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Nos lecteurs ont la parole

Mythe de la révolution libanaise*

Par Mario C. MACARON
La tendance actuelle découlant des événements des jours passés tourne autour des révolutions, coups d'État et renversements. En effet, Ben Ali a été destitué, Moubarak ménage les foules ; les Algériens et les Yéménites suivent l'exemple ; les Jordaniens tâtent encore le terrain. En gros, les leaders du monde arabe ont chaque soir du mal à dormir, les peuples qu'ils gouvernent se soulèvent enfin.
Pendant ce temps, chez nous autres Libanais, les leaders dorment à poings fermés. À vrai dire, on les sent un peu ennuyés par les tractations en vue de la formation d'un nouveau gouvernement, mais ils ne craignent sûrement pas de voir leur légitimité remise en cause.
Pourtant, à entendre nos concitoyens, le changement radical du tissu politique est la solution la plus alléchante, sachant que ce même peuple a su, au besoin, se manifester, tantôt pacifiquement, tantôt brutalement. Quelle est alors la pièce manquante ?
Entre instabilité politique qui contamine la conjoncture sociale, cherté de vie et situation économique qui écrasent la classe moyenne, sans oublier le résultat de ces facteurs : émigration faute d'emplois, cambriolages journaliers de maisons, voitures et magasins, investissements à long terme remis en cause, politique monopolisée... On peut dire que l'on n'est pas à court de motifs.
Ce qui nous manque, c'est, d'une part, une élite sociale et, d'autre part, un système politique moins attrape-nigaud, dont les dirigeants ne pourraient plus bénéficier.
Ce n'est secret pour personne : si nous voulons quantifier les personnes instruites de ce pays, nous aurons des chiffres timides. Nous parlons bien évidemment de la culture politique, de l'éveil patriotique et de la conscience nationale collective. Vous, chers lecteurs, vous ne formez qu'une minorité au sein d'un système démocratique, perverti, qui impose la dictature du plus grand nombre, abstraction faite de ses contenants.
Cette structure sociale découle de trois facteurs :
- premièrement et principalement, l'émigration de la grande majorité des éléments potentiels en herbe.
- Deuxièmement, l'endoctrinement que subit un Libanais sur deux au sein de sa famille et de la société, suite aux stigmates de guerre ou au clientélisme social.
- Troisièmement, un système éducatif quasi interdit aux classes qui ne peuvent se permettre les établissements privés.
En somme, même si un deus ex machina nous rend une faveur et déclenche une révolution, ce ne sera pas plus qu'un feu vert pour le règne de l'anarchie. L'éducation civique d'une grande partie des habitants de ce pays tourne autour de thèmes d'ordre mineur. Et pourtant, ce ne sont pas eux qu'il faudrait plaindre.
Notre système politique peut être qualifié, de la façon la plus optimiste, d'une hypothèse d'école. Loin de ce que prévoit notre Constitution.
D'une part, non seulement les gouvernements qui se sont succédé ne se sont jamais attaqués aux problèmes déjà évoqués (émigration, culturation, etc.), mais de plus, ils ont stérilisé tout moyen d'autoformation : nous n'avons qu'à constater de quoi sont privés les habitants du Liban-Nord et ceux du Liban-Sud.
D'autre part, et c'est là que se pose l'essence du problème, nos politiciens cultivent soigneusement le terrain fertile que représente notre société majoritairement soumise, faute de mieux. Cette société se veut dépendante de leaders (zaïms) et elle ne saurait agir si venait à se couper le cordon ombilical qui la relie à eux, car non seulement l'assujettissement stopperait, mais tout un package de services aussi.
Ainsi, les jeunes universitaires se battent au sein de nos universités par tous les moyens à leur disposition ; les gens se rallient aux manifestations sans comprendre ni comment ni pourquoi elles ont lieu, des villages changent d'allégeance simplement par conformité ; sans oublier que l'on noie tout cela dans des apparences de multiconfessionnalisme et l'on voit finalement notre sort tranché par les pays voisins.
En conclusion, une révolution libanaise à la tunisienne n'est qu'un mythe. Le pouvoir politique de ce pays est soigneusement réparti entre ceux qui le détiennent d'une main habile tout en privant de moyens l'autre, le seul agent capable d'enclencher une révolution : le peuple.


Mario C. MACARON
Président de l'Amicale
des étudiants de l'Institut
des sciences politiques
USJ- Huvelin

*Inspiré du cours du Dr Fadia Kiwan.
La tendance actuelle découlant des événements des jours passés tourne autour des révolutions, coups d'État et renversements. En effet, Ben Ali a été destitué, Moubarak ménage les foules ; les Algériens et les Yéménites suivent l'exemple ; les Jordaniens tâtent encore le terrain. En gros, les leaders du monde arabe ont chaque soir du mal à dormir, les peuples qu'ils gouvernent se soulèvent enfin.Pendant ce temps, chez nous autres Libanais, les leaders dorment à poings fermés. À vrai dire, on les sent un peu ennuyés par les tractations en vue de la formation d'un nouveau gouvernement, mais ils ne craignent sûrement pas de voir leur légitimité remise en cause.Pourtant, à entendre nos concitoyens, le changement radical du tissu politique est la solution la plus alléchante, sachant que ce même peuple a su, au besoin,...
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