Les Libanais, des moutons ? Beaucoup vont s'en offusquer. Quel langage ! Surtout ces brebis galeuses prêtes à tout, même à s'acoquiner avec le loup, pensant qu'elles échapperont à ses crocs le moment venu, pour services rendus, notamment pour l'avoir introduit dans la bergerie.
Le loup est un prédateur, il n'a pas d'états d'âme, la gale ne le rebute pas, au contraire, elle améliorera son ordinaire, une fois qu'il en aura fini avec les moutons en bonne santé, plus inodores, incolores et sans saveur l'un que l'autre, tout justes bons à applaudir et à se taire.
Le bon peuple de Marie-Antoinette,quoi ! Que faute de pain, l'épouse de Louis XVI avait, dans un mouvement d'humeur et ulcérée par les gémissements des affamés au ventre creux, invité à manger des biscuits. Elle a terminé sa carrière de promotrice en petits gâteaux sur la guillotine.
Méchant ? Pas pour un sou ! Circulez un peu en ville, prenez le temps de parler aux uns et aux autres de la situation, de ce qui se passe, de cette insoutenable attente des attendus d'un acte d'accusation, qui nous ronge tel un cancer et qui n'en finit pas de paraître, pour que la réponse fuse d'elle-même, innocente, authentique : « Quelques litres d'essence et une allumette. »
Comme pour rattraper aussitôt des paroles hâtivement prononcées, droit venues de cœurs débordants d'amertume, ils ajoutent pour conjurer le mauvais sort : « Mais au prix où est l'essence, ce serait fort cher payer. »
Je n'appelle pas à faire des émules à Jeanne d'Arc. De toute façon, personne n'entendra des voix, tant la cacophonie est forte. Chacun prêche pour sa paroisse et encore, il serait à mon sens plus exact de dire que chacun lit le discours qu'on lui a fait parvenir et prononce les mots qu'on souhaite écouter de ses lèvres.
Il faut dire que pratiquement, et là je n'invente rien, nos dirigeants, à quelque décan du mois de mars qu'ils appartiennent, ont démissionné de leurs responsabilités, s'en remettant à la grâce qui leur tomberait du ciel, ou assurément celle qui leur parviendrait de l'étranger.
Quelle pantalonnade ! Il est dégradant de lire chaque matin dans la presse, ou d'écouter aux JT, que tel pays est satisfait de ce qui se passe chez nous et l'autre non, nous menaçant de ses foudres, qu'un autre appuie une fraction, et que cet autre la voue aux gémonies, décernant selon affinités satisfecit, points noirs et mises en garde.
Un « de quoi je me mêle » tonitruant à l'adresse de ces pontes étrangers serait sans aucun doute légitime, mais il faut piteusement l'avouer, la plupart des dirigeants libanais eux-mêmes font le pied de grue devant leurs portes, les impliquant bien malgré eux, presque à leur corps défendant, à les en croire, dans nos problèmes domestiques.
Je veux bien l'admettre, l'histoire de mon pays est assez édifiante en ce sens. N'empêche que j'en suis toujours à me demander comment on peut compter sur des intrus, même s'ils sont frères, voisins, ou cousins germains, pour nous rabibocher les uns avec les autres, à l'intérieur même de notre propre demeure.
Ils agiront comme ils l'ont toujours fait, avec brio, aussi loin que je m'en souvienne, de façon à garder les choses en état de pourrissement latent, jouant aux pompiers pyromanes et à chaque fois que le feu s'éteint quelque part, ils le rallumeront ailleurs, demeurant ainsi indispensables, jusqu'à la fin des temps.
Ou jusqu'à ce que le Liban perde son âme et les valeurs qui ont fait sa substance, sa raison d'être, que le Libanais se dilue dans son périmètre géographique, qu'il n'y ait plus de musulmans, ni de chrétiens dont l'entente contre vents et marées gêne, que le cèdre meure, ou devienne un arbre anodin.
Au train où vont les choses, cette fiction ne saurait tarder à se réaliser. Déjà qu'à force de donner ce qui ne leur appartient pas, voilà que ceux qui se sont approprié l'esprit du 14 Mars se mettent à geindre et pleurer. Ils n'ont pas su, à force de complaisance, faire la part des choses, et par deux fois, en 2005 et 2009, ils ont transformé la volonté populaire et nos victoires électorales en débandade.
Ou plutôt en sauve qui
peut ! Déjà qu'on joue des coudes au portillon du nouveau Premier ministre, qui va de son train de sénateur pour former un gouvernement et démarrer son autobus, où tout ce qu'il y a comme grosses et moins grosses pointures se contenterait d'un simple strapontin, allant jusqu'à renier toute prise de position antérieure (j'espère toutefois me tromper dans ce paragraphe).
Comme quoi seuls les imbéciles ne changent pas d'avis. Or la caste politique qui sévit chez nous ne fait pas partie du lot : tel le Phénix, elle se régénère et prolifère. Je me garderai bien de porter un jugement de valeur sur ces gènes, qui ont depuis l'indépendance instauré les demi-mesures, les demi-teintes, et les adages populaires tel : « Baise la main que tu ne peux pas tordre et prie qu'elle se casse », en dogmes politiques.
De Bachir Gemayel à Rafic Hariri, immanquablement, tous ceux qui ont récusé toute forme de soumission aux diktats parachutés d'outre-mer ou d'outremonts (avec les mails et les fax, cela va plus vite maintenant) l'ont payé de leur personne.
À l'approche du 14 février, toutes mes pensées vont à ce million et demi de personnes qui ont bravé la peur et les barrages, le 14 mars 2005, justement pour que notre histoire du Liban ne soit plus un éternel bouleversement.
Dommage !


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