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Nos lecteurs ont la parole

Nation Prozac

Hala MOUBARAK
Prendre mes jambes à mon cou et partir... Courir le plus vite possible et le plus loin possible. Ou alors juste courir pour me libérer de cette sensation d'effroi qui me ligote à cette terre que j'aime et que je hais.
Je suis née en 1982. La guerre était là. Présente. Consistante. Me promenant entre le lait de mon biberon et les coups de canon tirés contre les rêves d'avenir de mes parents.
Les guerres civiles qui s'enchaînent ; ceux qui tuent les autres et ceux qui tuent les leurs.
On s'en fout un peu. Tout le monde tue tout le monde. Et puis on s'enterre pour mieux se trahir après.
C'est ainsi et pas autrement. Il a fallu que je naisse, là où les conflits sont un bonbon à la menthe qu'on glisse sous la langue pour changer le goût âcre des choses. Les choses de la vie.
Et les guerres qui se suivent, les conflits qui enflent, les années qui passent. Et voilà comment nous vivons ce que nos parents ont déjà vécu avant nous. Le mythe de l'éternel retour. Mircea Eliade et Nietzsche bien sûr, et compagnie.
On aura vraiment tout vu. On aura vraiment tout vécu. Les guerres des autres qui sont menées chez nous. Les milices qui prennent la place de l'État. Les dieux qui se confondent. Les carnages à répétition. 2006 et son absurdité. Une union nationale aux couleurs de la discorde. Des soldats de plomb.
On aura été une génération aux rêves bafoués dès la naissance ou alors bien avant notre première couche-culotte. On aura été une génération aux blessures impossibles à panser. On aura été tout sauf équilibrés. On aura eu des poèmes sans musique.
On aura été tout !
En colère... Envers et contre tout. Mais je veux boire ce soir.
Je lève mon verre à tous ceux qui comme moi désirent vivre et rêver. Et qui, au creux de leurs tripes, laissent les larmes de rage couler.
J'aimerais lever mon verre aux enfants couchés sur cette terre de feu, qui meurent un peu plus tôt qu'on ne l'avait prédit.
À l'aube de leur jeunesse, souriant aux ombres et rampant vers la fin comme des osselets machinalement jetés sur une table de jeu.
À la santé de mes rêves qui se cognent contre des rafales de sel.
Aux copeaux de sanglots que je ne sais que taire. Mes yeux tanguent avec les étoiles laissées à la mer.
À la santé de toutes les nuits arides et aux étreintes futiles.
Aux chants saouls des gorges rauques et à la fièvre de ceux qui attendent d'autres ponts.
À la santé des âmes perdues.
Aux choses sans importance, aimons, mais lentement.
À n'avoir rien à dire, je préfère me taire.
Aux choses sans importance.
Au drapeau et à l'étendard, si beaux au vent.
À votre santé! Et bonne
année.

Hala MOUBARAK
Prendre mes jambes à mon cou et partir... Courir le plus vite possible et le plus loin possible. Ou alors juste courir pour me libérer de cette sensation d'effroi qui me ligote à cette terre que j'aime et que je hais.Je suis née en 1982. La guerre était là. Présente. Consistante. Me promenant entre le lait de mon biberon et les coups de canon tirés contre les rêves d'avenir de mes parents. Les guerres civiles qui s'enchaînent ; ceux qui tuent les autres et ceux qui tuent les leurs.On s'en fout un peu. Tout le monde tue tout le monde. Et puis on s'enterre pour mieux se trahir après.C'est ainsi et pas autrement. Il a fallu que je naisse, là où les conflits sont un bonbon à la menthe qu'on glisse sous la langue pour changer le goût âcre des choses. Les choses de la vie.Et les guerres qui se suivent, les conflits qui enflent,...
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