« Les Libanais de toutes tendances et de toutes confessions étaient convenus de l'édification d'un État protégeant la nation et supervisant les rapports entre les diverses composantes du pays ainsi que leur participation juste, par le biais d'un système démocratique assurant la diversité dans l'unité, de telle sorte qu'aucune de ces composantes ne connaisse la peur, l'injustice ou l'exclusion.
« Les Libanais n'étaient pas parvenus à ce résultat d'un seul coup, mais après des conflits et des guerres dont les leçons ont conduit à l'adoption à Taëf du document d'entente nationale, qui fonde dans sa lettre et dans son esprit la Constitution en vigueur, et qui ne doit en aucun cas être outrepassé dès lors qu'il s'agit de préserver la stabilité.
« En vertu des mécanismes convenus à l'intérieur du système, le document d'entente nationale a pris en compte les intérêts de tous les Libanais sur la base à la fois de la pluralité des composantes et de l'unicité de la citoyenneté. Il avait aussi ouvert la voie au développement du système, par le biais de ses propres mécanismes et des coutumes qu'il a consacrées, vers la mise en place d'un État arabe, libre, civil et moderne.
« Notre système traverse aujourd'hui une phase délicate sous l'effet de toutes les attaques qu'il a subies depuis Taëf en provenance de l'intérieur comme de l'extérieur, des dérives et des tentatives visant à modifier les règles en vigueur par le recours au fait accompli.
« Le système démocratique libanais ne parvient pas à trouver des fenêtres d'opportunité pour sa mise en œuvre et son développement du fait de l'aggravation des abus et des convoitises au nom des communautés et dans l'intérêt des fractions qui y exercent leur hégémonie et qui s'emploient à soumettre les autres à leur logique politique.
« Ces fractions transgressent tantôt la Constitution et l'ordre public et tantôt ils recourent au verdict des armes. Leur objectif est toujours de manipuler les priorités nécessaires pour parachever l'application de la Constitution. Ce qui, pour nous, est constant dans la question institutionnelle, c'est la nécessité d'une mise en œuvre intégrale de la Constitution, dans sa lettre et dans son esprit.
« La vie nationale commune a toujours été et est toujours le fondement sur lequel repose le Liban. Et cette vie nationale commune est basée sur un partenariat total fondé sur la parité dans la représentation politique entre chrétiens et musulmans. Les piliers de ce partenariat sont le respect du système par les communautés, la représentation authentique de toutes les fractions, la représentation équilibrée au sein des communautés et le respect des particularités d'autrui.
« Le sentiment d'injustice ou d'exclusion chez n'importe quelle partie crée un isolationnisme chez cette partie et cela conduit à une crispation chez les autres. Ce phénomène a toujours menacé la stabilité nationale et causé les conflits dont ont beaucoup souffert les Libanais.
« L'attribution de la présidence du Conseil aux sunnites n'a jamais été un privilège, mais plutôt une responsabilité, car dans notre démocratie, le chef du gouvernement, en sa qualité de chef du pouvoir réglementaire, est le seul à être soumis à la question et à la sanction politique.
« Dans la plupart des cas, les conflits politiques libanais ont été dus au non-respect du système par une fraction ou plusieurs, à l'habitude de tirer sa force de l'extérieur ou aux tentatives d‘imposer des objectifs incompatibles avec les fondements du système libanais. Ces déséquilibres ont ouvert la voie à la pratique de l'assassinat politique, comme moyen permis de se débarrasser des adversaires sans crainte d'une sanction. Et après chaque assassinat, avaient lieu des réconciliations ou des compromis motivés par la peur ou par le sentiment d'impuissance devant le recours à la force.
« En vérité, ces tragédies qui ont détruit la vie politique, tendu les rapports entre les composantes libanaises et ébranlé les fondations de la nation n'ont jamais oubliées ni pardonnées. (...) Voilà pourquoi les Libanais ont œuvré pour la création du Tribunal spécial pour le Liban et y sont attachés.
