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Nos lecteurs ont la parole

Heureux qui comme Ulysse...

Par Georges TYAN
Pierre qui roule n'amasse pas mousse, dit le proverbe. C'était du temps des carrosses, quand les comtes, les ducs et autres grands personnages du royaume s'en allaient de ville en ville lever des armées, des impôts, ou tout simplement faire ou recevoir acte d'allégeance.
Certes, c'était fatigant d'être ballottés et cahotés des journées durant sur des routes à peine praticables pour arriver à destination éreintés, à bout de souffle, et il fallait du temps pour récupérer et sa forme et ses esprits.
Avec l'avancée de la technologie, les distances ont disparu. Pour franchir les Alpes - pardon, je voulais écrire Dahr el-Baïdar - et y chercher la vérité, on se déplace en cortège de limousines, toutes sirènes hurlantes, et l'on arrive en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.
Pour les périples plus longs, on s'engouffre dans un avion, se faisant accompagner, un peu comme dans l'arche de Noé, par une sélection triée sur le volet du spécimen de la gent politique qui régente notre pays et, de capitale en capitale, on fait la tournée des grands ducs.
Excellent, d'autant plus que le contribuable, déjà saigné à blanc, ne participe semble-t-il que rarement à ces croisières volantes lesquelles, nous assure-t-on, sont une nécessite pour la sauvegarde de notre patrie et la concorde sociale.
À vrai dire, je ne vois pas comment. Appartenant à l'école antédiluvienne, je ne saisis pas le bien-fondé de cette politique qui consiste à tournoyer dans les airs à bord d'un supersonique pour se poser ici et là en quémandeur d'appui, alors qu'à la maison, cela sent déjà le roussi, c'est au-dessus de mon discernement.
À mon sens, le pompier doit, comme le scout, être présent sur place, toujours prêt à intervenir pour court-circuiter les pyromanes et même devancer leurs velléités d'allumer le feu, d'autant plus qu'ils ne s'en cachent pas.
Bien sûr, il y a un précédent en la matière. Lors du bombardement sauvage de Cana, le président Rafic Hariri avait pris la direction des grandes capitales, muni de son seul bâton de pèlerin. Il fit cesser le massacre, et les Libanais, plus particulièrement les habitants du Sud, lui en sont à jamais reconnaissants.
C'est peut-être ce qui, finalement, lui a coûté la vie ; il était devenu trop grand, trop important, trop insolent même, vu la mission dont il s'était imprégné, traitant d'égal à égal avec ceux qui se prenaient pour les maîtres du monde, se mettant en travers des noirs desseins qu'ils concoctaient pour un si petit pays.
Rafic Hariri avait eu affaire à tous les ennemis - avec un grand E - de notre patrie. Ceux-là parlent un tout autre langage, ils ont une conception féroce et sans merci des choses, à commencer par la soumission à leur diktat, et, crime de lèse-majesté, il avait tenté de briser le carcan de la servitude. Mais aussi, il s'adressait aux gens de sa propre patrie, de son propre village, de sa propre ruelle, de sa propre maison, de son propre palier.
Je ne vois pas pourquoi, en tant que copropriétaires de ce toit qui nous abrite tous et qui s'appelle Liban, nous qui parlons et écrivons la même langue, nous refusons de nous asseoir et de discuter ensemble sans conditions ni a priori.
De tout bord on se dit prêts à dialoguer, mais je suis sous l'impression que c'est plutôt pour en découdre, ce qui a amené notre jeune Premier ministre à entreprendre, comme Ulysse, de longs voyages pour calmer le jeu et éviter le pugilat qui nécessairement ne servira à rien, sauf à nous ramener aux années noires de notre existence.
Désormais, cela saute aux yeux, c'est une évidence claire et limpide : notre décision ne nous appartient plus. Ceux qui ont tenté de la saisir, de Bachir Gemayel à Rafic Hariri, en passant par René Moawad, l'ont chèrement payé, sans oublier ces personnes victimes de la haine pour avoir cherché à déblayer le chemin qui y mène.
À qui la faute ? Aux Italiens peut-être... Assurément aux Libanais eux-mêmes et à leur manie d'ouvrir grands les portes devant l'immixtion des frères, cousins et alliés - dont le plus souvent ils ne comprennent pas la langue - pour les appeler au secours contre leur voisin de quartier.
Mais plus encore, pour n'avoir pas su assimiler l'histoire, il convient de ne plus donner tête baissée dans le même piège. Aussi boiteuse qu'elle soit, la formule consacrée, ni vainqueur ni vaincu, a de beaux jours encore ; personne ne gagnera et ne peut vaincre l'autre.
Les appuis externes sont toujours éphémères ; ils sont uniquement fonction des intérêts de ceux qui les fournissent et plus encore des bénéfices qu'ils escomptent en tirer. Il serait lassant d'énumérer les déconvenues de ceux qui ont pris pour argent comptant les « indéfectibles » appuis emportés par le vent.
Il n'y a rien pour rien, et ce n'est pas en s'entourant de néophytes, certains portés par la fougue de leur jeunesse, ou de quelques rares rescapés faisant partie des meubles ou qui ont des comptes à régler que l'on y changera quelque chose. Sauf à s'enfoncer encore plus dans l'inconnu.
Pierre qui roule n'amasse pas mousse, dit le proverbe. C'était du temps des carrosses, quand les comtes, les ducs et autres grands personnages du royaume s'en allaient de ville en ville lever des armées, des impôts, ou tout simplement faire ou recevoir acte d'allégeance.Certes, c'était fatigant d'être ballottés et cahotés des journées durant sur des routes à peine praticables pour arriver à destination éreintés, à bout de souffle, et il fallait du temps pour récupérer et sa forme et ses esprits. Avec l'avancée de la technologie, les distances ont disparu. Pour franchir les Alpes - pardon, je voulais écrire Dahr el-Baïdar - et y chercher la vérité, on se déplace en cortège de limousines, toutes sirènes hurlantes, et l'on arrive en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.Pour les périples plus longs, on...
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