Le 14 Mars se prépare aujourd'hui à mettre en place un processus de remobilisation de ses troupes autour de principes clairs, afin de renouer avec une base déconcertée par les orientations timorées qui étaient en cours ces deux dernières années.
Le paradoxe, c'est que le rassemblement prévu à 16 heures au BIEL n'aura rien de la communion populaire des précédentes commémorations du 14 février, tout en ambitionnant de redonner un coup de fouet au mouvement issu de la révolution du Cèdre.
Dans les milieux de l'alliance, on explique qu'il s'agit du début d'un processus qui devrait, en principe, culminer avec une vaste manifestation le 14 mars prochain.
Quatre orateurs devront prendre la parole au BIEL. Les trois premiers sont connus : il s'agit des principaux chefs de l'alliance, Saad Hariri, Amine Gemayel et Samir Geagea. Pour ce qui est du quatrième, c'est semble-t-il une personnalité chiite qui a été choisie : il s'agirait de l'ancien ministre Mohammad Abdel Hamid Beydoun, ancien collaborateur du président de la Chambre et chef du mouvement Amal, Nabih Berry, mais depuis longtemps brouillé avec ce dernier et acquis aux thèses du 14 Mars.
Pour de nombreux piliers du mouvement, une chose est certaine : le temps des « demi-teintes », de la couleur « grise », est fini et bien fini. Désormais, le discours politique du 14 Mars devra reprendre son potentiel de mobilisation.
« La commémoration du 14 février cette année ramènera la révolution du Cèdre à ses sources originelles », a ainsi déclaré hier le député Marwan Hamadé.
« Ce sixième anniversaire de l'assassinat de Rafic Hariri verra la réactivation et la renaissance de l'âme du 14 Mars. Ce sera un nouveau départ pour cette âme, d'autant plus qu'elle se répand sur le monde arabe », a ajouté M. Hamadé.
« Rien ne ressemble davantage à la place Tahrir que la place des Martyrs. La révolution du 25 janvier en Égypte est la sœur jumelle de la révolution du Cèdre au Liban et de celle de la place Bourguiba (à Tunis), mais aussi des soulèvements de Téhéran et d'ailleurs. Le 14 février 2005, Rafic Hariri a fait décoller, de son paradis, les rêves de la jeunesse arabe d'en finir avec les régimes policiers », a-t-il dit.
« Les Libanais n'étaient pas descendus dans les rues sous l'impulsion d'une capitale étrangère, et c'est exactement la même chose qui s'est passée hier au Caire et qui se passera, si Dieu le veut, dans toutes les capitales qui sommeillent encore sous l'effet de la profonde léthargie arabe », a lancé le député du Chouf.
« Le 14 février 2011, les Libanais entendront des prises de position d'une importance cruciale qui feront revivre les premières heures de la révolution et mettront un terme à la phase des "demi-teintes" qui avait été imposée à nos leaders et à notre public par les frères et les amis, proches ou lointains », a encore dit M. Hamadé.
« Demain (aujourd'hui), nous consacrerons la voix de la majorité du peuple même si la majorité parlementaire s'est retournée provisoirement contre elle », a-t-il conclu.
De son côté, le député FL Antoine Zahra a annoncé que les Libanais « verront le 14 février un prélude au 14 mars ». « Le mouvement sera ascendant et reviendra pour s'exprimer et dire : "Nous sommes là." Ni le Liban ni sa formule ne sont en voie de disparition, que les hurleurs hurlent autant qu'ils peuvent et que les arrogants fassent preuve d'arrogance. Tout au long de notre histoire, nous nous sommes balancés entre les hauts et les bas, mais nous sommes restés et nous resterons. Notre unique projet est la liberté, la dignité et la souveraineté, et ce qui passe au Moyen-Orient est la preuve que nul ne pourra confisquer le rêve de libération, de liberté et de dignité humaine des peuples », a ajouté M. Zahra.
Estimant, par ailleurs, que le gouvernement ne sera pas formé dans les prochains jours, M. Zahra a souligné que le Premier ministre désigné, Nagib Mikati, devrait « mettre à profit les assises de Dar el-Fatwa pour consolider et améliorer ses cartes de négociation dans la formation du cabinet ».
