Et n'est-ce point la démocratie qu'on réclame à cor et à cri, du rivage des Syrtes à Aden Arabie, ce régime de la majorité qui est censé nous régir, à défaut d'un principe dynastique, d'une continuité apostolique ou d'une légitimité militaire ?
En effet, les assises de notre régime libanais ne relèvent pas du coup d'État ; ce n'est pas un inqilab qui a présidé à nos destinées, et le brigandage de Taëf ne fut qu'une douce violence. Non, nous sommes des démocrates, nous nous inclinons devant le décompte des voix et nous avons le respect des convenances. Voyez quel protocole désuet a présidé à nos destinées. Considérez de quel respect des usages nos Premiers ministres ont fait preuve dernièrement : trois minutes durant, ils se sont observés en silence pour sacrifier à l'usage, quand par ailleurs tout était consommé. Un formalisme de bon aloi, ne préserve-t-il pas des oukases et du knout !?
L'accord de Taëf a, bien entendu, mis fin à la guerre civile (ce n'est pas là son moindre mérite) mais il a émasculé l'exécutif en arrachant au chef de l'État son pouvoir décisionnaire. Il a introduit le principe du vote majoritaire en Conseil de ministres. Charmante innovation !
Au figuré, nous sommes devenus un pays sans tête. Et géométriquement, nous avons désormais les apparences d'une pyramide tronquée, celle dont on a retranché la partie supérieure, pour créer une plate-forme parallèle à la base. Les débats hostiles qui sont censés se dérouler à l'Assemblée se déroulent désormais en Conseil de ministres, surtout en période de cabinet d'union nationale. Naguère, le président de la République pouvait trancher dans un sens ou dans l'autre. L'accord de Taëf a trouvé mieux ; dans un souci d'équilibre entre les diverses factions confessionnelles, il a créé un manque tel, que les organes de l'État doivent toujours avoir recours à un arbitre extérieur, en l'espèce la Syrie, sauf pour le court intermède d'une éclipse qui vient de s'achever.
La majorité n'est qu'un pis-aller ; ce n'est rien de plus qu'un inconvénient pratique ; elle ne rime ni avec justice ni avec vérité, encore moins avec équité. Elle s'accompagne de beaucoup de négociations laborieuses et de compromissions. Elle ne fait pas avancer le char de l'État.
Non vraiment, quelle gueuse que notre République ! Et quel bricolage, ces consultations ! Vivement l'intervention de l'arbitre !


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef