Le Premier ministre désigné lors de sa réunion avec les députés Fouad el-Saad, Henry Hélou et Antoine Saad. Photo Dalati-Nohra
M. Mikati a ensuite reçu le bloc de la Jamaa islamiya, dont le député Imad el-Hout a déclaré que le plus important dans la mission du Premier ministre désigné reste de « rassembler les Libanais », lui suggérant d'initier un dialogue qui jetterait les bases d'un « projet commun, avant la formation du gouvernement », et si cela était impossible, M. el-Hout préconiserait la formation d'une équipe de « technocrates sans aucune appartenance politique », qui s'occuperait des soucis des citoyens, en réservant les dossiers conflictuels aux sessions de la table de dialogue où les Libanais pourront en débattre.
Le député Boutros Harb s'est réuni un peu plus tard avec M. Mikati, et il a souligné que la relation personnelle qui le lie au Premier ministre désigné n'a aucune incidence sur sa position politique. Il a déclaré que la réunion a porté sur la décision que prendra le 14 Mars, laquelle est tributaire de la capacité du Premier ministre désigné à répondre aux interrogations concernant notamment le TSL, les armes hors de l'autorité de l'État, les décisions prises autour de la table de dialogue ainsi que l'application des résolutions internationales, la 1701 en particulier. M. Harb a espéré obtenir des réponses convaincantes, surtout que le 14 Mars est « prêt à coopérer », en dépit de la réserve émise par M. Harb à l'endroit d'un gouvernement à composantes « antinomiques ».
« Je crois à la démocratie, a affirmé M. Harb, et à l'alternance, à une majorité qui gouverne, et une opposition qui conteste, et le fait que cette dernière ne fasse pas partie du gouvernement ne la met pas hors de l'État. Au contraire, a poursuivi le député de Batroun, l'opposition demandera des comptes, dénoncera les abus et mettra un terme aux pratiques délétères qui auraient lieu. »
« Si la position que M. Mikati adopte va dans le sens de nos aspirations nationales, en respectant les engagements que le Liban a pris, alors nous coopérerons avec lui, mais s'il n'en est pas capable, alors nous ne participerons pas à un gouvernement dont la déclaration serait contraire à ce en quoi nous croyons », a conclu M. Harb.
Pour sa part, le député Tammam Salam, qui a été reçu par M. Mikati, a estimé qu'un gouvernement de technocrates serait « le plus propice » à pouvoir gouverner dans la situation conflictuelle actuelle, se demandant si « la modération » pour laquelle est connu M. Mikati pourra être « maintenue au sein du prochain gouvernement ». Il a cependant souhaité que le pays se dote d'un gouvernement « susceptible de lui assurer une période de calme et de stabilité », invitant toutes les forces politiques à « réviser » fondamentalement leurs positions et leurs attentes.
À l'issue de sa rencontre avec M. Mikati, M. Dory Chamoun s'est pour sa part aligné sur la position que prendrait le 14 Mars, insistant sur la seule nécessité de « maintenir le TSL » qui représente une protection légale pour le Liban contre « son voisinage ».
Fouad el-Saad : deux dossiers essentiels
Le Premier ministre désigné a également reçu les députés de l'ex-Rassemblement démocratique, en l'absence du député Marwan Hamadé qui est en France, au nom desquels le député Fouad el-Saad a déclaré que les circonstances exceptionnelles par lesquelles passe le pays commandent que toutes les configurations du futur cabinet soient considérées, qu'il soit de salut ou consensuel, formé de politiciens ou de technocrates. M. Saad s'est dit ouvert à toutes les propositions, mais il a conditionné sa participation et celle des députés qu'il représente à « l'orientation que prendront les consultations ainsi qu'à la teneur de la déclaration ministérielle ». Pour M. Saad, il est en effet « essentiel » que figurent deux dossiers, celui du TSL et les engagements du Liban à son égard ainsi que le dossier de toutes les armes hors de l'autorité de l'État.
M. Mikati a aussi reçu le député Mohammad Hajjar qui a appuyé le communiqué du Bloc du futur que le président Fouad Siniora avait présenté, ainsi que le député Ahmad Karamé qui a souhaité que soit formé un gouvernement aussi vite que possible, et qui regrouperait toutes les forces politiques.
Le député de Zahlé Nicolas Fattouche a quant à lui assuré après sa rencontre avec le Premier ministre désigné que la participation au gouvernement est « un devoir national ».
À l'issue de cette longue journée de consultations, M. Mikati a déclaré que les demandes contradictoires des uns et des autres ont été examinées, et que la modération s'imposait. Il a encore une fois préconisé le dialogue pour résoudre les conflits, souhaitant s'occuper en priorité du dossier relevant de la situation sociale et économique des Libanais.
Enfin, notons que M. Mikati s'est rendu à la mosquée al-Amine pour la prière du vendredi, et que cheikh Maher Jaroudi lui a souhaité du courage pour la tâche ardue qui l'attendait.
Rencontre avec le chef de l'État
Il convient également de signaler que le chef de l'État Michel Sleiman recevra le Premier ministre désigné, ce matin au palais de Baabda, pour être informé des résultats des consultations. Michel Sleiman avait exprimé son souhait de voir toutes les parties participer au prochain gouvernement, notamment le 14 Mars, comme l'a rapporté le ministre sortant de l'Éducation Hassan Mneimné, qui n'a pas tout à fait exclu une telle participation, assurant que la décision finale n'a pas encore été prise. « Si on adopte la proportionnelle, a encore demandé l'ancien député Ghattas Khoury, dans un entretien téléphonique avec Hassan Mneimné, nous donnerait-on la moitié du cabinet ? »


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