de satisfaire la demande. Photo Wassim Daou

Le président de la République, Michel Sleiman, et le Premier ministre sortant, Saad Hariri, ont fini par approuver hier la baisse des droits d'accise de 5 000 livres proposée par la ministre sortante des Finances, Raya el-Hassan, au terme de trois semaines de bras de fer entre cette dernière et le ministre de l'Énergie et des Ressources hydrauliques, Gebran Bassil, au sujet de la réduction des taxes sur le « précieux liquide ».
L'intervention du président Sleiman a ainsi mis fin in extremis à une pénurie qui risquait de plonger le pays dans une crise d'essence aux conséquences désastreuses sur le double plan social et économique.
À la lumière de cette décision tant attendue, Raya el-Hassan a indiqué, dans un communiqué publié hier, qu'elle allait charger dans les plus brefs délais le Haut Conseil des douanes de suivre les procédures nécessaires afin de l'appliquer.

L'essence, carburant d'une discorde à caractère politique
À tire de rappel, le ministre démissionnaire de l'Énergie et des Ressources hydrauliques, Gebran Bassil, avait ordonné le mois dernier aux douanes de baisser les droits d'accise sur les 20 litres d'essence de 3 300 livres. Cette mesure avait alors été contestée par son homologue aux Finances, qui l'avait qualifiée d' « illégale », jugeant en outre que M. Bassil n'était pas habilité à prendre une telle décision dans le cadre d'un gouvernement sortant.
La grande argentière n'avait toutefois pas hésité à verser dans la surenchère au cours de la même semaine, proposant une baisse de la taxe sur l'essence de 5 000 livres - une proposition qui a déclenché une bataille rangée entre les deux camps, tous deux convaincus de la légitimité de leur démarche. Hier encore, la ministre des Finances opposait un démenti aux informations selon lesquelles la Cour des comptes aurait donné raison au ministre Bassil.
Le contre-projet de Mme el-Hassan a ainsi provoqué le début d'un bras de fer entre elle et le ministre Bassil, ce dernier, en signe de protestation, ayant pris la décision de ne pas répercuter l'évolution des cours mondiaux sur la grille hebdomadaire des prix des carburants, en attendant que sa proposition soit concrétisée. Quant à la proposition de Raya el-Hassan, qui nécessitait l'approbation du président de la République et du Premier ministre sortant, elle a été renvoyée au calendres grecques dans le sillage des tergiversations au sujet de la formation du prochain cabinet. En attendant, et tandis que les responsables se renvoyaient mutuellement la balle, sans résultats concrets au niveau de l'abaissement des droits d'accise sur l'essence, les importateurs de pétrole, excédés par la situation et le manque à gagner engendré par le maintien des prix au même niveau, avaient menacé plusieurs fois de suspendre leurs livraisons aux stations-service. Ces derniers ont mis une première fois leurs menaces à exécution la semaine dernière, se rétractant toutefois peu de temps après. En l'absence d'amélioration de la situation, ces derniers ont finalement décidé de fermer les robinets jeudi, faisant planer le risque d'une pénurie généralisée dans tout le pays.

Les pompes à sec et les gens à bout
On pouvait ainsi observer des files de voitures dès jeudi à Beyrouth, à Tyr ou encore à Nabatieh. Hier, un grand nombre de stations dans la région du Nord (Batroun, Zgharta, région du Akkar) étaient en outre fermées. Des professionnels du transport se sont même vu obligés de payer l'essence au prix fort pour pouvoir continuer à travailler, selon certaines sources.
En parallèle, de nombreuses voix se sont élevées de part et d'autre pour exprimer leur ras-le-bol. La Confédération générale des travailleurs au Liban (CGTL), l'Union des travailleurs ainsi que de nombreux responsables politiques ont déploré la situation et appelé le président de la République à réagir. Ce que ce dernier a fini par faire... Cette mesure devrait contribuer à satisfaire le ministre de l'Énergie et des Ressources hydrauliques et à débloquer la situation concernant la révision de la grille des prix. Selon certaines sources, le prix des 20 litres 98 octanes, maintenu à 37 000 livres depuis le 4 février, devrait ainsi augmenter de 300 livres, voire plus, en raison de la hausse des cours mondiaux. En effet, le prix du baril à Londres comme à New York n'a cessé d'augmenter, à l'ombre des turbulences politiques dans la région, atteignant de nouveaux sommets, à près de 120 et 100 dollars respectivement.

Un manque à gagner conséquent pour l'État
Outre les pertes sur le plan économique, engendrées par la pénurie des dernières 48 heures (en termes de productivité), la baisse des droits d'accise de 5 000 livres, tant attendue, devrait - et il faut bien le rappeler - porter un coup aux finances publiques, déjà fragilisées par un creusement du déficit. Le rétablissement de ces droits en octobre 2008 et leur fixation à 10 000 livres ont en effet permis de dégager des recettes d'environ 700 millions de dollars l'an dernier, contre plus de 660 millions en 2009. Le gouvernement devrait donc envisager des solutions qui permettraient d'alléger le fardeau social, tout en évitant une détérioration de la situation fiscale - en instaurant par exemple d'autres taxes à caractère progressif, qui toucheraient davantage les ménages aisés. Inutile de rappeler à cet égard que l'essence constitue au Liban un produit de première nécessité pour l'ensemble de la population, notamment en l'absence d'une infrastructure moderne et adaptée de transports en commun.
Le président de la République, Michel Sleiman, et le Premier ministre sortant, Saad Hariri, ont fini par approuver hier la baisse des droits d'accise de 5 000 livres proposée par la ministre sortante des Finances, Raya el-Hassan, au terme de trois semaines de bras de fer entre cette dernière et le ministre de l'Énergie et des Ressources hydrauliques, Gebran Bassil, au sujet de la réduction des taxes sur le « précieux liquide ». L'intervention du président Sleiman a ainsi mis fin in extremis à une pénurie qui risquait de plonger le pays dans une crise d'essence aux conséquences désastreuses sur le double plan social et économique. À la lumière de cette décision tant attendue, Raya el-Hassan a indiqué, dans un communiqué publié hier, qu'elle allait charger dans les plus brefs délais le Haut Conseil des douanes de...
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