Oubliés les grandes chaleurs, la misère des agriculteurs, les camions-citernes qui ont débité sous notre douche une eau sablonneuse, malpropre. Oubliés le courant, quand il se pointe et fait des clins d'œil continus, les ampoules grillées, les générateurs individuels ou de quartier, les perturbations causées par ce va-et-vient de l'électricité. Oubliés la tempête, les caniveaux impuissants à absorber le déluge, les passants trempés jusqu'aux genoux, les pertes considérables des pêcheurs. Oubliés les prix élevés du fuel, des denrées alimentaires, des médicaments, etc.
Dans les salons beyrouthins et jusqu'au dernier petit village du Hermel, les Libanais sont obsédés par « l'acte d'accusation » : « On me dit que ce sera cette semaine », dit l'un. « Non, affirme l'autre, on me dit que sera pour janvier. » « Que nenni, certifie le troisième, on ma dit que ce sera pour le printemps. »
Décidément, les Libanais, hommes et femmes, semblent frappés par un mal psychique : une grossesse nerveuse.
Une goutte peut faire la différence
Ce n'est pas la terre qui appartient à l'homme, c'est l'homme qui appartient à la terre. Dans ce contexte et avec cette vague de sécheresse que vit actuellement le Liban, il est tout à fait choquant d'entendre le ministre de l'Énergie nous avouer, il y a quelques jours, qu'il ne peut rien face aux entrepreneurs qui érigent des tours et forent des puits pour assurer l'eau, et que les divers commissariats de police se contentent de dresser des contraventions à leur encontre sans les arrêter.
Si la commercialisation de l'eau bat son plein actuellement aux quatre coins du pays et parfois à des prix exorbitants, il est urgent d'adopter le programme « Sauvons notre eau » visant à sensibiliser, éduquer et à motiver les ménages ainsi qu'à réduire leur consommation d'eau.Car une goutte gaspillée chaque seconde équivaut à 10 mètres cubes gaspillés en une année. Autrement dit, la conservation de l'eau doit devenir, pour les consommateurs, une habitude. Ainsi, les fuites mineures ne sont pas à traiter à la légère : un robinet qui goutte gaspille 5 à 20 mètres cubes par an. Une fuite de chasse d'eau, c'est 30 à 250 mètres cubes par an d'eau potable qui partent directement à l'égout. Cela vaut la peine de se faire un peu plombier et d'apprendre à changer un joint. Sans oublier aussi que la réduction de l'usage de la baignoire avec des pommes de douche économes au profit de la douche est aussi nécessaire, un bain nécessitant environ 100 litres d'eau contre 15 litres en moyenne pour une douche. Enfin, et à l'instar de plusieurs pays étrangers, rêvons un jour que nos immeubles seront équipés de systèmes de récupération d'eau servant pour les toilettes et les systèmes de refroidissement, et pouvant servir pour alimenter par exemple une petite centrale à biogas.
Persécuteurs, persécutés
Que nous soyons des illuminés ou de simples acculturés tirant de l'histoire humaine des conclusions utiles ou non, nous savons que l'histoire est pleine de contes glorieux, mais pleine aussi de pages qui constituent la honte de tous.
L'action humaine dans l'histoire, nous l'avions appris, visait le meilleur, mais aucun de nous n'est parvenu à atteindre ce but. Il suffit pour s'en convaincre de voir tous les malheurs du monde étalés à la une des médias. Encore ne s'agit-il que d'événements se déroulant aujourd'hui. Mais était-ce tellement différent hier ou encore en des temps plus lointains ? Cela dit, je m'empresse de préciser que la lecture des journaux peut se révéler amusante.
Se plaindre ne veut rien dire ; admettre la fatalité représente une autre façon de voir la futilité de l'action humaine à travers l'histoire.
Pour simplifier, disons que la vie n'est qu'une lutte, un combat, un spectacle de batailles dans lequel les survivants s'obstinent à refaire, à se livrer aux mêmes joutes.
Ce qui me fait écrire ces mots, c'est l'absurde que je rencontre dans tous les discours parlant de discordes et de guerres confessionnelles qui, pour moi, camouflent cette partie de notre fatalité à laquelle je faisais allusion plus haut. Alors, guerres confessionnelles, ethniques ou sectaires, quelle différence ? Les hommes se groupent pour se battre, pas vrai ?
Les groupes racistes, les groupes ethniques, sectaires, confessionnels, tous ont le droit de se regrouper. Ce dont ils devraient avoir honte, c'est d'établir entre eux des rapports de persécution. Le rapport de persécuteur à persécuté, je crois que c'est là que réside le mal...


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