Les ouvriers égyptiens suivent en continu les événements dans leur pays.
« En regardant ces manifestations, je ne peux m'empêcher de penser que nous allons devenir un autre Liban, ou même un autre Irak », s'exclame Shahta al-Masri, 36 ans, employé dans une station-service à Beyrouth.
« Au Liban, tout le monde a toujours peur d'un retour des bombes. En Irak, c'est le chaos. Aujourd'hui, en Égypte, nous n'avons pas de Parlement et bientôt, nous n'aurons plus de président », ajoute ce père de trois enfants, originaire d'al-Mahallah al-Koubra, dans le delta du Nil. « Tout ce que je peux dire, c'est que je suis content que ma famille ne réside pas au Caire », lâche-t-il.
Selon un responsable de l'ambassade d'Égypte à Beyrouth, près de 50 000 Egyptiens vivent au Liban. Fuyant le chômage dans leur pays natal, où le revenu minimum est de six dollars par mois depuis 1984, beaucoup de ces expatriés s'introduisent illégalement au Liban pour travailler dans des stations-service, des hôtels et des boulangeries, pour 200 dollars mensuels.
Aujourd'hui, ils sont divisés eux aussi entre « pro » et « anti » Moubarak, mais sont tous gagnés par la peur que Le Caire ne devienne un autre Beyrouth ou Bagdad.
« Ce qui se passe aujourd'hui est un coup d'État contre les Égyptiens eux-mêmes », dit Waguih Guergues, un concierge de 53 ans, inconditionnel partisan du « raïs ». « Je vis à Beyrouth depuis 20 ans, et je sais ce que veut dire l'instabilité », affirme ce chrétien copte. « C'était une grande erreur de la part de ces prétendus partisans de la démocratie de croire qu'ils pouvaient humilier Moubarak et le chasser du pays qu'il a construit », ajoute Waguih, marié à une Libanaise. « Qui va prendre le pouvoir maintenant ? les Américains ? les islamistes ? » demande-t-il.
Mohammad Ihab, 28 ans, travaille dans une station-service de Beyrouth depuis des années. « La meilleure chose pour l'Égypte, c'était Hosni Moubarak », renchérit-il. « Je regarde les manifestations à la télévision et je me dis, ceci n'est pas l'Égypte. » « C'est quoi l'Égypte sans sa colonne vertébrale, sans Moubarak ? » s'insurge-t-il. « Il n'y a plus rien à dire. »
D'autres en revanche attendent, non sans appréhension, le départ du président égyptien de 82 ans, qui a annoncé qu'il ne serait pas candidat à la présidentielle de septembre.
« Nous n'étions pas heureux sous Moubarak, pour différentes raisons », dit Ezzat, groom dans un hôtel de la capitale libanaise.
« Nous avons connu la faim pendant si longtemps », se souvient cet homme de 34 ans, dont l'épouse et les quatre enfants vivent dans une banlieue du Caire.
« C'était impossible de nourrir les enfants et de les envoyer à l'école, et à chaque fois que quelqu'un ouvrait la bouche, il était battu ou mis en prison », raconte-t-il.
Mais, précise le père de famille, « en regardant tout ce qui se passe, je crains que notre pays ne devienne un autre Irak, que les gens s'affrontent entre eux ».


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