Les qualités de tribun de sayyed Hassan ne sont plus à démontrer. Il est passé maître dans l'art de manier la parole et d'hypnotiser les foules. Mis à part le plaisir d'écouter l'excellent orateur qu'il est, il nous a révélé, avec une rare simplicité, la démarche politique de son mouvement.
Il confirme qu'il n'est aucunement intéressé par le pouvoir. Que le regard de la Résistance islamique ne se porte pas sur le gouvernement ou la participation au pouvoir. Qu'il n'a jamais voulu avoir des ministres dans le cabinet. Que le seul objectif pour lui est d'aller mourir au Sud face à l'ennemi sioniste. Que tout ce qu'il demande aux autres, c'est de ne pas comploter contre lui. Que la lutte politique interne n'est pas son terrain favori, même s'il a beaucoup à dire sur les besoins criants du peuple dans toutes les régions du pays.
Nous pensons que le chef du Hezbollah est sincère dans ce qu'il dit. Et sa sincérité l'empêche de comprendre l'opposition d'une bonne partie de la population libanaise à sa démarche. Et comme il n'arrive pas à comprendre, alors il met toute opposition sur le compte du complot ourdi à l'encontre de la Résistance islamique par les forces du mal, et notamment par le Grand Satan que représentent les États-Unis.
À notre tour de faire simple et le plus sincère possible.
Nous disons à sayyed Hassan : nous ne pouvons pas vous laisser mourir au Sud à votre guise.
D'abord, le Sud fait partie intégrante des territoires de la République libanaise. Ensuite, seul l'État est censé détenir le monopole de la violence, qu'elle soit interne ou externe. D'autre part, et en supposant que vous êtes seul maître à bord au Sud, vous faites payer à tout le pays les conséquences de vos actes. De plus, nous avons des doutes légitimes sur la finalité des armes que vous avez gracieusement et généreusement obtenues auprès de la République islamique d'Iran. Enfin, alors que vous nous dites que votre objectif est la protection du Liban face aux visées hégémoniques sionistes, votre comportement nous autorise à soupçonner des objectifs inavoués. Certes, Israël figure en tête de liste de vos cibles. Mais pouvez-vous nier votre volonté de donner à la communauté chiite, sur l'échiquier libanais, la place qui sied à son poids démographique et à ses sacrifices face à l'État hébreu ?
Pouvez-vous nier votre profond désir de reconstruire le Liban sur un accord tripartite chrétiens-sunnites-chiites en remplacement du pacte bipartite entre chrétiens et musulmans ?
Nous avons effectivement un problème de fond avec vous. Votre opposition à l'ennemi sioniste est-elle réellement le fruit d'un patriotisme exacerbé ou plutôt le fruit d'une lutte idéologique, voire religieuse ? Vous pouvez comprendre dans ce cas que l'on ne puisse pas adhérer à vos objectifs.
En outre, pensez vous vraiment que nous croyons à la solidarité gratuite des États ? Si l'Iran vous a gratuitement dotés d'une panoplie digne d'une véritable armée, est-ce vraiment sans contrepartie aucune ?
Nous ne vous accusons pas de tous les maux du pays. Le Liban est malade depuis bien avant vous. Mais de par votre stratégie, la maladie est devenue incurable. Vous avez, en effet, annihilé le peu de résistance que pouvait offrir encore le malade face aux virus qui le rongeaient.
Vous avez mis le Liban en face d'une équation insoluble : il ne peut pas vivre avec vous ; et il ne peut pas survivre sans vous. Et là, ce n'est ni le complot américain ni les visées sionistes qui nous ont conduits à cette impasse.
Vous nous dites aussi que le tribunal n'est qu'un outil du grand complot mené contre vous par Israël et ses alliés. Mais vous ne nous dites pas par quel autre moyen pourrions-nous obtenir que justice soit faite dans la question des lâches assassinats qui ont suivi celui de Rafic Hariri. Ou bien suggérez-vous que l'on passe tout cela par pertes et profits ?
C'est pour toutes ces raisons que nous ne pouvons pas vous laisser mourir à votre guise au Liban-Sud.
Vous nous dites : alors, on n'a qu'à mourir ensemble !
Nous sommes prêts à mourir pour notre pays uniquement et exclusivement pour lui seul. Nous ne sommes pas prêts à la moindre souffrance pour tout autre cause, idéologique ou religieuse.
Quoi faire alors face à cette impasse ?
Redéfinir les règles du jeu.
Vous venez de gagner la lutte politique pour la nomination du chef du gouvernement.
Nous avons été vaincus.
Vous nous dites que l'occasion est historique pour recoller les morceaux. Certes, elle est historique.
Nous ne voulons plus du « ni vainqueur ni vaincu ». Vous avez gagné. Gouvernez.
Nous vous promettons une opposition farouche et sans relâche jusqu'à votre défaite, politique, dans les prochaines élections. Et alors, nous gouvernerons.
Et nous vous inviterons à redéfinir les autres règles du jeu.


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