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Liban - Culture

La production littéraire arabe des maronites : écrire en « karshouni »...

La statue de l’évêque Germanos Farhat à Alep.

Un colloque consacré à la production littéraire arabe des maronites du XVIe au XVIIIe siècle vient de se tenir à l'Oasis Saint-Basile, centre des congrès du couvent de l'Annonciation des religieuses basiliennes chouérites de Zouk, à l'initiative du Centre de recherche sur les arabes chrétiens (Cedrac) de l'USJ. Présenté par le directeur du Cedrac , le P. Salah Abou Jaoudé, et le doyen de la faculté des sciences religieuses de l'USJ, le P. Salim Daccache, en présence de Mgr Guy Noujeim, représentant du patriarche maronite, le colloque a couvert un nombre appréciable de sujets.
La période de trois siècles couverte par le colloque représente une sorte d'âge d'or intellectuel, dans l'histoire des maronites. C'est l'âge où l'on disait à la Sorbonne « savant comme un maronite » et où des étoiles comme Abraham Excellensis, Jean-Baptiste Hesronite ou Joseph Simonius Assemani brillaient de tous les feux de leur érudition, au Collège maronite de Rome (1584).
Nombreux sont en fait les anciens élèves du Collège maronite (1584-1722) qui, au long des deux premiers siècle de sa vie, ont pris une part active à la renaissance religieuse et culturelle de la communauté maronite, à Alep, puis au Mont-Liban, tout en contribuant à l'épanouissement de l'orientalisme en Occident.
En fait, les maronites ont pratiquement enseigné l'Orient - et en particulier l'islam - à l'Europe. À son tour, l'Europe a transmis aux maronites sa renaissance. Il n'est pas difficile d'imaginer la richesse de ces échanges étalés sur trois siècles. Leur étude en dit long sur le volume du savoir de l'époque - théologie, métaphysique, logique, physique, philosophie, etc, Elle en dit long aussi sur la perception qu'avaient d'eux-mêmes les maronites, leur rapport au Mont-Liban, ainsi que leur perception des « autres », chrétiens non catholiques, musulmans et druzes.
L'époque étudiée est également celle de « l'arabisation » culturelle des maronites, ou encore du passage progressif du syriaque à l'arabe, aussi bien sur le plan de la langue parlée que de l'écrit, une arabisation que le génial évêque Germanos Farhat devait parachever. Avec, ajoutons-le tout de suite, la très étonnante longévité du « garshuni » ou « karshouni », l'arabe écrit en lettres syriaques, que par métaphore on assimile à un « charabia incompréhensible », et qui fut utilisé pour l'affirmation de l'identité chrétienne, face à l'inquisition et à la censure ottomane.

Un travail de fourmi
L'histoire de la production littéraire maronite de l'époque a fait l'objet d'un ouvrage monumental en 5 volumes d'un orientaliste allemand, Georg Graf, en 1949. Deux volumes seulement de cette somme ont déjà été traduits. Le Cedrac a décidé de traduire vers l'arabe cet ouvrage de référence, qui a déjà fait l'objet d'une mise à jour considérable. Avec l'appui du conseil de la recherche de l'USJ, il est question maintenant de hâter la traduction de ce qui reste de cette monumentale anthologie.
Des chercheurs comme Nasser Gemayel, Antoine Khater, Paul Feghali, Salim Daccache, Joseph Moukarzel, Élie Azzi se sont déjà attelés à cette tâche. Mais le travail est immense. Ainsi, l'anthologie de Graf accordait 15 pages aux jésuites qui ont écrit en arabe, mais mise à jour, l'étude comprend désormais, sur ce seul sujet, 250 pages. Le père Camille Hechaimé a entamé l'établissement d'un dictionnaire des auteurs arabes chrétiens. Un premier volume de cette compilation couvrant la lettre « aleph » paraît dans quelques mois.
Réfléchissant à certains aspects de son travail, une sorte d'analyse à la Sherlock Holmes des plis révélateurs d'une feuille manuscrite, des divisions de son texte, de la signification de l'écriture longiligne de sa première phrase, Maroun Aouad n'a pas hésité à parler de sa science comme étant « désintéressée et inutile ». Désintéressée ? Certes. Inutile ? En apparence. Bien sûr, le travail d'historiographe est souvent un travail de fourmi. Il faut beaucoup d'envergure pour le hisser au plan où il n'est plus question de mesurer avec une règle la dimension d'un papier, mais de faire la synthèse culturelle de trois siècles. C'est le privilège des érudits de nos jours. Ce qu'ils font ressemble, sur le plan formel, à de l'archéologie. En attendant l'inscription rare qui récompensera leurs patients travaux. Ce travail de mémoire a quand même un résultat immédiat, celui de permettre aux maronites de mieux se connaître. Car nous vivons souvent sur des bagages culturels dont nous ignorons la source. Grâce aux historiens, cette ignorance s'efface.
Un colloque consacré à la production littéraire arabe des maronites du XVIe au XVIIIe siècle vient de se tenir à l'Oasis Saint-Basile, centre des congrès du couvent de l'Annonciation des religieuses basiliennes chouérites de Zouk, à l'initiative du Centre de recherche sur les arabes chrétiens (Cedrac) de l'USJ. Présenté par le directeur du Cedrac , le P. Salah Abou Jaoudé, et le doyen de la faculté des sciences religieuses de l'USJ, le P. Salim Daccache, en présence de Mgr Guy Noujeim, représentant du patriarche maronite, le colloque a couvert un nombre appréciable de sujets.La période de trois siècles couverte par le colloque représente une sorte d'âge d'or intellectuel, dans l'histoire des maronites. C'est l'âge où l'on disait à la Sorbonne « savant comme un maronite » et où des étoiles comme Abraham...
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