Les Libanais ont constaté ces dernières semaines que la distance entre Washington et Damas se limitait à celle qui séparait le 8 Mars du 14 Mars au Parlement. C'est dire à quel point la désignation du candidat de l'opposition, qui n'est autre qu'un député du 14 Mars, reflète moins la force politique de Hezbollah ou de ses alliés que le désir de la Syrie de montrer une certaine coopération avec l'Occident après avoir poussé ses alliés libanais à se suicider en coulant le gouvernement libanais qu'ils contrôlaient. Le contrôle est maintenant passé directement à la Syrie, qui en assume la responsabilité vis-à-vis des puissances occidentales ne serait-ce que pour les affaires de première importance. Quant au reste, c'est une question de politique interne.
On comprit très vite que le Hezbollah et ses alliés avaient perdu la partie quand ils demandèrent le report des consultations présidentielles. Ils durent ensuite lâcher leur candidat principal qui leur était entièrement acquis pour se résoudre à choisir un homme du 14 Mars qui avait demandé en 2005 à l'ONU, en tant que Premier ministre, la formation d'une commission d'enquête internationale sur l'assassinat de Hariri dont il est supposé aujourd'hui rejeter les conclusions. Parmi tous les candidats possibles au poste de chef du gouvernement le Hezbollah a choisi, sur ordre de la Syrie, le moins accommodant, qui pouvait leur permettre d'arracher la victoire. Leur victoire pyrrhique, quel qu'en soit le maquillage médiatique, se traduit par une défaite politique et marque le retour de la Syrie sur l'échiquier politique libanais, Damas ayant moins besoin de ménager ses partenaires qui assuraient l'intérim depuis son départ en 2005.
Cela n'enlève rien au lustre, très discutable, de la victoire du 8 Mars mais la met dans une nouvelle perspective. Un peu comme si la communauté internationale avait à nouveau livré la direction politique du Liban à la Syrie comme auparavant mais avec moins de souplesse et bien plus de garde-fous ainsi qu'un certain nombre de conditions en ce qui concerne son principal sujet d'inquiétude, le Hezbollah.
Pendant que le TSL poursuit son chemin, la gestion de ses accusations sur le plan local incombe au régime syrien alors que celle de l'économie revient au nouveau président du Conseil, loin de la hargne qui avait caractérisé la période du gouvernement précédent. De par sa formation (Insead et Harvard), et sa carrière d'homme d'affaires international, Nagib Mikati a un profil qui se rapproche bien plus de celui de l'équipe Hariri que de celui des ministres opposants du gouvernement précédent.
Comme rien n'est jamais sûr au pays du Cèdre, seule la composition du nouveau gouvernement ainsi que la déclaration gouvernementale pourront nous donner une idée sur l'étendue des concessions du Hezbollah par rapport à la période précédente et sur les éventualités de confrontation entre les frères ennemis.
Il est tout aussi notoire que le régime syrien n'a guère l'habitude de la souplesse tant avec ses amis qu'avec ses ennemis. Encore une fois, en manque d'options, la communauté internationale se trouve contrainte de choisir le moindre mal. Espérons qu'elle ne sera pas déçue cette fois tout en nous demandant ce qu'elle pourrait bien faire si elle l'était. Il n'en demeure pas moins que le sentiment de trahison ressenti par les électeurs des députés qui ont changé de camp à un moment crucial pour l'histoire du pays mettra du temps à s'estomper.


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