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Nos lecteurs ont la parole

Une mankouché à la main

Georges TYAN
La promenade matinale, au centre-ville et dans certains quartiers de la capitale, de quelques milliers de partisans m'a, à l'instar de nombreux Libanais et notamment Beyrouthins, laissé dubitatif, même qu'une station de télévision a poussé loin le bouchon, prétendant que tous ces jeunes-là prenaient leur petit déjeuner au soleil.
Fort bien, nous sommes toujours en démocratie et je ne vois pas quel mal il y aurait à se prélasser de bon matin aux croisements névralgiques, une galette de thym à la main. Il ne faut pas s'en offusquer outre mesure, sauf que ces jeunes gens n'ont pas eu la politesse d'en offrir une bouchée aux passants qui, bouche bée, se demandaient, interloqués, quel bon (ou mauvais) vent avait amené tous ces nouveaux visages dans leurs ruelles et leurs quartiers.
Chat échaudé craignant l'eau froide, des écoles ont fermé leurs portes, les habitants de ces régions se sont calfeutrés chez eux, d'autres ont pris d'assaut les supermarchés, même que dans les zones plus éloignées, les rues s'étaient vidées, la circulation était devenue fluide, les automobilistes s'en étaient donné à cœur joie. Un nouveau moyen de juguler les embouteillages inextricables,quoi.
Mais trêve de plaisanteries, cette répétition miniature, prélude au grand déferlement humain envisagé, a fait plus de mal à ceux qui ont écrit le mauvais scénario de cette pièce - qui, d'ores et déjà, s'annonce comme un bide - qu'à ceux qu'elle était censée faire trembler de peur.
Désormais, la confiance entre les parties est aux abonnés absents ; le seul résultat probant et immédiat de cette virée matinale est d'avoir une fois pour toutes réduit le terme « Résistance » qu'au prix de tant de sang ,de sacrifices et de destructions, on avait accepté de sacraliser, au qualificatif de joggeur matinal qui terrorise femmes et enfants, une « mankouché » à la main.
Les Israéliens, ennemis communs à tous les Libanais, ayant de tout temps combattu avec la dernière énergie la spécificité de notre patrie, ont dû pousser un ouf de soulagement : ils ne sont plus prioritaires dans l'esprit du parti d'un Dieu aux couleurs bigarrées, brandissant un kalachnikov.
Je présume que les contempteurs régionaux, et de par le monde, de ce parti doivent non pas rire sous cape mais à gorge déployée, se frottant les mains de cette aubaine. Le Hezb a finalement glissé sur l'une des peaux de banane qu'ils ne finissaient pas de lancer sous ses pas, donnant tête baissée dans le piège qu'inlassablement ils tissaient autour de lui.
Errare humanum est ! L'erreur est humaine, l'ivresse aussi, il faut dire qu'à force de pointer l'index menaçant, le verbe haut et blessant, sans attirer de réaction sérieuse aux velléités ressassées de casser des mains, des bras et des figures, il est tout à fait logique que ces gens-là soient tentés par l'aventure totalitaire. Ils en ont peut-être les moyens, se basant sur leur arsenal et leurs calculs démographiques.
Ils ont peut-être le pouvoir, mais ont-ils la puissance ? Je l'ai écrit il n'y a pas longtemps : ce ne sera pas une promenade de santé même si,au dernier petit déjeuner déambulatoire dans les ruelles de la capitale, il y eut, grâce à la Providence divine et à la sagesse de la population, plus de peur que de mal.
Le TSL et l'affaire des faux témoins ne sont que des mobiles fallacieux, de la poudre lancée aux yeux d'une population qu'on veut crédule, mais qui a vu bien d'autres redresseurs de torts, défenseurs de la veuve et de l'orphelin. C'est l'échine à tout un peuple, fier, libre, démocratique, qu'on veut faire courber.
On dit que la vie est une roue qui tourne, les positions et encore moins les alliances ne sont pas statiques, les forts en muscles d'aujourd'hui trouveront assurément encore plus fort qu'eux demain, ce sera à leur tour de subir et de récolter non le blé, mais l'avoine et les avanies qu'ils auront semées.
Pourtant, je reste persuadé que les dirigeants de ce pays, tous sans exception, peuvent encore se ressaisir. Ils doivent revenir à nos valeurs nationales, qu'ils potassent un peu les livres d'histoire, relisent les quotidiens de ces trente dernières années et tirent les conséquences de leurs actes, nul n'a réussi, et jamais ne réussira à vaincre ou à réduire à néant l'autre.
Si le peuple est parfois indulgent et se laisse mener en bateau, l'histoire, elle, ne pardonne pas. Les apprentis héros d'aujourd'hui, s'ils y sont un jour mentionnés, le seront au titre de collaborateurs et de fossoyeurs d'un pays à nul autre pareil, créé pour être un havre de paix, phare des civilisations, terre de rencontres de toutes les religions et des libertés de pensée.

Georges TYAN
La promenade matinale, au centre-ville et dans certains quartiers de la capitale, de quelques milliers de partisans m'a, à l'instar de nombreux Libanais et notamment Beyrouthins, laissé dubitatif, même qu'une station de télévision a poussé loin le bouchon, prétendant que tous ces jeunes-là prenaient leur petit déjeuner au soleil.Fort bien, nous sommes toujours en démocratie et je ne vois pas quel mal il y aurait à se prélasser de bon matin aux croisements névralgiques, une galette de thym à la main. Il ne faut pas s'en offusquer outre mesure, sauf que ces jeunes gens n'ont pas eu la politesse d'en offrir une bouchée aux passants qui, bouche bée, se demandaient, interloqués, quel bon (ou mauvais) vent avait amené tous ces nouveaux visages dans leurs ruelles et leurs quartiers.Chat échaudé craignant l'eau froide, des...
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