Les personnalités sunnites, essentiellement les anciens Premiers ministres, les députés et anciens ministres, ainsi que les dignitaires religieux, ont rendu public en effet un document de base, à portée historique, qui met le doigt sur la plaie et qui définit clairement, et sans détours, les principales failles qui ont entaché les pratiques politiques dans le pays ces dernières années sous le poids des armes illégales. Parallèlement, le document rappelle certains principes fondamentaux et des constantes nationales auxquels la communauté sunnite se déclare fermement attachée, plus particulièrement en ce qui concerne le rôle, le prestige et les prérogatives de la présidence du Conseil. Sur un plan plus conjoncturel et ponctuel, le communiqué des assises réunies à Dar el-Fatwa a également mis l'accent sur les raisons qui ont justifié et rendu nécessaire la mise en place du Tribunal spécial pour le Liban (TSL), affirmant la nécessité de réaliser la justice au sujet de la longue série d'assassinats politiques, notamment ceux perpétrés depuis 2005.
Le document en question a ainsi posé les jalons de l'action du Premier ministre désigné, lui demandant expressément de ne pas violer ou court-circuiter les constantes nationales en question. Nombre d'observateurs soulignent dans ce cadre que, d'une certaine manière, les assises sunnites ont renforcé quelque peu la position de Nagib Mikati face au Hezbollah et les alliés locaux du parti chiite. Ces derniers crient en effet victoire et n'ont pas caché ces derniers jours leurs velléités d'imposer leurs conditions pour ce qui a trait à la formation du nouveau gouvernement, tant en ce qui concerne le profil politique du cabinet que la répartition des portefeuilles. Se targuant ainsi de la « feuille de route » fixée par les assises de Dar el-Fatwa, M. Mikati peut négocier à partir d'une position plus confortable avec le Hezbollah et les alliés de l'axe Téhéran-Damas afin d'atténuer quelque peu leurs appétits ministériels, plus particulièrement au niveau du général Michel Aoun qui réclame pas moins que onze ministres appelés à le représenter au gouvernement.
Depuis sa désignation, M. Mikati a été confronté clairement à des positions intransigeantes de la part du 8 Mars qui a rejeté le projet initial du Premier ministre désigné qui s'est fixé pour objectif, au départ, de mettre sur pied une équipe ministérielle au sein de laquelle une large part reviendrait au chef de l'État, au président du Conseil et aux « indépendants ». Le Hezbollah se serait toutefois opposé à une telle formule, le général Aoun essayant même d'empêcher la désignation de ministres proches du président de la République. Une telle attitude rendait M. Mikati l'otage, pratiquement, du 8 Mars et réduisait à néant non seulement sa marge de manœuvre, mais également son rôle en tant que chef du gouvernement. La position sans aucune ambiguïté adoptée hier par les assises sunnites à cet égard ne peut que renforcer M. Mikati face au camp du Hezbollah.
Parallèlement à la démarche fondamentale entreprise hier par Dar el-Fatwa, le Premier ministre désigné est soumis aussi à des pressions extérieures. Il se confirme ainsi de diverses sources dignes de foi que le Qatar a fait parvenir aux dirigeants libanais, et donc à M. Mikati ainsi qu'au leader d'Amal Nabih Berry en visite à Doha, un message sans équivoque dont il ressort que le pouvoir qatari est clairement favorable à la formation d'un gouvernement d'union nationale qui devrait regrouper toutes les composantes du paysage politique local. Le Qatar insiste dans ce cadre sur le principe du partenariat dans l'exercice du pouvoir au Liban. Un message allant dans le même sens a également été transmis par la Turquie qui s'est, elle aussi, prononcée pour un gouvernement d'union nationale afin d'éviter un grave accroissement de la tension au niveau de la rue sunnite que ne manquerait pas de provoquer un gouvernement monochrome.
Sous l'impulsion de la position des assises sunnites et à la lumière de l'attitude adoptée par les instances arabes et internationales, notamment en ce qui concerne l'attachement au Tribunal spécial pour le Liban et la formation d'un gouvernement d'union nationale, le Premier ministre désigné s'apprêterait à réviser sensiblement la formule ministérielle qu'il a entrepris de concocter ces derniers jours sous le poids des exigences du 8 Mars. L'objectif que devrait se fixer ainsi M. Mikati devrait être de former un gouvernement véritablement équilibré qui empêcherait, en clair, une mainmise manu militari du Hezbollah sur l'exécutif et l'appareil de l'État.


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