Soulevant tout d'abord la question du TSL, Nasrallah a constaté que le processus de l'examen de l'acte d'accusation par le juge de la mise en état, Daniel Fransen, « a été accéléré » - preuve en est l'audience prévue le 7 février prochain - parce que « ce qui est demandé en réalité, c'est l'exploitation politique de la teneur de l'acte d'accusation pour faire pression sur nous et sur nos alliés politiques », a-t-il dit.
Commentant les réactions du TSL aux enregistrements sonores relatifs à l'enquête internationale diffusés par la chaîne de télévision NTV, le dignitaire chiite a relevé le fait que, pour « la première fois, le procureur du TSL a adressé des menaces aux médias », ironisant sur le fait que ces fuites ont mobilisé M. Bellemare alors que les multiples révélations faites à des médias étrangers, dont à la CBC canadienne, n'ont pas eu de suites de la part de M. Bellemare. La raison est que « toutes ces fuites avaient un objectif bien précis, qui est de porter atteinte au Hezbollah et à la Syrie en vue d'alimenter un projet politique précis », a-t-il soutenu, indiquant que les révélations de la NTV ont mobilisé le procureur « parce qu'elles remettent en cause la crédibilité de l'investigation ».
Le secrétaire général du Hezbollah a en outre affirmé que le parti a déjà exprimé une première réaction à l'acte d'accusation, à savoir « le renversement du gouvernement en place qui était incapable de protéger le Liban et de faire face aux conséquences de l'acte d'accusation ». Mais une seconde réaction, plus détaillée et finale, viendra. Elle sera formulée une fois que la teneur de l'acte d'accusation sera rendue publique, a-t-il promis, ajoutant que le parti ne se pliera pas à des demandes politiques qui seraient formulées après l'annonce de l'acte d'accusation. « L'affaire est bel et bien terminée par rapport à nous et ceci n'est plus négociable », a-t-il dit.
Saluant la dernière prise de position du chef du PSP, Walid Joumblatt, lors de sa conférence de presse, Hassan Nasrallah l'a remercié pour son soutien à la résistance et à la Syrie, « à un moment aussi sensible que celui-ci ». « Il s'agit d'une position sur laquelle une nouvelle phase politique se fondera », a-t-il relevé. Et d'ajouter que le Hezbollah et ses alliés n'excluront aucun parti politique si leur candidat au poste de Premier ministre s'assure du soutien d'une majorité au Parlement lors des consultations qui doivent s'engager lundi. « Pour dissiper toute illusion (...), nous, dans l'opposition, rechercherons un gouvernement de partenariat, si (notre) candidat obtient une majorité au Parlement. Nous ne préconisons pas un gouvernement fondé sur un seul camp, nous ne préconisons pas d'exclure quelque parti politique que ce soit », a encore dit Nasrallah.
Il s'est ensuite attaqué, sans le nommer, au leader des FL pour ses propos tenus à l'égard de Omar Karamé, envers lequel il n'a pas tari d'éloges. Accusant sans ambages Samir Geagea d'avoir tué Rachid Karamé, le frère de Omar, il a défendu la famille Karamé et la tradition de patriotisme et de nationalisme incarnée par eux. Le dignitaire chiite a tenu à souligner que l'ancien chef de gouvernement n'a jamais été demandeur de quelque position que ce soit, signifiant qu'il n'ambitionne pas de parvenir à la tête du gouvernement et n'a rien fait dans cet objectif. Après s'être excusé de ne pouvoir assumer cette tâche délicate à un âge aussi avancé, M. Karamé a finalement affirmé qu'il n'acceptera de le faire que si l'opposition n'a aucun autre candidat, et uniquement dans le but de protéger la résistance, a expliqué Nasrallah qui a salué « l'abnégation » et le « courage » de cet homme.
Le secrétaire général du parti chiite s'est ensuite arrêté aux propos du Premier ministre sortant, Saad Hariri, et de ses partisans qui avaient parlé d'un « assassinat politique » dont il a été victime. Il s'est dit étonné d'entendre de tels propos qui n'avaient jamais auparavant été prononcés pour qualifier les changements qui se sont succédé au poste de Premier ministre. « Plusieurs figures sunnites se sont succédé à la tête du gouvernement. Personne n'a jamais parlé d'assassinat politique lorsque le pouvoir changeait de mains », a-t-il déclaré, invitant M. Hariri à accepter le principe de l'alternance au niveau du pouvoir. Et Nasrallah de rappeler que c'est le camp du 14 Mars qui parle généralement au nom des principes démocratiques, soulignant que personne ne peut imposer aux blocs parlementaires le choix d'un candidat. Rejetant le principe de la représentation populaire, il a affirmé que la position du Premier ministre « n'est pas représentative, mais elle constitue un poste de commandement ». Et d'enchaîner en affirmant que « s'il y a réellement une tentative d'assassinat politique, c'est bien la résistance qui est visée ». « Ce qui se passe actuellement est un assassinat politique visant la résistance dans l'intérêt de l'ennemi israélien », a-t-il dit.
Dans un dernier chapitre, le secrétaire général du Hezbollah a enfin évoqué les prises de position régionales et internationales suscitées au lendemain de la démission du gouvernement, se disant satisfait des réactions exprimées en faveur de la légalité, de la volonté populaire et des institutions. Et de se demander si, au cas où les consultations parlementaires se solderaient par l'émergence d'une nouvelle majorité et d'un candidat autre que Saad Hariri, ces grandes capitales vont persister dans leur position et respecter la nouvelle majorité en place. Il a invité dans ce cadre les instances internationales à « soutenir la légalité et les institutions constitutionnelles ainsi que la (nouvelle) majorité parlementaire » qui pourrait apparaître au cas où le candidat du 8 Mars serait désigné pour former le nouveau gouvernement.
Dénonçant les mises en garde formulées par certains pays qui ont évoqué les dangers qui menacent le Liban, les risques de partition et les craintes de l'avènement du projet iranien, perse et chiite, Nasrallah a affirmé que ces allégations sont infondées et constituent une provocation à caractère communautaire.
« Toutes les déclarations selon lesquelles le Hezbollah envisage d'instaurer un gouvernement iranien ou chiite sont une déformation, elles sont trompeuses et totalement fausses », a-t-il dit.
Et de conclure en réitérant que l'opposition « ne cherche aucunement à éliminer qui que ce soit ». « Nous avons exercé notre droit constitutionnel consistant à démissionner et à renverser le gouvernement (...) Nous devons coopérer ensemble pour dépasser cette phase critique. Le pays est visé, et Israël est celui qui n'a cessé d'espérer voir le Liban parvenir à ce stade. »


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