Toutefois, il importe, en plus de la machine répressive, de poursuivre l'information qui est le seul corollaire à une responsabilisation des conducteurs.
Ainsi en est-il de certaines substances psychoactives qui ont démontré leur extrême puissance sur un exercice, la conduite automobile, qui suppose bonne vision, dextérité manuelle, apprentissage et jugement.
Or, il se trouve que la principale cause des accidents sur la voie publique reste et de loin les substances psychoactives.
En effet, l'alcool est la première de ces substances, responsable de millions de morts sur la route (et ailleurs !) partout dans le monde. Les chiffres sont proprement inquiétants. L'industrie automobile et les alcoologues ont démontré qu'une alcoolémie de 0,7g/l, soit l'équivalent de 4 verres de vin standard chez l'homme, peut déjà induire une baisse de la vigilance et de l'attention, une modification des réflexes et des perceptions, avec un rétrécissement du champ visuel et une non-appréciation des distances.
Pire encore, chez un individu roulant à 100 km/h (qui est la vitesse acceptée au Liban sur les autoroutes), ayant bu 4 verres de vin standard, le temps de réaction s'allonge de 0,5 seconde, ce qui signifie une distance de freinage augmentée de 14 mètres avant l'arrêt total. Cette personne n'est nullement ivre, elle salue normalement en sortant de chez ses amis avec qui elle a bu, monte calmement dans sa voiture et conduit sans vitesse excessive. Mais son cerveau est totalement inapte à la conduite.
Quand on sait l'extrême indulgence au Liban dans la mise à disposition de jeunes (mineurs) de boissons alcoolisées et des capacités de binge drinking pendant les soirées de week-end (c'est-à-dire des alcoolisations massives en un laps de temps de quelques heures d'alcools souvent forts comme la vodka, très banalisée), on peut comprendre dès lors que des accidents de la route se produisent, provoquant des morts, surtout en fin de semaine.
Par ailleurs, le cannabis, une des drogues les plus meurtrières en matière de conduite automobile, est consommé au Liban avec un dédain sidérant de ces effets néfastes. Les jeunes y retrouvent des effets secondaires moindres que par rapport à la nicotine, ce qui est absolument faux, et la consommation est alarmante dans les écoles et les universités. Tout comme pour l'alcool, les études scientifiques démontrent aussi la grande dangerosité de cette drogue, avec une altération de la vigilance du consommateur-conducteur, une prise de risque qui peut se manifester par une recherche de plaisir et de sensations fortes sur la route, conduisant inéluctablement à des accrocs sur la voie publique.
Enfin, grands consommateurs de tranquillisants, les Libanais ne sont pas assez informés des effets sur l'attention et la vigilance de ces médicaments, souvent vite prescrits à des personnes toujours promptes à en prendre. Ces médicaments entraînent une somnolence, surtout si on y associe fatigue, conduite nocturne, repas copieux et prise d'alcool concomitante. Dans notre pratique quotidienne, on est souvent stupéfait de voir des chauffeurs de taxi et de poids lourds qui en consomment allègrement afin de diminuer, disent-ils, l'angoisse de leur métier !
Naguère, l'Organisation mondiale de la santé a préconisé l'information sur ces substances comme meilleur moyen pour réduire la mortalité sur les routes et dans la vie au quotidien. L'enjeu capital en matière de santé publique impose de poursuivre cette sensibilisation qui doit toucher médecins, citoyens et pouvoirs publics, pour le bien et la sécurité de tous.
Dr Sami RICHA
Chef de service de psychiatrie à l'Hôtel-Dieu de France


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