Officiellement, la France souhaite que les Libanais conduisent eux-mêmes ce changement et promet de respecter, comme l'affirmait avant-hier Nicolas Sarkozy devant le corps diplomatique et la presse étrangère, leur choix. Mais on devinait ici en début de soirée comme une vive préoccupation, mêlée d'inquiétude face à ce qui pourrait se passer dans les prochains jours, à savoir les consultations du Premier ministre désigné et les tractations pour la formation, dans des délais raisonnables, d'un nouveau cabinet.
Deux indices permettent d'étayer cette thèse, à savoir l'annulation sans préavis raisonnable d'un voyage que devait effectuer à Damas à partir d'aujourd'hui le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, à la tête d'une importante délégation formée de députés de la majorité et de l'opposition.
« Le président de l'Assemblée nationale, M. Bernard Accoyer, et la délégation de députés de la majorité et de l'opposition qui devaient se rendre en Syrie du 26 au 28 janvier reportent leur déplacement compte tenu de l'évolution de la situation régionale », indique ainsi un communiqué du Palais Bourbon hier.
Le deuxième indice étant l'arrivée aujourd'hui à Paris de Jeffrey Feltman pour discuter avec de hauts responsables français de « la situation au Liban et en Tunisie ». Ces entretiens franco-US pourraient, dit-on dans l'entourage du Quai d'Orsay, infléchir la position française (l'engagement de respecter le choix des Libanais concernant le futur gouvernement) pour la rapprocher de l'hostilité manifestée par Washington à l'égard de ce qui est qualifié outre-Atlantique de prédominance du Hezbollah dans l'équipe de M. Mikati.
L'émissaire américain pourra-t-il ébranler la confiance relative manifestée jusqu'ici par la France à l'égard du rôle positif du régime de Damas sur l'échiquier libanais et de la capacité des Libanais à mettre sur pied une équipe Mikati cohérente, viable et fiable ?
Le Quai d'Orsay
Le Quai d'Orsay avait donc publié un communiqué indiquant que « la France prend note de la désignation de Nagib Mikati par le président de la République Michel Sleiman, pour former un nouveau gouvernement libanais. La France tient à saluer le travail du gouvernement d'union nationale conduit par Saad Hariri, après des élections démocratiques exemplaires. Elle rend hommage au courage, à la dignité et à la détermination avec lesquelles il a conduit sa mission, dans un contexte particulièrement difficile. Le processus de formation du gouvernement va s'engager. Il est indispensable qu'il s'inscrive dans le cadre de la Constitution et des accords de Taëf et qu'il reflète le choix indépendant et souverain des Libanais, à l'abri de toute ingérence et par le dialogue. Nous appelons le futur gouvernement à respecter les engagements internationaux pris par le Liban, notamment s'agissant du Tribunal spécial pour le Liban. Alors que des manifestations sont en cours, la France appelle toutes les parties à la retenue et à s'abstenir de tout recours à la violence », conclut le communiqué.


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