Depuis vendredi, plusieurs dizaines de milliers d'amoureux des livres se pressent chaque jour pour écouter les quelque 220 auteurs invités dans le décor enchanteur d'un ancien palais de la « ville rose », dans l'ouest de l'Inde.
Chaque débat draine une foule compacte et réactive. Dans l'assemblée, des écoliers en uniforme côtoient des femmes en sari et l'élite de New Delhi en week-end. La présence d'artistes de tous poils apporte une touche de glamour.
On croise aussi un ancien Maharadjah qui savoure, les yeux fermés, la beauté d'un récital de poèmes, avant de signer des autographes en rafale.
Au coucher du soleil, la littérature s'incline devant la musique : des concerts traditionnels ou de « world music » closent chaque journée.
Coiffé d'un turban rouge, un chanteur intouchable - membre de la plus basse caste - amputé des deux bras et d'une jambe après avoir voulu venger sa fille, violée par des agresseurs appartenant à une caste plus élevée, fait chavirer les amateurs.
« Ici, on passe d'un débat sur les femmes indiennes à un autre sur l'avenir de la fiction américaine avec Junot Diaz et Martin Amis », résume la romancière indienne Abha Dawesar, interrogée par l'AFP.
« Le fait que cela se passe à Jaipur est encore plus fort : ce n'est pas à Delhi ou Bombay, des villes déjà très mondialisées », estime l'auteur de Babyji. Pourtant, certains regrettent la nette prédominance des écrivains de langue anglaise dans un pays riche de 18 langues officielles.
Avant l'ouverture, un article du magazine reconnu Open a critiqué le festival pour son attachement à « l' » establishment « littéraire britannique », estimant que les Indiens étaient marginalisés. « Mais c'est aussi la réalité indienne : l'anglais reste la langue de l'élite et, à bien des égards, le festival s'adresse à l'élite », juge-t-il.
Interrogée sur ce sujet dans le quotidien Times of India, la codirectrice du festival, Namita Gokhale, affirme vouloir donner « un espace égal » aux romanciers de langues régionales. Douze auteurs écrivant en ourdou, cachemiri, hindi ou bengali ont été invités cette année.
Chacun s'accorde toutefois à saluer une ambiance
éclectique.
« À Jaipur, on peut parler de tout », assure Jigna Kothari, venue de Bombay. « Les débats et les lectures me donnent envie de vite rentrer chez moi pour me mettre à écrire », dit-elle dans un sourire.
En déambulant dans les jardins, on peut croiser l'auteur américain Richard Ford discutant sur un banc avec une lectrice autour d'un « chai » (thé indien) ou l'auteur de Loin de Chandigarh, Tarun Tejpal, attablé au café du festival dans un parfait anonymat.
Selon lui, la réussite du festival s'explique par le « mélange entre écrivains et la foule des lecteurs. C'est une vitrine de la littérature, parfois chaotique, mais dont l'accès est entièrement libre », se félicite-t-il.


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