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Économie - Analyse

Finance islamique et finance durable

Abdel-Maoula CHAAR*
Le secteur financier continue à tirer les leçons de la dernière crise financière et certains analystes observent tout particulièrement la finance islamique. Ils estiment que la résilience des institutions financières islamiques est intéressante et qu'il peut être utile de comprendre pourquoi et comment celles-ci se sont protégées. La grande différence entre la finance dite conventionnelle et celle dite islamique réside dans la rationalité de la première et le « réenchantement » de la seconde. En effet, l'adage « Ce qui appartient à César appartient à César ; ce qui appartient à Dieu appartient à Dieu » n'a pas cours dans le monde de la finance islamique. Il est remplacé par une affirmation extrêmement claire : « Tout appartient à Dieu ! » Dans ces conditions, la tâche de l'homme est simple et se résume à la gestion des biens que Dieu à bien voulu lui confier dans le respect de ses intentions. Pour un musulman, celles-ci sont « opérationnalisées » par les prescriptions de la charia. C'est ainsi que les opérations de finance islamique sont censées suivre un certains nombre de règles pour être considérées comme licites du point de vue islamique. La charia ne comprend pas que des règles, et les acteurs de la finance islamique oublient trop souvent qu'elle comporte aussi un volet normatif qui s'exprime à travers une philosophie très particulière. Celle-ci stipule que les hommes doivent veiller à faire fructifier les biens qui leur ont été confiés pour leur propre intérêt et pour le bien général. Ce principe de lieutenance n'est pas sans rappeler la théorie des parties prenantes qu'elle pousse au bout de sa logique en considérant comme « stakeholders » l'ensemble des constituants de l'environnement des entreprises qui se veulent conformes à la charia. Cette conception débouche à son tour pour les institutions financières islamiques sur le concept très moderne de finance durable ; une finance qui prend en considération le « triple bottom line » du développement durable, à savoir la population (facteurs sociologiques), le profit (facteurs économiques) et la planète (facteurs écologiques). Rien de bien nouveau, donc !
Rien, si ce n'est que la finance durable a du mal à décoller. Pour les banques dites conventionnelles, il s'agit dans le meilleur des cas d'un complément, et peu de ressources sont déployées pour innover dans le domaine. Pour les banques islamiques, cette conception fait partie intégrante de leur identité et elles sont condamnées à découvrir des méthodes qui leur permettent d'agir en cohérence avec leurs principes de base. Déjà au Liban, une banque islamique fait preuve d'originalité en proposant un ensemble de financements de produits à vocation sociale (éducation, hospitalisation) ou écologique (panneaux solaires) où elle ne lève que des marges arrière. Par contre, elle n'hésite pas à maximiser ses profits sur les produits commerciaux. Il ne s'agit bien sûr que d'une goutte d'eau dans la mer, mais il ne fait nul doute que si cette expérience (ou une autre) est concluante, celle-ci prendra de l'ampleur et migrera vers d'autres secteurs financiers. La finance islamique aura alors perdu son aspect sectaire pour se transformer en constituant actif du système financier contemporain.

*Spécialiste en stratégie et théorie des organisations - Centre de recherche, d'études et de développement (CRED) de l'ESA.

En coopération avec : l'ESA
Le secteur financier continue à tirer les leçons de la dernière crise financière et certains analystes observent tout particulièrement la finance islamique. Ils estiment que la résilience des institutions financières islamiques est intéressante et qu'il peut être utile de comprendre pourquoi et comment celles-ci se sont protégées. La grande différence entre la finance dite conventionnelle et celle dite islamique réside dans la rationalité de la première et le « réenchantement » de la seconde. En effet, l'adage « Ce qui appartient à César appartient à César ; ce qui appartient à Dieu appartient à Dieu » n'a pas cours dans le monde de la finance islamique. Il est remplacé par une affirmation extrêmement claire : « Tout appartient à Dieu ! » Dans ces conditions, la tâche de l'homme est simple et se...
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