Un candidat des Frères musulmans exhibe un bulletin de vote à moitié brûlé. Khaled Dessouki/AFP
« Les Frères... zéro », écrivait déjà hier matin le quotidien indépendant al-Masri al-Yom, en parlant d'une « mainmise » du PND du président Hosni Moubarak. Al-Ahram et al-Masri al-Yom rapportaient également que l'opposition laïque n'a remporté que six sièges en tout, dont trois pour le parti libéral Wafd. « Une Assemblée sans opposition », estimait en une le quotidien indépendant al-Chourouq, en ajoutant que lors du second tour le 5 décembre, « le PND va essentiellement s'affronter lui-même ».
Les Frères musulmans avaient indiqué lundi qu'ils ne comptaient être présents que dans une vingtaine de circonscriptions lors du second tour, mettant leur défaite annoncée sur le compte d'élections « truquées ». Hier, la confrérie a fait savoir qu'elle réfléchissait à un possible retrait. « Nous sommes en train d'étudier si nous continuons ou pas » à participer au processus électoral, a déclaré Mohammad Mursi, un responsable islamiste. « Notre devoir est de dévoiler les injustices et d'y faire face quels que soient les sacrifices », déclarait, de son côté, Mohammad Badih, le chef suprême de la confrérie.
Dans un communiqué, le Wafd a demandé à la commission électorale de suspendre l'annonce des résultats jusqu'à ce qu'elle enquête sur les plaintes de fraudes, estimant que le gouvernement n'avait pas respecté « la promesse présidentielle de garantir la transparence des élections ». La Coalition indépendante pour l'observation des élections, une fédération d'observateurs non gouvernementaux égyptiens, a décrit en détail 83 cas d'irrégularités ou de violences, en estimant que le scrutin avait eu « un goût de sang et une odeur de poudre ». Des observateurs et des journaux égyptiens ont aussi fait état de nombreux cas de violences et d'irrégularités. Au moins trois personnes ont été tuées par balles lors de heurts entre partisans de candidats rivaux, selon le ministère de l'Intérieur. Le PND est mis en cause dans un grand nombre de cas, mais des candidats indépendants ou d'autres partis sont aussi cités.
Les autorités se sont en revanche félicitées du « haut degré de transparence » du scrutin.
À Washington, la Maison-Blanche s'est dit « déçue » par les conditions du déroulement du vote. Le porte-parole du Conseil de sécurité nationale américain, Michael Hammer, a déclaré que « les informations sur des irrégularités dans les bureaux de vote, l'absence d'observateurs étrangers, des embûches imposées aux observateurs locaux et des restrictions aux libertés d'association, d'expression et de la presse sont inquiétantes ».
Le pouvoir égyptien ne cache pas depuis des mois sa volonté d'affaiblir la représentation parlementaire islamiste avant l'élection présidentielle de 2011.

