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Nos lecteurs ont la parole

Terre... compromise !

Par Nahi LAHOUD

Depuis qu'on nous annonce une troisième guerre mondiale, une fin du monde en 2012, selon le calendrier inca, et une apocalypse galopante qui frappe à nos portes, je me suis demandé ce qui resterait de la terre, de ce monde assez agité déjà, si ces catastrophes se produisaient ? Si la terre devait recommencer de zéro avec les mêmes caractéristiques physiques, on verrait très probablement émerger un être superdifférent de l'homme. L'évolution serait-elle alors un processus soumis aux puissants effets du hasard ? Une circonstance fortuite peut jouer un rôle capital en biologie comme en histoire. Et plus un événement remonte à loin, plus son influence sur le présent peut avoir d'importance. Prenons par exemple nos mains. Nous avons cinq doigts, dont un pouce. Nous en sommes amplement satisfaits. Mais il me semble que nous serions tout aussi heureux avec six doigts, dont un pouce, ou quatre doigts dont un pouce, ou cinq doigts dont deux pouces. Il n'y a rien, intrinsèquement, qui fasse que la configuration de nos doigts soit la meilleure possible - même si nous trouvons la chose naturelle. Nous avons en fait cinq doigts parce que nous descendons d'un... poisson du dévonien* dont les nageoires comprenaient cinq phalanges ou cinq arêtes. Seulement, voilà : certains êtres humains libanais (les politiciens et les commerçants) sont totalement différents. Ils ne possèdent pas de doigts, mais des tentacules, comme les poulpes (à pieuvre du contraire).
Bon, restons sérieux et revenons donc à notre sujet. Nous avons adopté une arithmétique décimale parce que nous avons dix doigts. Elle aurait pu avoir pour base 8 ou 12. Mais c'est comme ça. On pourrait dire la même chose de bien d'autres aspects essentiels de notre être. Matériel héréditaire, biochimie interne, forme, stature, organes, amours et haines, passions et désespoirs, tendresse et agressivité et même capacités analytiques, tous ces aspects sont en partie le résultat d'accidents apparemment mineurs dans l'histoire immensément longue de ce monde fou dans lequel nous évoluons.
Il y a plus de cinquante millions d'années, la Terre était peuplée de lézards terrifiants, cauchemardesques : les dinosaures, qui prospéraient et prospectaient superbement, emplissant pratiquement toutes les niches écologiques. Il y avait des reptiles nageurs, des reptiles volants, des reptiles aussi hauts que la tour Eiffel ou l'Empire State Building, qui sévissaient d'un bout à l'autre de la planète. C'étaient les premiers cannibales de la préhistoire, car nos lointains ancêtres composaient en grande partie leur menu. Si ces dinosaures avaient survécu, l'espèce la plus intelligente aurait peut-être quatre mètres de haut, la peau verte et la dente acérée. Mais les dinosaures n'ont pas survécu aux cataclysmes répétés survenus au cours de l'histoire. Ils furent tous détruits comme une grande partie des autres espèces de la Terre. En fait, personne ne sait ce qui a provoqué l'élimination des dinosaures. Il se peut qu'une catastrophe cosmique en fut responsable, l'explosion d'une étoile proche - une supernova comme celle qui a donna naissance à la nébuleuse du Crabe. Une telle explosion aurait injecté dans l'espace un flux intense de rayons cosmiques pénétrant l'enveloppe d'air qui entoure la Terre, et brûlant l'azote atmosphérique, provoquant ainsi des radiations solaires ultraviolettes à la surface de la planète. Les organismes vulnérables auraient été grillés. L'extermination de ces reptiles géants allégea la situation de nos ancêtres, qui sortirent de l'ombre, se diversifièrent avec exubérance et s'épanouirent. Puis ils évoluèrent et devinrent ce que nous sommes aujourd'hui. C'est-à-dire pas très brillants. De plus, avec le réchauffement de la Terre que nous vivons en ce moment, nous risquons de retourner à l'ère primaire. Le soleil aussi risque un jour de passer à travers un nuage de poussière galactique, et de ravager toute vie animale. De toute manière, notre existence est liée à des événements astronomiques et géologiques fortuits. Je ne vous apprends rien de nouveau en vous disant que tout est parti d'une horde de prognathes qui se cachaient des dinosaures, qui colonisaient le sommet des arbres, puis en dégringolaient pour domestiquer le feu, inventer l'écriture, construire des laboratoires et lancer des véhicules dans l'espace, etc.
