Selon les milieux de la majorité, le chef du Parlement Nabih Berry s'est empressé de répondre aux révélations faites par Saad Hariri affirmant que l'opposition s'est bien acquittée de ses engagements, ce qui n'est pas le cas pour l'autre partie, toujours d'après Berry. La majorité souhaite de son côté que l'opposition puisse citer au moins un seul exemple illustrant la moindre initiative positive qu'elle aurait prise à ce jour pour aller dans le sens de la politique de la main tendue par le chef du gouvernement.
S'abstenant de répondre aux allégations de l'opposition afin d'éviter de s'engager dans une nouvelle polémique, la majorité s'est contentée de soulever le fait que par « autre partie » M. Hariri aurait pu signifier une partie externe et non interne. D'ailleurs, des sources informées ont laissé entendre qu'il s'agissait de la Syrie et non de l'opposition, soulignant que le compromis recherché est « syro-haririen » sous parrainage saoudien et non entre le gouvernement et l'opposition conduite par le Hezbollah. Ce serait donc la Syrie qui n'aurait pas honoré ses engagements et non l'opposition. Ce que démentent formellement les visiteurs de Damas qui affirment que la Syrie n'a fait aucun engagement à M. Hariri, et que c'est lui qui, après tout, était demandeur d'une initiative élaborée sous les auspices de Damas et de Riyad.
À la lumière des derniers développements, il apparaît ainsi que tout pari sur une « transaction » visant à paralyser les activités du TSL est désomais voué à l'échec, notamment après que les présidents américain et français eurent clairement affirmé, lors du dernier sommet qui les a réunis à la Maison-Blanche, que le tribunal doit poursuivre son travail sans aucune ingérence et loin de toute pression.
Les milieux de l'opposition estiment pour leur part que l'optimisme se résorbe jour après jour, conscients du fait que ce qui se passe à New York pourrait avoir prochainement des conséquences majeures sur la scène interne. Pour eux, les récentes prises de position américaines annoncent clairement la phase à venir.
Des sources ministérielles font valoir que l'espoir de voir les activités de l'instance judiciaire internationale suspendues s'est évanoui, ce qui pourrait provoquer un accroissement de la tension. L'opposition est toutefois consciente du fait que la sécurité est une ligne rouge dans l'optique internationale. Il en va de même pour le gouvernement d'union nationale qui reste intouchable, le mot d'ordre étant plutôt à la réactivation de l'exécutif et des réunions du Conseil des ministres, et à la recherche d'un compromis autour de l'affaire des faux témoins. Ces positions ont été d'ailleurs clairement exprimées par le ministre russe des Affaires étrangères, Alexandre Saltanov, lors de ses rencontres avec les pôles de l'opposition. Le recours à la violence étant ainsi prohibé, l'opposition s'est employée à élaborer un plan de parasitage des institutions, accuse la majorité. Elle chercherait ainsi à paralyser l'État et à généraliser le chaos à l'aide des syndicats dont elle soutient explicitement l'action.
Certains milieux politiques assurent toutefois que le Liban se dirige vers la détente. Ils soutiennent qu'après le retour de Saad Hariri, des mesures concrètes et positives verront le jour. Des observateurs ont fait état pour leur part d'intenses efforts déployés sur les plans régional et international pour éviter au Liban les répercussions des tiraillements qui ont lieu sur la scène externe, le but étant de consolider la scène interne et d'empêcher toute tentative de déstabilisation au pays du Cèdre.
Anticipant le retour du Premier ministre au Liban, l'opposition a intensifié ses contacts en vue de la mise en place d'une feuille de route pour faire face aux positions attendues de Saad Hariri, et à l'entrée en scène des États-Unis sur la ligne du compromis en gestation. Une intrusion qui n'a d'autre sens, aux yeux de l'opposition, que de viser l'Iran, la Syrie et le Hezbollah.
Les pôles du 14 Mars attendent également le retour du chef du gouvernement pour être fixés sur la teneur de ses réunions à New York et Washington, et tenter de comprendre ce qui a motivé ses dernières prises de position après un mutisme prolongé.
Pour les milieux de la majorité, l'heure de la vérité approche et aucune fuite en avant n'est plus possible avec la publication de l'acte d'accusation. C'est la raison pour laquelle les leaders du 14 Mars invitent les forces de l'opposition à réintégrer les institutions et à mettre fin à la politique de paralysie de l'État et de l'administration qui souffre désormais d'un taux de vacance qui frise les 50 pour cent.


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