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Liban

Les jeunes de Tarik Jdidé laissent éclater leur colère et leur révolte

Des dizaines de jeunes Beyrouthins, venus principalement du quartier à majorité sunnite de Tarik Jdidé, ont brûlé durant une bonne partie de la journée d'hier des pneus et des bennes à ordures, et ont coupé des routes au niveau des secteurs de Cola, de Kaskas et de la Cité sportive, pour protester contre la tournure prise par la désignation du nouveau Premier ministre.

Des jeunes déchaînés à Cola hier. Hassan Chaaban/Reuters

Survoltés, tendus, le visage parfois caché par un T-shirt enroulé ou une cagoule, les manifestants à Tarik Jdidé exprimaient hier, avec toute l'énergie dont ils étaient capables, leur colère contre la nomination de l'ancien Premier ministre Nagib Mikati à la tête du prochain gouvernement, aux dépens du Premier ministre sortant Saad Hariri, leader du Courant du futur.
Toute la journée, la confrontation avec les forces de l'ordre, notamment l'armée, déployée en force dans le secteur, s'est poursuivie sans relâche. Les manifestants tentaient de sortir du secteur étroit où ils sont restés confinés (entre Cola, Kaskas et la Cité sportive), pour atteindre des axes principaux comme la corniche de Mazraa, mais l'armée bouclait toutes les issues.
Malgré le mot apaisant prononcé par M. Hariri à la mi-journée, et une fois la victoire de son rival Nagib Mikati définitivement confirmée, la confrontation a dégénéré dans l'après-midi et en soirée. Les manifestants ont jeté des pierres sur les soldats qui tentaient d'ouvrir les routes et qui auraient, à leur tour, utilisé des bombes lacrymogènes pour disperser la foule. Des informations sur l'arrestation de plusieurs cadres du Courant du futur à Tarik Jdidé, accusés d'avoir participé au jet de pierres sur l'armée, ont de nouveau enflammé la foule qui a repris son mouvement, brûlant des pneus et des bennes à ordures. Finalement, les manifestants se sont dispersés en soirée et un calme prudent est tombé sur ce quartier.
Durant la journée, les manifestants avaient exprimé leur volonté de ne pas sortir de la rue avant d'avoir obtenu gain de cause. « Cela fait 24 heures que nous sommes là, et nous sommes prêts à y rester 24 ans pour atteindre notre objectif », crie une jeune manifestante. Interrogée sur les raisons de sa présence dans la rue, elle lance : « Nous ne permettrons à personne de nous imposer un leader pour les sunnites. Nous ne croyons pas en Nagib Mikati et il ne nous représente pas. »
Tous les manifestants assuraient volontiers que le mouvement de rue était « spontané ». Mais ce sont des responsables du Courant du futur qui ont dissuadé des groupes de jeunes de s'approcher de la zone limitrophe à des régions à dominante chiite, caractérisées par une forte présence du Hezbollah et d'Amal, « pour éviter la discorde », nous dit l'un d'eux. « Les politiques n'ont rien à voir avec nous, et personne ne nous a incités à descendre dans la rue, c'est le peuple qui crie sa colère et exprime son soutien à cheikh Saad, dit un manifestant. Je refuse, pour ma part, qu'un autre que lui me représente. Si Mikati réussit à former son gouvernement, nous resterons dans la rue jusqu'à ce que celui-ci tombe. »

Des manifestants jeunes
Les slogans scandés par les manifestants prenaient facilement une tournure confessionnelle, avec des acclamations en faveur du Premier ministre Saad Hariri, et des insultes proférées contre le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah. « Qu'ils viennent nous attaquer aujourd'hui, nous lance un manifestant. Ce n'est plus comme le 7 mai (2008), le Courant du futur a davantage d'hommes aujourd'hui. » Ils se défendent pourtant de porter des armes. « Vous pouvez être témoin du fait que nous n'avons aucune arme sur nous », disent-ils.
La moyenne d'âge des manifestants était particulièrement basse, certains protestataires n'ayant pas dépassé l'adolescence. Ils se déplaçaient en vitesse d'une ruelle à l'autre, souvent sur motocyclette, essayant de prendre de court les forces de l'ordre. Envers les journalistes, ils tenaient, non sans nervosité, à s'assurer de l'identité du média avant de s'exprimer. Certains journalistes ont été bousculés ou empêchés de faire leur travail. Les manifestants exprimaient même de la méfiance envers certains médias, accusant, à titre d'exemple, une chaîne de télévision proche des forces du 8 Mars « de filmer nos visages de près pour remettre les images à l'armée et dénoncer les manifestants ».
La méfiance était de mise aussi envers l'armée. « Ils ont frappé un des nôtres avec la crosse de leur fusil au visage et à l'épaule, alors qu'il n'avait même pas encore allumé son pneu, s'insurge un des manifestants. Auraient-ils fait de même si les autres manifestaient ? »

Une grève largement suivie
Outre les mouvements dans la rue, Tarik Jdidé avait largement suivi le mot d'ordre de grève depuis le matin. Les rares commerçants qui n'avaient pas encore fermé boutique écoutaient attentivement la télévision. Seules quelques ménagères se pressaient pour ramener des achats à la maison. Un peu partout, des banderoles de soutien à Saad Hariri étaient accrochées.
Deux commerçants qui fermaient boutique tôt n'avaient pas de mots assez durs pour exprimer leur déception. « Je vais certainement descendre brûler des pneus et fermer des routes, dit Fady. En tant que sunnite, je n'ai plus rien à perdre. Saad Hariri représente 90 % des sunnites et il a été écarté du pouvoir par le Hezbollah. »
Interrogé sur la nomination de Mikati, il dit espérer « qu'il présentera sa démission avant ce soir ». « Si un gouvernement est formé malgré tout, je serais favorable à une démission du bloc du Futur du Parlement et des élections anticipées », ajoute-t-il. « Au Hezbollah, je lui dis : si Israël attaque demain, qui parcourra
le monde pour plaider ta cause ? » conclut-il.
Survoltés, tendus, le visage parfois caché par un T-shirt enroulé ou une cagoule, les manifestants à Tarik Jdidé exprimaient hier, avec toute l'énergie dont ils étaient capables, leur colère contre la nomination de l'ancien Premier ministre Nagib Mikati à la tête du prochain gouvernement, aux dépens du Premier ministre sortant Saad Hariri, leader du Courant du futur. Toute la journée, la confrontation avec les forces de l'ordre, notamment l'armée, déployée en force dans le secteur, s'est poursuivie sans relâche. Les manifestants tentaient de sortir du secteur étroit où ils sont restés confinés (entre Cola, Kaskas et la Cité sportive), pour atteindre des axes principaux comme la corniche de Mazraa, mais l'armée bouclait toutes les issues. Malgré le mot apaisant prononcé par M. Hariri à la mi-journée, et une fois...
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