« Nous avons toujours considéré que les liens étroits avec la Syrie sont une partie intégrante de notre identité arabe et cela est confirmé par le document d'entente nationale qui a évoqué les relations privilégiées entre le Liban et la Syrie. Nous n'épargnerons aucun effort pour que ces relations retrouvent leur caractère fraternel, loin des tensions qu'elles ont connues ces dernières années, tout comme des déséquilibres qui avaient caractérisé la période précédente. Notre objectif est de parvenir à une égalité dans les droits et les engagements entre les deux États frères, que ce soit en politique, ou bien en ce qui a trait à la sécurité panarabe à l'ombre des crises régionales.
« Les Libanais, et parmi eux les musulmans, se déclarent attachés aux relations d'ouverture et de conciliation avec la communauté internationale et aux engagements qui y sont liés. Ils tiennent à demeurer sous le parapluie de la légalité internationale, des chartes des Nations unies et des principes du non-alignement et refusent d'entrer dans la politique des axes régionaux et internationaux, qui ont constamment été parmi les causes des conflits et des divisions au Liban et dans le monde arabe.
« Les abus commis ces dernières années, les violations répétées des règles du système politique, l'attitude adoptée à l'égard de l'assassinat de Rafic Hariri et des autres martyrs, les reniements à l'égard des résolutions unanimes du dialogue national, l'invasion de Beyrouth à la suite du blocus exercé à l'encontre du gouvernement et la fermeture du Parlement, et jusqu'à tout dernièrement le sabotage délibéré de l'action du gouvernement d'union nationale puis son renversement, tout cela met en danger de nombreux fondements du système libanais ainsi que les relations interlibanaises.
« Nous considérons ainsi que la méthode utilisée pour renverser le gouvernement d'union nationale, alors que les parties avaient contracté un engagement de non-démission, et les manipulations qui ont accompagné le processus de désignation (du Premier ministre) constituent une transgression de principes qu'il est impossible d'avaliser, nonobstant les noms des personnalités concernées et leurs qualités propres. Car l'exclusion et les circonstances qui ont enveloppé la désignation ont été marquées par beaucoup d'abus et par un mépris de la volonté des électeurs.
« Tout abandon, franc ou implicite, par le prochain gouvernement, des engagements du Liban à l'égard du TSL serait assimilable, pour les proches des martyrs et la majorité des Libanais, à un acte d'oppression, de provocation et de déni de justice.
« La façon avec laquelle le gouvernement a été renversé, les circonstances de la désignation, les prétextes fournis à cet égard et le recours aux doubles standards nous rappellent des pratiques que nous avons connues longtemps dans notre proche histoire politique. Cette situation ajoute à l'ampleur des crispations dans les rangs des Libanais.
« De nombreuses considérations nous poussent à nous inquiéter et à nous poser des questions : ce sont l'insistance à entraîner le Liban dans la politique des axes, la terreur par les armes et le recours effectif à ces armes dans l'action politique, le refus obstiné de reconnaître les résultats des élections démocratiques en 2005 et en 2009 et le sabotage de leurs conséquences sur le plan de la représentation, le déni persistant des résolutions unanimes du dialogue et la volonté tenace de saboter l'action du tribunal et de mépriser le sang des martyrs.
« Nous attirons l'attention de tous les Libanais sur le fait que les pratiques contraires à la Constitution, à la loi et à la vie nationale commune, que nous avons vues ces dernières années, ont des effets négatifs sur l'unité des Libanais, leurs relations entre eux et l'ordre public. En vertu de quoi, nous demandons au Premier ministre désigné de bien penser ses prises de position en fonction de ces constantes nationales et de s'abstenir d'en sortir.
« Nous mettons en garde contre toutes ces atteintes qui menacent le sort de la nation, de l'État et de la société et que ne peuvent accepter les Libanais soucieux de la paix civile et de l'entente nationale. Nous ne pensons pas que le Premier ministre désigné les accepterait. »


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