Cela dit, la formule n'est pas aussi simple et joyeuse qu'elle le prétend. Parce qu'il y a deux obstacles à surmonter.
Le premier obstacle se situe au niveau du bureau. Il faut demander à temps à son boss (et fermement) de bénéficier des trois jours de congé qui séparent les deux week-ends. Il faut convaincre ses collègues, dont la plupart (tous, au fait...) sont plus seniors, qu'ils doivent rester pour couvrir mon absence et que moi, au fin fond de la hiérarchie, je mérite ce luxe. Je n'hésite pas une seconde à jouer le tour qui réussit à chaque fois à charmer mon public, faire couler des larmes et sortir les mots puissants, passionnés, touchants de mon attachement à ma terre, de ma séparation douloureuse de ma famille, de mon dépaysement à Londres. Et je pars dans un discours interminable, patriotique et déterminé, qui ne sera entrecoupé que par mon boss qui, fatigué de mon manège, se résout à me laisser aller.
Heureuse de ma victoire, je m'en vais reposer mon postérieur devant mon écran, et j'envoie quelques e-mails extatiques à mes copains qui, comme moi, planifient des fêtes grandioses. Je leur file quelques conseils qui marchent à tous les coups : ma cousine se marie (si l'on m'écoutait vraiment on aurait compris qu'elle n'a que 7 ans et qu'elle ne peut pas se marier sept fois en un an...), mon frère termine l'université (en avril ?) et ma meilleure copine passe le barreau (So what ?).
Bref. Maintenant c'est fait. Je souris bêtement mais sagement pour ne pas irriter les prisonniers d'avril.
Inutile de préciser que les quelques heures qui suivent cette annonce sont légères, tête en l'air et très distraites. Mais des mots ici et là, dans les journaux locaux libanais que je lis en ligne et dans la presse internationale, me ramènent vite à la réalité. Et je me souviens du second obstacle, que ma conscience s'applique toujours à refouler.
Danger. Révolution. Acte d'accusation. Crise de régime. De grands mots qui sonnent fort mais qui ne sont en réalité qu'imprégnés de lâcheté.
La voix de mon père au téléphone résonne sereine et reposée. Il dit qu'il déjeune avec ma mère dans leur grande maison vide de leurs quatre enfants. Il me dit qu'il y a du falafel. Il ajoute qu'il est réconforté du fait que l'on vive tous à l'étranger.
Moi, ça ne me réconforte pas du tout. Parce que déjà, ils y sont. Et si le pays est vraiment en danger, je préfère être avec eux, là-bas, chez moi, que de guetter, à travers mon écran de télé, un indice quelconque qui viendrait trancher l'incertitude. L'incertitude de l'existence d'un gouvernement, des répercussions de sa carence sur la paix, de l'incertitude de la déclaration d'un acte d'accusation, de l'incertitude si celui-ci finit par être publié.
Mon téléphone sonne et m'arrache à mes pensées. Mon ami, assez optimiste je trouve, qui achète déjà ses billets d'avion en ligne, me demande s'il prend BMI ou MEA, et si l'on y va le 22 avril ou le 23.
Franchement, je ne peux qu'espérer que lors d'un repos d'intervalle entre une crise et une guerre, je pourrai aller faire un bisou à ma mère.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef