Selon un observateur, certains pôles au sein de l'opposition n'étaient pas d'accord sur le fait de faire chuter le gouvernement et ne voulaient pas en arriver à un vacuum institutionnel, préférant rester au sein de l'Exécutif pour suivre l'évolution de la situation de l'intérieur afin de faire face aux échéances tout en restant au pouvoir. La logique étant qu'il est plus aisé de faire front à l'acte d'accusation et à ses séquelles en restant à l'intérieur du gouvernement, surtout que le recours à la violence et aux armes est prohibé en cette période, ce qui rend toute confrontation à partir de l'extérieur du pouvoir précaire et sans résultats concrets.
Certains piliers de l'opposition tentent d'ailleurs d'amplifier les effets de la nouvelle situation, en mettant en garde contre ses risques et périls, et en cherchant à accroître la protection d'une résistance qui est ciblée par le TSL, une instance que tentent d'exploiter à cette fin les grandes puissances, à leur tête les États-Unis. C'est pour faire face à ces défis que certains milieux de l'opposition préconisent la nécessité de parvenir à une entente sur le nom d'un candidat qui serait issu des rangs du 8 Mars pour présider le gouvernement. Le choix devra porter sur une personnalité qui devrait avoir fait ses preuves en matière de défense de la résistance, comme l'avait relevé le député Mohammad Raad. Parmi les noms qui circulent, celui de Abdel Rahim Mrad, Adnane Addoum et d'autres personnalités considérées comme capables de former « un gouvernement de la résistance ». Celui-ci serait chargé de la refonte du pouvoir et du régime politique en place dans l'optique d'un projet politique qui ferait opposition au projet qui prévalait depuis 2005 et qui s'inscrivait dans le sillage de la politique américaine et de son plan régional.
Des sources parlementaires proches de la majorité ont exprimé de leur côté leur attachement à la candidature de Saad Hariri à la tête du gouvernement, sachant que la majorité refuse ce qu'elle considère être une insurrection menée par l'opposition et persiste à préserver la place du Liban sur l'échiquier international, respectueux des résolutions internationales. Les sources assurent toutefois que les tentatives de repositionner le pays du Cèdre dans le cadre d'un projet différent ne peuvent qu'échouer car l'opposition a mal évalué la situation.
Toujours dans les milieux de la majorité, il est actuellement question d'une initiative sunnite qui serait prise prochainement de la part d'anciens chefs de gouvernement. Elle consiste à exprimer leur refus de voir l'opposition compter sur une personnalité sunnite de son choix, qui ne refléterait pas les équilibres communautaires en présence. Autrement dit, il est hors de question de passer outre au leadership de Saad Hariri, la majorité ne s'étant jamais auparavant aventurée à dépasser le leadership chiite (Amal et Hezbollah), comme on l'avait vu avec la reconduction de Nabih Berry à la tête du Parlement en 2005 et en 2009. La majorité mise d'ailleurs sur la sagesse de certains leaders chiites pour tenir compte de la réalité du terrain. C'est ce à quoi Nabih Berry avait fait allusion lorsqu'il avait affirmé qu'il n'y a pas de substitut à Saad Hariri à la tête de l'exécutif.
En provoquant la chute du gouvernement, l'opposition cherche en réalité à renverser les équilibres en essayant d'attirer dans son giron le bloc de Walid Joumblatt (11 députés), dont la prise de position sera déterminante sur ce plan. Le leader druze, qui garde à ce jour son mutisme, cherche à préserver sa position indépendante, convaincu qu'il est qu'une mutation totale vers le 8 Mars lui fera perdre plus de la moitié de son bloc qui ira rejoindre la majorité. C'est la raison pour laquelle le chef du PSP a opté pour la neutralité, et s'abstiendrait de nommer un candidat, alors que l'opposition tente par ailleurs d'attirer dans ses rangs des députés de Tripoli en les séduisant par des offres diverses.
Afin de se dérober à cette position inextricable, Walid Joumblatt, à l'instar d'autres forces politiques, tente de parvenir à un accord préalablement à la nomination du Premier ministre et à l'acte d'accusation, l'accord devant paver la voie à la relance du processus démocratique. Certains milieux politiques répercutent la thèse selon laquelle les ministres de l'opposition reviendraient sur leur démission, de manière à renflouer le gouvernement qui se réunirait pour s'entendre sur la phase à venir, y compris sur le TSL et son acte d'accusation, un nouveau gouvernement devant ensuite prendre naissance à la lumière de cette entente.
La mobilisation internationale suscitée par le renversement du gouvernement n'a pas manqué enfin d'inquiéter l'opposition, plus particulièrement le Hezbollah, qui rechigne à toute internationalisation du règlement de la crise, préférant qu'elle soit résolue localement.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine