L’économiste Bernard Delbecque suggère de renforcer les ressources de l’actuel Fonds de stabilité de la zone euro, doté de 440 milliards d’euros.
Après l'Irlande, le Portugal ou l'Espagne, d'autres pays comme l'Italie et la Belgique sont à leur tour la cible des spéculateurs : les taux d'intérêt de leurs emprunts grimpent car les investisseurs doutent de plus en plus de leur capacité à rembourser.
Du coup, des mesures plus radicales sont évoquées pour éteindre l'incendie et pour combler les lacunes d'une Union qui marche depuis près de douze ans sur une jambe : elle est monétaire, mais pas politique.
« Il n'existe nulle part ailleurs, à travers le monde, une devise unique sans gouvernement unique », juge l'eurodéputé Guy Verhofstadt dans une tribune au quotidien belge Le Soir, regrettant que l'Allemagne ne veuille pas aborder la crise actuelle dans « une perspective structurelle ». « L'euro ne peut pas survivre s'il doit continuer à faire face à seize gouvernements », estime l'ancien Premier ministre belge, qui plaide pour des transferts de compétences afin de créer un véritable pouvoir économique européen. Il souhaite aussi créer un « marché unique des obligations en euros ».
Si elle n'est pas nouvelle, l'idée des « euro-obligations » refait surface.
L'hypothèse d'emprunts lancés en commun par plusieurs États pour mutualiser les risques a été jusqu'ici toujours rejetée par l'Allemagne, qui jouit des taux obligataires les plus faibles en Europe. Berlin refuse de payer pour les autres.
« La vérité est qu'une union monétaire ne peut survivre que s'il y a une volonté de fournir une assistance mutuelle en temps de crise », juge malgré tout l'économiste belge Paul de Grauwe.
Dans une étude récente, il a proposé de transformer l'actuel Fonds de stabilité de la zone euro en un véritable Fonds monétaire européen, déjà évoqué en début d'année.
Un mécanisme dont les Européens se sont rapprochés depuis. L'idée est de faire payer les pays dont les déficits dérapent, et de verser des aides à ceux qui sont en crise en échange de conditions strictes. Ce Fonds pourrait aussi organiser un défaut de paiement d'un pays de la zone euro.
Pour l'économiste Daniel Gros, « il faut toujours mettre ce Fonds en place ». « Mais la crise est tellement imminente, qu'il faut d'abord y faire face, poursuit-il, suggérant de faire les restructurations (de dette) nécessaires tout de suite ou que la Banque centrale européenne intervienne et achète la dette publique de tous les pays concernés. » Pour certains économistes, la priorité doit rester à l'urgence. Il sera toujours temps de renforcer les fondations de la zone euro une fois la crise passée.
« Les responsables européens devraient s'unir derrière un grand programme de redressement solidaire et responsable afin d'écarter durablement l'épée de Damoclès qui continue de menacer la zone euro », juge ainsi l'économiste Bernard Delbecque, dans le quotidien économique belge L'Écho.
Il suggère de renforcer les ressources de l'actuel Fonds de stabilité de la zone euro, doté de 440 milliards d'euros, de mettre en œuvre de nouveaux programmes d'investissement pour les pays fragiles, ou encore de créer un fonds permettant de prendre une participation au capital des banques en difficulté. Si les Européens devaient présenter un nouveau plan de sauvetage, « il faudrait que celui-ci sorte des sentiers battus », estime-t-il.