Mais aujourd'hui, il est tentant de connaître des intelligences nouvelles. À cette fin, nous étudions minutieusement l'histoire et l'anthropologie culturelle. Nous constatons que nous sommes de trop proches parents des baleines et des singes. Mais tant que nos recherches se limiteront à l'évolution de quelques lignées sur une seule planète, nous resterons ignorants de l'ampleur et de l'éclat d'autres intelligences et d'autres éventuelles civilisations. S'il existe des êtres intelligents sur des planètes pas trop lointaines, est-il possible qu'il sachent que nous existons ? Sans sortir de chez eux (car ils semblent très casaniers ou pantouflards), les extraterrestres ont au moins deux façons de nous découvrir. L'une consiste à se mettre à l'écoute du cosmos avec de vastes radiotélescopes. Pendant des milliards d'années, ils n'auraient entendu que de faibles bruits : électricité statique intermittente, ondes radio causées par des éclairs ou par des sifflotements d'électrons ou de protons magnétisés. Et récemment, les ondes radiotélévisées, les radars, les sonars se sont faits plus puissants, plus sonores, se transformant en signaux clairs. À certaines fréquences, la Terre est devenue sans conteste la planète la plus brillante et la source radio la plus puissante du système solaire. Une civilisation extraterrestre recevant de tels signaux en provenance de notre Terre... promise ne pourrait manquer d'en conclure qu'il s'en passe des choses chez nous.
L'autre façon, c'est d'arraisonner les sondes spatiales que l'on lance dans l'espace, et qui transportent des disques parlant de nos gènes, de notre cerveau et nos sentiments. Par cette initiative, nous essayons d'expliquer à ces extraterrestres l'intérêt du cortex cérébral, nous leur adressons nos salutations en 60 langues, bien qu'ils ne connaissent sans doute aucun des dialectes de la Terre. Nous leur envoyons des photos de nous, nus ou habillés, nous leur offrons une heure de musiques exquises, originaires de diverses cultures. Dans le même esprit, les scientifiques ont confié à ces sondes spatiales les pensées et les émotions d'un Terrien, le fonctionnement biologique de son cerveau, son cœur, ses yeux, ses muscles. Il se peut que les extraterrestres n'y comprennent rien. Cependant, s'ils arrivent un jour à déchiffer, à décrypter notre façon de penser (surtout celle des Libanais), ils risquent de demander l'asile politique dans une autre galaxie...

 

* 4e période de l'ère primaire pendant laquelle des vertébrés aquatiques prirent leur plein essor.

Depuis qu'on nous annonce une troisième guerre mondiale, une fin du monde en 2012, selon le calendrier inca, et une apocalypse galopante qui frappe à nos portes, je me suis demandé ce qui resterait de la terre, de ce monde assez agité déjà, si ces catastrophes se produisaient ? Si la terre devait recommencer de zéro avec les mêmes caractéristiques physiques, on verrait très probablement émerger un être superdifférent de l'homme. L'évolution serait-elle alors un processus soumis aux puissants effets du hasard ? Une circonstance fortuite peut jouer un rôle capital en biologie comme en histoire. Et plus un événement remonte à loin, plus son influence sur le présent peut avoir d'importance. Prenons par exemple nos mains. Nous avons cinq doigts, dont un pouce. Nous en sommes amplement satisfaits. Mais il me semble que nous...
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