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Nos lecteurs ont la parole

Ce à quoi aspirent les jeunes

Par Jean-Paul MOUBARAK
Je discutais l'autre jour avec un de mes supérieurs hiérarchiques qui me demandait pourquoi je voulais voir « ailleurs ». Bonne question, à laquelle j'ai donné la réponse sensément ambitieuse qu'on attend de moi et qui n'est que la vérité. Pourour une meilleure opportunité, lui ai-je dit. Effectivement, la réponse semblait venir d'elle-même. Du tac au tac! La réponse classique qui n'inspire aucun débat si l'on veut éviter le risque d'entendre des paroles que l'employé ne désire prononcer et encore moins que les oreilles susceptibles du supérieur n'aimeraient entendre.
Car, des comme moi, il y en a treize à la douzaine, et s'ils restent confinés parfois dans un travail mécanique asservissant et souvent avilissant, c'est bien parce que l'opportunité ne s'est pas encore présentée.
Récemment, quelqu'un me disait : « Savez-vous pourquoi il existe des gens qui ne progressent jamais ? » Devant mon air interrogateur, il affirma : « Mais c'est simple car ça les empêche de penser parce que si, par malheur, il leur arrivait de penser, ils réaliseraient leur désespérante réalité. »
J'aurais dû repondre a mon honorable supérieur hiérarchique : « Connaissez-vous le mythe de la caverne? » (Platon - La République).
Nous les jeunes, nous sommes comme cet homme enchaîné et nous attendons notre salut à travers quelque chose de meilleur. Nous cherchons et chercherons toujours le mieux. Actuellement, les embauches ont une durée de vie de deux à trois ans au meilleur des cas avant de voir que leur titulaire ne constate que ses ambitions sont loin d'être dans la mécanique tuante d'un métier qui ne correspond guère à ses aspirations.
Changer les habitudes, oublier le train-train ou du moins en changer pour voir autre chose : c'est ce à quoi nous pouvons aspirer. Ce n'est pas pour rien que les jeunes veulent voir « ailleurs » car si le présent, ou du moins ce qui leur est offert, ne les satisfait pas, c'est qu'ils s'imaginent mal continuer d'avancer vers un futur immuable qui ne fera que les plonger un peu plus dans une morosité appelée à s'accroître d'année en année. Or ce qui intéresse, c'est l'avancement, c'est l'évolution à tous les niveaux, c'est le respect de leurs diplômes, c'est le respect qu'on leur doit et que souvent, malheureusement, ils n'ont pas.
J'aurais pu répondre aussi à mon supérieur : « Connaissez-vous le mythe du garçon de café? » (Sartre - L'existentialisme est un humanisme) C'est peut-être à ça que vous voulez réduire la jeunesse : à des gestes robotisés entre leur bureau et la machine à café. Autant se flinguer !
Ils nous reprochent de nous voir, à peine engagés, propulsés à des postes de commandement. Peut-être que nous ne prétendons pas à un prodigieux avancement, mais un à minimum de considération. C'est effectivement très simple d'être déjà arrivé à un poste de responsabilité et d'adopter un discours empreint d'un grand humanisme et d'une grande compréhension, avec cet air paternaliste digne de Mao ou de Staline (après tout, ce dernier n'était-il pas surnommé le petit père des peuples?).
Chercher mieux et toujours mieux, voilà ce que nous voulons. Une fois arrivés à une certaine sécurité matérielle, nous parviendrons peut-être à envisager la perspective d'un éventuel bonheur (sachant que le bonheur est relatif et dépend de chacun, à supposer qu'il existe).
On nous demande d'être ambitieux ? Mais, de l'ambition, on en à revendre. On nous demande d'être dynamiques et travailleurs ? Ne le sommes-nous pas ? Nous leur demandons, à notre tour, de nous procurer la motivation. Mais visiblement, leur but ultime est de nous la faire perdre, sinon à quoi bon penser aller voir « ailleurs » ?
Enfin, tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir. En espérant que cet article sera lu... et surtout compris.
Je discutais l'autre jour avec un de mes supérieurs hiérarchiques qui me demandait pourquoi je voulais voir « ailleurs ». Bonne question, à laquelle j'ai donné la réponse sensément ambitieuse qu'on attend de moi et qui n'est que la vérité. Pourour une meilleure opportunité, lui ai-je dit. Effectivement, la réponse semblait venir d'elle-même. Du tac au tac! La réponse classique qui n'inspire aucun débat si l'on veut éviter le risque d'entendre des paroles que l'employé ne désire prononcer et encore moins que les oreilles susceptibles du supérieur n'aimeraient entendre.Car, des comme moi, il y en a treize à la douzaine, et s'ils restent confinés parfois dans un travail mécanique asservissant et souvent avilissant, c'est bien parce que l'opportunité ne s'est pas encore présentée. Récemment, quelqu'un me disait :...
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