Les consultations parlementaires terminées, on passe désormais aux choses sérieuses, c'est-à-dire à la formation proprement dite du futur gouvernement et ses écueils, qui sont de deux sortes : comment satisfaire les exigences de tous ceux qui ont appuyé le Premier ministre désigné Nagib Mikati et comment contourner le refus du 14 Mars de participer à ce gouvernement. Pourtant, hier au Parlement, le Premier ministre désigné affichait son optimisme et se voulait rassurant. Il a pratiquement annoncé qu'il compte former un gouvernement mixte, qui serait un mélange de technocrates et de figures politiques, en mesure de couvrir un large éventail de parties politiques. Dans le premier dossier, il sait que la nouvelle majorité a autant intérêt que lui à ce qu'il réussisse dans sa mission. C'est pourquoi il estime avoir une large marge de manœuvre dans le choix des ministrables. Le Hezbollah en tout cas n'a pas posé de conditions précises et ne compte pas participer directement au nouveau gouvernement, se contentant d'y avoir « des personnalités amies », dont les engagements aux côtés de la résistance sont clairs.
Le général Michel Aoun, de son côté, souhaite obtenir deux portefeuilles régaliens et choisira les personnes en fonction des domaines qui lui seront confiés, en privilégiant (comme il l'a déjà fait) les compétences aux allégeances. Comme il l'a déclaré lui-même, c'est la première fois que le CPL nomme un candidat qui obtient finalement la majorité des voix parlementaires et il faudrait par conséquent montrer que ce choix était le bon. Le président de la Chambre Nabih Berry a déjà déclaré qu'il fera de son mieux pour faciliter la tâche du Premier ministre en réduisant ses exigences. Enfin, le député Sleimane Frangié est aussi dans la même tendance et considère que la réussite de Nagib Mikati serait aussi la sienne.
Dans le second dossier, la première impression, à l'issue des consultations publiques et privées, est que certaines parties du 14 Mars ou proches de ce camp (comme les Kataëb) n'ont pas fermé la porte à une éventuelle participation au gouvernement. En tout cas, à travers les consultations parlementaires, il est apparu que certains députés qui n'ont pas voté en faveur de Nagib Mikati pourraient accorder leur confiance à son gouvernement. Ce qui lui donnerait une plus grande légitimité populaire et donc une plus grande possibilité d'action.
Dans l'entourage du Premier ministre désigné, on confirme que celui-ci ne compte pas avoir dans son cabinet des personnalités considérées comme provocatrices pour l'autre camp et qu'il ne prendra pas de mesures ou de décisions qui pourraient ressembler à des vengeances ou à des règlements de comptes. Il estime, au contraire, que sa mission consiste essentiellement à rapprocher les Libanais et à réduire le fossé séparant les deux camps politiques. Des sources de la nouvelle majorité précisent à cet égard que Nagib Mikati n'est pas une personnalité qui cherche la confrontation, ni à l'intérieur ni avec la communauté internationale. Il a bien pesé sa décision lorsqu'il a été sondé pour présenter sa candidature et s'il a accepté, c'est qu'il a pensé qu'il était en mesure de réussir, à condition qu'on ne lui demande pas l'impossible. Il n'est pas membre du 8 Mars et il ne peut donc pas mener ses batailles, quoique en demeurant engagé dans la protection de la résistance et dans l'exigence de résultats sur le double plan social et économique.
Le Premier ministre désigné a aussi entrepris des contacts avec les chancelleries occidentales et les autorités saoudiennes. À cet égard, ce n'est pas un hasard si des figures connues pour leurs liens et leurs intérêts en Arabie saoudite, comme Mohammad Safadi et Nehmé Tohmé, ont voté pour lui. De plus, les principales réactions internationales s'inscrivent dans la volonté de lui donner une chance. Selon les informations parvenues au président de la Chambre, Nabih Berry, la communauté internationale réclamerait essentiellement le respect des résolutions internationales, notamment la 1701 et la 1757. La première, poursuivent les sources parlementaires, est totalement respectée par le Liban et c'est Israël qui la viole sans arrêt. Mais sa mention vise à rassurer les pays participant à la Finul et le gouvernement libanais n'aura aucun problème à s'engager dans ce sens. Au sujet de la résolution 1757, la situation est plus délicate et il ne faut nullement s'attendre à ce que le Premier ministre prenne une initiative radicale. Il a lui-même multiplié, dans ses récentes déclarations, son intention de soumettre ce sujet à un débat national. En définitive, le Conseil des ministres ferait appel à des juristes qui pourraient invoquer le fait que certaines dispositions de la convention signée entre le Liban et le Conseil de sécurité sont en violation de la Constitution libanaise et mériteraient donc d'être revues par le biais de négociations entre les deux parties. Dans ce contexte, il ne s'agirait pas d'une demande d'annulation du TSL, mais plutôt d'une sorte de suspension en attendant l'issue des contacts.
En somme, Nagib Mikati n'est pas dans la perspective de provoquer des clashs, mais d'arrondir les angles tout en se voulant rassurant aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur. Et, aujourd'hui, avec les développements qui se succèdent dans la région, de la Tunisie à l'Égypte, dans un effet de dominos, jadis vanté par George Bush et Condoleezza Rice, la communauté internationale a d'autres priorités que le Liban. Elle pourrait ainsi se résigner à accepter les faits accomplis pour se consacrer à des dossiers plus importants, comme le sort de l'Égypte.


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