« De fait, a-t-il souligné, M. Mikati est en train de jouer ce rôle étant donné qu'il a approuvé les principes définis par le communiqué » publié à l'issue des assises sunnites. « M. Mikati est un homme très intelligent et sa présence aux assises l'était. Toutefois, il faut se garder de tenter de tirer une légitimité de cette réunion puis de chercher à contourner les principes qui y ont été adoptés, car cela ne donnerait aucun résultat », a-t-il averti.
Pour Nohad Machnouk, député de Beyrouth, « le temps est venu de dire les choses telles qu'elles sont ». « Nous garderons notre ligne et nous ne dévierons plus ni sur un conseil saoudien, ni sous une pression syrienne, ni sous la menace des armes dans la rue. Qui possède des armes et entend descendre dans la rue peut le faire, mais il ne pourra pas prendre notre aval sur quoi que ce soit que nous n'approuvons pas », a-t-il lancé.
« Ce qui s'est passé est un tournant historique dans la vie des Libanais. Le 14 Mars, dans toute sa diversité, va réaffirmer ses constantes », a-t-il dit , avant d'ajouter : « Contrairement à ce que l'on croit, je considère que loin d'être perdants, nous sommes en très bonne santé, mais nous devons miser sur nous-mêmes et nous dire que le premier gain que nous devons réaliser, c'est de gagner nos propres convictions et nos constantes avant de demander à d'autres, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, de se ranger à nos côtés. »
« Nous verrons prochainement qui pourra gagner dans la paix et qui perdra avec ses armes. Il est temps pour nous d'annoncer que nous sommes constants dans nos positions », a-t-il encore lancé.
Ahmad Hariri, secrétaire général du Courant du futur, s'est dit « entièrement confiant dans le public du 14 Mars » et a rappelé que la commémoration du 14 février « marque un tournant important dans l'histoire du Liban ».
« Le mouvement populaire que l'on voit actuellement dans certains États arabes est un clone du 14 Mars. Nous sommes fiers d'avoir répandu cette culture dans le monde arabe », a ajouté M. Hariri.
« Si les partis au pouvoir dans la région ont tiré les leçons nécessaires de ce qui s'est passé sur les places publiques, il faudrait aussi que le message parvienne au "parti au pouvoir" que nous avons chez nous, c'est-à-dire le Hezbollah. Le silence des gens sur ses pratiques et sur l'arrogance de la force avec laquelle il nous menace chaque jour ne durera pas éternellement. Un jour viendra, inéluctablement, où le peuple libanais exprimera sa colère », a-t-il dit.
Enfin, le député Ammar Houry, également du Courant du futur, a souligné que les positions qui seront prises aujourd'hui au BIEL seront de nature « stratégique, et non tactique ». « Nous tirerons les leçons du passé, qu'elles soient positives ou négatives. Et d'autre part, nous confirmerons nos constantes nationales et établirons une feuille de route pour la phase à venir », a-t-il expliqué.
Appel de Nazek Hariri
Par ailleurs, Nazek Hariri, veuve du Premier ministre assassiné, a lancé un appel, à l'occasion du 14 février, pour que les Libanais « cessent de se regarder les uns les autres avec des yeux accusateurs ».
« La vérité qui révélera l'identité de ceux qui ont versé le sang au Liban est la voie nécessaire pour préserver le sang des innocents. Son unique objectif est d'en finir avec le meurtre », a-t-elle lancé.
« Prochainement, si Dieu le veut, les esprits se calmeront et nous nous rassemblerons de nouveau autour de nos constantes nationales pour continuer à édifier notre État et ses institutions », a dit Mme Hariri.
Marwan Hamadé : « Le 14 février 2011, les Libanais entendront des prises de position d’une importance cruciale qui feront revivre les premières heures de la révolution et mettront un terme à la phase des “demi-teintes” qui avait été imposée à nos leaders et à notre public par les frères et les amis, proches ou lointains »
Nohad Machnouk : « Le temps est venu de dire les choses telles qu’elles sont. Nous garderons notre ligne et nous ne dévierons plus ni sur un conseil saoudien, ni sous une pression syrienne, ni sous la menace des armes dans la rue »


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