Dans son dernier rapport sur l'emploi, l'Organisation internationale du travail (OIT) indique que le taux de chômage au Moyen-Orient est le taux régional le plus élevé au monde : en 2010, seulement 45,4 % de la population active avait un emploi stable. Le rapport note également que la situation des jeunes (de 18 à 24 ans) est particulièrement préoccupante avec un taux de chômage quatre fois supérieur à celui des adultes.
« Pour bien fonctionner, tout marché libéral a besoin de quatre éléments importants : l'emploi, la protection sociale, les droits sociaux et le dialogue », affirme à L'Orient-Le Jour Maurizio Bussi, directeur régional adjoint de l'OIT, à Beyrouth. « Ces éléments, qui ont une valeur humaine très importante, ne sont malheureusement pas toujours réunis et ceci pourrait éventuellement créer une certaine instabilité », ajoute-t-il.
Dans une région caractérisée par la lenteur des réformes économiques, sociales et politiques, la corruption et les inégalités, cette crise aurait-elle pu être évitée ? « Je ne crois pas que les politiciens de la région étaient contre l'idée des réformes, estime M. Bussi. Ils répétaient qu'il était nécessaire d'engager ces réformes, mais à leur propre rythme et de la manière qu'ils jugeaient la plus appropriée pour leur société. » « Le problème, tient-il toutefois à ajouter, est que leur rythme était beaucoup trop lent. Ils n'ont compris que trop tard que le processus de réformes devait être accéléré afin de subvenir aux demandes de leurs populations. »
Résultat, « la contestation qui était à l'origine socio-économique a pris une dimension politique », affirme M. Bussi. « Dans une situation où le peuple se sent dépourvu de sa dignité, de sa liberté d'expression et de sa source de revenus, les mesures économiques à elles seules ne suffisent plus, poursuit-il. Il faut qu'elles soient accompagnées de mesures pour restaurer la justice sociale. Et pour cela, il faut une réelle volonté politique. »

