Mais soyons honnêtes et félicitons le Qatar. Non seulement ce choix fut mérité, mais cet émirat continue de nous prouver qu'il désire plus que tout jouer dans la cour des grands.
Ayant eu le choix entre rester au Liban après la guerre de 2006, et partir, j'avais dû prendre mon courage à deux mains pour me retrouver au milieu du désert qatari. Jeune architecte d'intérieur pleine d'ambition, je fus obligée de m'habituer à un climat bien loin du mien. Le Qatar était un désert. Mon sens de l'orientation n'arrivait pas à situer le nord du sud, mais je fus sidérée de voir ces immeubles qui ne ressemblaient en rien aux nôtres. Je ne réalisais pas l'ampleur de ces projets qui prenaient tellement de place, et surtout je me sentais abandonnée.
Les amis qui étaient restés au Liban n'arrêtaient pas de me lancer des vannes Et alors ?... Ils ont tellement d'argent qu'ils roulent tous en Ferrari signée Pininfarina ? Tu imagines la combinaison pantoufles et Maserati ?
J'en riais... J'écrivais de longs mails à la famille et aux amis pour leur décrire le milieu dans lequel je vivais, les heures de travail interminables, la vie sociale réduite à sa plus simple expression.
J'aurai dû mieux voir le potentiel de ce pays. Et aujourd'hui, avec le recul et l'expérience, c'est aux Libanais que je désire m'adresser.
Je suis rentrée des pays arabes fin 2009, avec le désir de vouloir travailler au Liban et créer des projets hors pair. Après une année à courir derrière des ouvriers, des menuisiers, des plombiers, après des mois de cris et de coups, je me rends compte que ce pays ne désire pas avancer.
Nous sommes toujours des artisans. Nous n'avons pas la capacité intellectuelle pour reconstruire et encore moins pour nous débarrasser de notre étiquette de « pays du tiers-monde ».
Et tiers-monde, nous le resterons.
Alors, avant que tout le monde ne monte sur ses grands chevaux pour me dire que c'est le pétrole ou le gaz ou l'or qui ont fait que le Qatar ou les émirats ont pu émerger de leur cocon désertique, j'aimerais rappeler que nous sommes la Suisse du Moyen-Orient, comme le disaient si bien les anciens.
Oui, nous avons vu des guerres. Oui, nous baignons dans un marasme politique écœurant, oui, nous sommes en train de vivre énormément de bas. Mais la coupe n'est pas toujours vide.
Nous avons un pays aux potentiels énormes. Nous avons des sites touristiques que nous pouvons améliorer. Nous avons une hospitalité généreuse....
Le problème est ailleurs.
Pour terminer un projet de restaurant qui était supposé prendre quatre mois de travail, il m'a fallu plus de sept mois pour en arriver à bout - et à bout de nerfs. Le menuisier a décidé de me lâcher au milieu du projet pour une cuisine qu'un client lui demandait et pour quelques dollars en plus. Le chef de chantier, que je paye par mois une somme énorme, m'invente tous les jours les excuses les plus invraisemblables. Si ce n'est pas un pneu crevé, c'est une tante qui crève à l'hôpital... Tout est personnel. Le fils du plombier a une carie dentaire et tout le monde s'inquiète. La femme de la tante de l'oncle du cousin de je ne sais plus qui a un kyste et la terre s'arrête de tourner.
Ils ont tous six grands-pères et le double de grands-mères.
Vous pouvez sourire en lisant ces lignes, parce que vous vous reconnaissez tous dans chaque mot que j'écris. Ne serait-ce que pour déboucher une salle de bains, tous les Libanais se sont retrouvés à un moment ou à un autre à ma place. Et surtout en pleine crise de nerfs à cause d'un corps du métier qui est corrompu jusqu'à la moelle. Alors, comment pouvons-nous, dans ces conditions, construire, ou même reconstruire un pays ? Comment puis-je rester au Liban et travailler dans domaine tout en gardant mes principes et ma dignité ? Comment puis-je rêver de projets et d'échelles grandioses si un restaurant de 100 mètres occupe ma vie, mon quotidien et ma sérénité ?
Je me souviens du jour où, après trois nuits blanches, je crus que je pouvais rester à la maison pour me reposer. Je m'étais trompée... J'avais cinq minutes pour me trouver derrière mon bureau et diriger mon équipe ou alors c'était la porte. Je compris, ce jour-là, que j'avais signé pour travailler, pour être fatiguée, et surtout pour construire. Je suis rentrée à Beyrouth avec cette même envie, mais surtout pour donner de moi-même pour mon pays et pas pour le pays des autres.
Nous sommes loin de comprendre ce que ces autres ont déjà accompli.
Félicitons le Qatar, et tous les Qataris. Applaudissons ! Ils le méritent.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef