En Israël, au mont Carmel, où 42 personnes ont péri dans les incendies, le gouvernement s'est empressé d'avoir recours à l'aide d'une douzaine de pays, dont la Turquie, la France, le Canada, les États-Unis et la Grèce, sous la forme de bombardiers d'eau et de matériels de lutte anti-incendie comme des retardateurs de flammes. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a même remercié les Palestiniens d'avoir contribué à venir à bout du sinistre en dépit de la crise politique en cours. Face aux catastrophes humanitaires, les barrières politiques tombent. En principe, du moins. Car au Liban, la classe politique a montré qu'elle ne se sentait guère concernée par les soucis des Libanais. Ainsi, chacun des deux camps s'obstine-t-il, à tel point que l'initiative lancée la semaine dernière par le chef de l'État pour tenter de renouer le contact entre les forces politiques n'a pas reçu d'écho positif de la part du 8 Mars, qui a protesté contre la tentative de redynamiser les séances du Conseil des ministres ou les réunions de la table de dialogue avant la résolution du dossier des « faux témoins » et son transfert devant la Cour de justice. L'initiative Sleiman s'est en effet heurtée aux leaders du 8 Mars, tant et si bien que le président de la Chambre Nabih Berry lui-même s'est opposé à la teneur de l'initiative du président de la République et a refusé de participer aux concertations de Baabda, sous prétexte que le chef de l'État aurait proposé de transférer le dossier des « faux témoins » de l'ordre du jour du Conseil des ministres à celui de la table de dialogue national.
Mais des sources bien informées du palais de Baabda démentent ces allégations. Le président de la République souhaite, en effet, à travers son initiative, briser la glace entre les belligérants et tenter d'accompagner le dialogue syro-saoudite pour trouver une solution à la crise. Le principe de base étant qu'il est inconcevable que des efforts soient déployés à l'extérieur pour trouver une issue à l'impasse actuelle, tandis que la scène interne attend, passive, une solution importée. Comme d'habitude. Tout ce que Michel Sleiman a voulu faire, c'est revitaliser l'action des institutions et inciter les leaders des deux camps à assumer leurs responsabilités et proposer des solutions à la question des « faux témoins ». Mais cette tâche n'incombe pas au chef de l'État uniquement, mais à tous les responsables politiques, et le président Sleiman n'a jamais proposé le transfert du dossier en question à la table de dialogue. Il a seulement indiqué qu'il serait favorable à ce transfert dans le cas où les différentes parties parviendraient à s'entendre sur cette solution. Mais la contestation du 8 Mars à l'initiative Sleiman vise en fait, sous le prétexte de l'affaire des « faux témoins », à empêcher toute dynamique qui pourrait relancer la table de dialogue, à mille lieues du dossier en question.
L'on apprend ainsi, de source ministérielle, que le 8 Mars cherche à maintenir le blocage actuel, dans la mesure où l'un de ses scénarios objectifs pour faire face à l'acte d'accusation serait de généraliser la paralysie pour montrer que le pouvoir est incapable de gérer les affaires du pays, ce qui l'aiderait ensuite à passer à la vitesse supérieure, en l'occurrence à reconstituer le pouvoir sur de nouvelles bases, en remplaçant la parité par la répartition par tiers. Cette question avait d'ailleurs été déjà évoquée en 2008 par des responsables iraniens avec l'émissaire français dans la région, Jean-Claude Cousseran, selon un ministre qui, citant un responsable français rencontré durant cette période, affirme que l'idée de la répartition par tiers comme nouvelle formule de pouvoir au Liban est d'origine iranienne et que Paris en avait fait état aux leaders libanais et aux responsables arabes et étrangers. À l'époque, c'est l'Arabie saoudite qui y avait opposé une fin de non-recevoir en mettant en exergue la nécessité de ne pas toucher à la parité consacrée par l'accord de Taëf.
Le 8 Mars cherche donc à généraliser le blocage et l'impotence du pouvoir pour faire chuter le gouvernement et, au-delà, le Tribunal spécial pour le Liban (TSL). Avec un argument massue à asséner à la communauté internationale : c'est le TSL qui a provoqué l'implosion de la stabilité et du système politique libanais. C'est pourquoi, poursuivra le 8 Mars sur sa lignée, il est nécessaire que les Libanais prennent en main l'enquête sur les assassinats après la formation d'un nouveau gouvernement fondé sur le nouveau rapport de force et la nouvelle majorité - Walid Joumblatt ayant été définitivement rappelé à l'ordre et contraint de rejoindre les rangs du camp dominateur. Après quoi le 8 Mars mettra-t-il au point un nouveau plan pour annihiler le TSL en se basant sur les positions du Premier ministre Saad Hariri qui innocentent la Syrie, refusent d'accuser le Hezbollah et reconnaissent l'existence de « faux témoins » et leur effet néfaste sur l'enquête internationale, pour réclamer une enquête libanaise, la seule encore capable de sauver la stabilité...
Ces sinistres données prouvent ainsi, selon un ministre, que le 8 Mars ne veut pas entendre parler d'une solution et qu'il n'est guère rassuré par l'initiative du président Sleiman. Ce qui n'empêche pas pour autant le Premier ministre Saad Hariri de songer sérieusement à la possibilité de convoquer le Conseil des ministres dans les jours à venir, ou encore le ministre de la Justice, Ibrahim Najjar, de plancher sur une issue judiciaire, qui nécessite toutefois un minimum de consensus politique puisque le nœud gordien reste de nature politique. Des sources bien informées estiment ainsi qu'une possibilité serait de charger un juge d'instruction d'enquêter sur le dossier dit des « faux témoins » une fois que les personnes lésées auront porté plainte devant lui.

