Un rappel, d'abord. Lausanne, Taëf, Doha, pour ne citer que ceux-là, n'ont pas eu le dernier mot face à l'esprit chicaneur des « Libanoïdes ». Esprit qui semble se propager, d'après la vision de Samuel Huntington, sur le reste de l'humanité (lire le discours de Marine Le Pen à Lyon). Or, qu'est-ce qu'un dialogue ? Et qu'est-ce qu'une culture ? À vrai dire, les ruelles de Tarik el-Jdidé, de Hay el-Lija et d'Aïn el-Remmaneh ne tiennent apparemment aucun compte de nos grandes et louables idées sur la grandeur de la race humaine et l'universalité des Droits de l'homme. D'où l'état psychologique lamentable de nos intellectuels, qui semblent être touchés par le mal du siècle appelé dépression. Il nous faut partir de ce simple constat, en toute quiétude, si l'on veut éviter une dépense inutile d'énergie qui ne fera qu'accélérer l'effet de serre.
Quoi qu'il en soit, il ne revient pas à la société civile de courir après les officiels. Il est évident que le job de gouverner revient au gouvernement. Ce serait aux dirigeants, qui ne dirigent plus grand-chose, de trouver la sortie de secours s'ils désirent échapper à l'impuissance du pouvoir qui n'arrive plus à contrôler les passions collectives et les clivages néolithiques... ni même à réguler le trafic routier. Ce qui amène nos philosophes à se tirer les cheveux du nez sur des mots non répertoriés dans les annales de science politique concernant des mouvements infra ou suprasociétaux, comme « moumana'a » (front de refus), « ahl el-sounna » (la famille sunnite), « moujtamah el-moukawama » (la société de la résistance), « moujtamah el-houriaat » (la société des libertés), etc. Cela, tout en tenant compte du rôle prépondérant des médias dans une société civile en pleine décomposition.
Si le XIXe siècle fut économique et le XXe politique, le XXIe, comme cela fut jadis prédit, est sans le moindre doute religieux, voire sectaire et centré sur des infrasociétés genre de micro-organismes. J'ose l'appeler le siècle techno moyenâgeux de la terreur qui veut bien dire terre-toi avec ton BlackBerry et boucle-là. Si l'islam, lui, reste une civilisation similaire à ce qu'était le christianisme au Moyen Âge (avec une différence notable qui est l'absence d'une référence religieuse centralisée similaire à celle du Vatican), les Occidentaux par contre appartiennent à une culture, voire plusieurs prismes culturels, plutôt qu'à une religion, tandis que le judaïsme, dont nul n'ose prononcer le nom par peur d'être cataloguer d'antisémite, il s'est transformé de l'état culturel (Spinoza et autres), au « civilisationnel » (avec la création d'Israël) et actuellement se construit à l'abri d'un mur. Il est donc devenu micro-sectaire.
Revenons à nos moutons. Qu'en est-il du pseudodialogue entre les cultures ? Certains parlent de dialogue de sourds, d'autres sanctifient le pouvoir de la mondialisation et des nouvelles technologies. La science devient le remède de tous les maux sociaux en exerçant un effet unificateur sur les cultures. Or s'il est facile aux gens de changer de médecin, il leur est presque impossible de changer de rabbin (aïe !). L'évolution fulgurante de la science ne s'est pas accompagnée d'une évolution « culturo-humaine » significative. Elle a même était accompagnée de régressions repérables à l'œil nu dans certains coins du monde, notamment les deux mondes « arabo-musulman » et hébraïque ainsi que l'Amérique « bushienne ». Si tu ne partages pas ma vision simpliste du monde, je te coupe la tête, je bombarde tes villes... Mais qu'en est-il du dialogue cité ? Si l'on revient à la définition du mot donné par le dictionnaire français, il s'agit bien d'une discussion entre deux ou plusieurs personnes, ou de l'ensemble des paroles dites par les personnages d'une pièce de théâtre, d'un film. D'après le dictionnaire anglais, le dialogue est une façon d'entretenir une conversation, c'est-à-dire (d'après le même dictionnaire) un échange d'informations entre au moins deux individus, portant généralement sur un sujet précis ; c'est une forme courante de communication qui permet à des personnes de faire connaissance. Cela nous pousse à dire que le terme dialogue de cultures en soit est un anachronisme.
Il est clair que la biosphère des relations humaines se détériore. Si l'on considère le pays du Cèdre comme un laboratoire, sorte de libanisation inhérente à la mondialisation, c'est-à-dire « confessionnalisation » et sectorisation des sociétés, l'avenir nous semble précaire. Cela fait plus qu'un siècle que les Libanais entretiennent leur dialogue (de cultures) de sourds, sans pour autant que la société n'évolue d'un seul millimètre. Tous les sujets épineux sont écartés : mariage civil, droits de la femme, égalité des opportunités, égalité des droits et des devoirs devant la loi et déconfessionnalisation de l'éducation, de la santé, des médias et de tout ce qui concerne l'espace public, etc. Les « Libanoïdes », flanqués de leurs portable et iPod, demeurent sectorisés en bandes rivales, incapables de construire un État moderne. En effet, la somme des cultures n'est pas égale à leur masse. Un chrétien moderne + un sunnite moderne + un druze moderne + un chiite moderne # une société moderne mais plutôt équivaut à ladite société techno moyenâgeuse. Il s'ensuit qu'il y a urgence à revenir aux fondamentaux : toute grande évolution technoscientifique est généralement accompagnée d'une transformation sociale (ex. l'industrialisation de l'Europe donna naissance au communisme et au fascisme). De ce credo naissent brusquement et violemment les grands mouvements et profonds changements sociaux qu'on appelle usuellement : révolution.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve