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Économie - Analyse

Les risques des nouvelles politiques des banques centrales

De Paul-Jacques LEHMANN
L'une des plus vieilles institutions économiques, l'Institut d'émission, désormais appelé Banque centrale, continue à figurer parmi les instances dont les actions sont considérées comme jouant un rôle essentiel pour tenter de remédier aux dysfonctionnements de l'économie. La crise financière, doublée d'une crise monétaire, tant de liquidité que de change, qui sévit dans le monde depuis plus de trois ans, n'a fait que renforcer la nécessité d'interventions des autorités monétaires. Mais l'on peut se demander si les décisions prises, certes efficaces à court terme, ne risquent pas d'être néfastes à plus longue échéance.
Les objectifs assignés aux banques centrales ont peu évolué dans le temps. Il s'agit toujours de maintenir stables les prix pour ne pas entamer la valeur de la monnaie nationale par rapport aux autres monnaies, d'assurer la sécurité du système des paiements en se comportant comme prêteur en dernier ressort des établissements bancaires. De même, les instruments à leur disposition sont toujours les mêmes : par l'intermédiaire des politiques de refinancement agir sur les taux d'intérêt et par l'intermédiaire des réserves obligatoires contraindre les banques à recourir davantage à la banque centrale, donc d'être plus dépendants de ses taux d'intérêt.
Ces méthodes ont prouvé leur efficacité à de multiples reprises lorsque la hausse des prix était jugée trop importante, dans un contexte de distribution généreuse de crédits liée à une forte croissance économique. Mais aujourd'hui, la situation est tout autre : la déflation menace, la demande de crédits est faible en raison d'une croissance atone, la liquidité manque car les banques n'ont plus confiance les unes dans les autres et ne se prêtent plus, le monde craint la survenance d'une crise systémique. Pour tenter de remédier à tous ces maux, de nombreuses banques centrales ont été amenées à réduire les taux d'intérêt à quasiment zéro.
Comme cette décision se révèle insuffisante pour faire repartir les économies et que personne n'envisage d'introduire des taux d'intérêt négatifs, les banques centrales ont été contraintes de modifier l'utilisation de leurs méthodes traditionnelles de politique monétaire en introduisant des moyens « non conventionnels » (dans la zone euro) ou « d'assouplissement quantitatif », « quantitative easing » (aux États-Unis). Des aménagements ont été réalisés dans trois directions. D'abord, les autorités monétaires ne limitent plus leur distribution de liquidité, fournissant aux établissements bancaires tout ce qu'ils réclament. Ensuite, elles ont élargi la gamme des titres susceptibles d'être remis en garantie. Enfin, elles interviennent sur le marché secondaire des obligations en achetant les titres émis par les États en difficulté.
Ces dispositions sont source de deux conséquences. D'une part, le total du bilan des banques centrales connaît une augmentation historique (le bilan de la Federal Reserve Bank américaine est, ainsi, passée de 920 milliards de dollars en janvier 2008 à 2 350 milliards en novembre 2010), avec en portefeuille beaucoup de titres publics, ce qui pose la question du respect de l'indépendance de ces banques centrales. D'autre part, des quantités considérables de liquidité sont mises sur le marché, ce qui permet de préserver de la faillite de nombreuses banques, mais constitue un ferment potentiel de hausse des prix lorsque la croissance repartira et que cette liquidité se transformera en prêts, donc en monnaie. Espérons que les banques centrales n'auront pas à subir, dans un avenir proche, les conséquences de l'insolvabilité de certains émetteurs des titres qu'elles détiennent et qu'elles sauront, dans un avenir un peu plus lointain, retirer la masse de liquidité à la disposition des banques.

Paul-Jacques LEHMANN
Professeur à l'Université de Rouen et à l'ESA


En coopération avec : ESA
L'une des plus vieilles institutions économiques, l'Institut d'émission, désormais appelé Banque centrale, continue à figurer parmi les instances dont les actions sont considérées comme jouant un rôle essentiel pour tenter de remédier aux dysfonctionnements de l'économie. La crise financière, doublée d'une crise monétaire, tant de liquidité que de change, qui sévit dans le monde depuis plus de trois ans, n'a fait que renforcer la nécessité d'interventions des autorités monétaires. Mais l'on peut se demander si les décisions prises, certes efficaces à court terme, ne risquent pas d'être néfastes à plus longue échéance.Les objectifs assignés aux banques centrales ont peu évolué dans le temps. Il s'agit toujours de maintenir stables les prix pour ne pas entamer la valeur de la monnaie nationale par rapport aux...
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