Les médias étaient réduits à leur plus simple expression, la communication rudimentaire. Lorsqu'il arriverait, il serait pur. Rien ne l'aurait altéré, déformé. Ce serait un original, un vrai. Ni la copie, ni le faux, ni même le transgénique chinois. Il porterait sa propre identité. Qu'est-ce que l'attente était belle ! Fébrile ! Chargée de fièvre, mais aussi de mille émotions. L'enthousiasme allait être fort. Probablement la déception aussi, mais il y aurait certainement une surcharge émotionnelle.
Alors les grands rouleaux métalliques nous parvenaient. Ils contenaient un trésor très précieux : le film. Le film, création humaine unique du vingtième siècle, porteuse de rêves et d'imaginaire. Ce film qui se faisait attendre et se faisait annoncer simplement par une bande-annonce. On ne le triturait pas, ne l'échangeait pas, ne le maltraitait pas. Il demeurait intact jusqu'à sa projection dans une salle obscure au milieu de spectateurs impatients qui attendaient que leur tour arrive pour pouvoir le visionner. Les queues devant les guichets existaient encore. Personne ne pouvait l'avoir chez soi, se l'approprier, l'acheter dans une petite boîte noire en plastique, minable, à un prix minable. Il n'était la propriété de personne. Seulement de son créateur qui l'offrait au grand public.
On avait encore du respect pour le film. De la déférence pour ce travail qui avait nécessité des journées et parfois des mois ou des années de travail. On ne produisait pas un film tous les jours. Le film pouvait encore étonner, surprendre, remuer, bouleverser. Un geste, un baiser, un mot avaient l'impact de tout un effet spécial. Aujourd'hui, il en faut des tonnes pour créer un ah !
Ah ! « ce plaisir démodé ».
*Un titre en hommage à Serge Gainsbourg, disparu il y a vingt ans.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine