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Nos lecteurs ont la parole

Confrontation sunnito-chiite ou équilibrage turco-iranien ?

Par Salim F. DAHDAH
Le Liban s'emballe de nouveau et un tournant de la stratégie moyen-orientale s'apprête à rentrer par la « porte libanaise » pour ancrer ses objectifs et ses intérêts au niveau de toute la région.
Sous l'impulsion d'un séisme médiatiquement entretenu depuis quelques semaines par un parti de Dieu aux abois et à bout de souffle à cause de toutes les accusations qui s'accumulent autour de son éventuelle participation à l'assassinat du président Rafic Hariri, et suite à toutes les options inquiétantes qu'il pourrait envisager au cas où l'acte d'accusation venait à être publié confirmant la véracité de ces allégations, on assiste à un branle-bas national, régional et international.
Les deux États les plus directement concernés par le Liban, à savoir la Syrie et l'Arabie saoudite, encouragés par l'Occident, se sont réunis à plusieurs reprises pour essayer d'endiguer toutes les flambées éventuelles conséquentes à un acte du TSL clairement accusateur. Après des débuts pleins de promesses et d'assurances, il semble que le duo Syrie-Arabie, soit déjà essoufflé en face de tous les paramètres que la crise libanaise ne cesse de lui renvoyer, et les médias depuis quelques jours se font l'écho de leur incapacité à apporter de véritables solutions. Parallèlement à cela, la presse est inondée par des rapports inquiétants, dont spécialement celui de Neil McDonalds, journaliste de CBC News, qui tente de jeter le discrédit sur l'enquête du TSL et sur les magistrats en charge du dossier, en lançant un ensemble de révélations pour le moins qu'on puisse dire troublantes.
Est-ce un hasard ou, là encore, s'agit-il d'une orchestration préméditée afin d'orienter le développement des différents évènements qui vont suivre ?
Une nouvelle étape se dessine effectivement après tout ce qui précède, le Premier ministre turc Erdogan est venu en visite officielle au Liban sous un double chapeau, politique et économique. Il est allé au Nord - quand le président Ahmadinejad s'est rendu au Sud - visiter un petit village du Akkar, où paraît-il vivent encore des paysans d'origine « ottomane ». Après l'avoir reçu au Liban, le Premier ministre Saad Hariri se rendra en visite officielle en Iran. Deux démarches qui, après le blocage apparent du processus engagé par la Syrie et l'Arabie saoudite pour parrainer un accord entre tous les protagonistes au Liban, sont très significatives et augurent d'un tournant dans le processus à suivre dorénavant pour le règlement des divers litiges en cours au Moyen-Orient.
Deux périples qui semblent vouloir consacrer l'application réelle et officielle du plan stratégique américain conçu il y a plus de vingt-cinq ans. Un nouveau Moyen-Orient à trois têtes voit le jour (nous y avions d'ailleurs très souvent fait allusion dans nos articles passés aussi bien dans les colonnes de ce même journal que dans celles du Nahar), la « realpolitik » du moment sur la scène politique libanaise semble confirmer son engrangement à travers trois axes : celui de la Turquie, qui devient la principale représentante du sunnisme, celui de l'Iran, qui devient le principal représentant du chiisme, et enfin celui d'Israël, qui est censé devenir le représentant des minorités. Doit-on donc s'attendre maintenant à un début de collaboration ès qualités entre ses trois acteurs ? D'autant plus que des relations bilatérales ordinaires existaient déjà entre la Turquie et Israël, l'Iran et la Turquie et qu'elles devaient être très probablement secrètement engagées entre l'Iran et Israël, l'avenir nous confirmera bientôt cette nouvelle articulation stratégique ou l'infirmera.
Pour revenir au Liban, si l'hypothèse que nous venons de soutenir ci-haut s'avère exacte, nous devrions assister à un équilibrage et non à une confrontation libanaise Nord-Sud, c'est-à-dire à une décrispation progressive et imposée entre le parti de Dieu et le Courant du futur. Un compromis plus ou moins durable devrait être élaboré entre les deux sponsors susmentionnés, pour permettre au Liban de dépasser cette crise dangereuse qui guette le pays, en atténuant sensiblement la politique du « bord du précipice » engagée depuis quelque temps entre le 14 et le 8 Mars en général, et les sunnites et les chiites en particulier, en attendant que les négociations en cours entre Palestiniens et Israéliens et plus tard entre Syriens et Israéliens, et enfin entre Libanais et Israéliens dessinent les contours définitifs de la paix israélo-arabe et de la géopolitique régionale.
Mais quid des retombées du TSL, des armes du parti de Dieu, de l'avenir de la Résistance islamique au Liban-Sud et de la table de dialogue national ? Il faudra probablement que les choses se décantent conformément à une éventuelle mise en place du processus ci-haut mentionné et à un agenda régional décidé entre les trois axes et en coordination avec les décideurs occidentaux. En tout état de cause, et dans l'esprit de l'analyse que nous venons de développer, tout porterait à croire que le parti de Dieu, rasséréné par ledit compromis, pourrait négocier un retour honorable aux institutions, politiquement et militairement.
Il faut espérer que les Libanais se réveilleront et prendront conscience que ce qui se joue sur l'échiquier régional et international est tellement au-dessus de leurs pauvres moyens et bien au-delà de leurs tristes guéguerres intestines, et qu'ils décideront enfin de se solidariser autour de la formule constitutionnelle de 1943 avec ses corrections de Taëf. Elle seule en effet est et restera la garante incontournable de la perduration de leurs communautés, de leurs cultures et de leurs libertés démocratiques, et leur assurera malgré tous ses défauts et ses faiblesses une cohabitation saine et équilibrée, que le monde, et principalement l'Occident, doit commencer à leur envier déjà. Il le fera encore davantage demain, quand les facteurs démographiques bousculeront les modes de vie et de penser de leurs sociétés. Qu'Allah inspire donc toutes nos décisions afin que ce pays et son peuple retrouvent enfin sérénité et stabilité.
Le Liban s'emballe de nouveau et un tournant de la stratégie moyen-orientale s'apprête à rentrer par la « porte libanaise » pour ancrer ses objectifs et ses intérêts au niveau de toute la région. Sous l'impulsion d'un séisme médiatiquement entretenu depuis quelques semaines par un parti de Dieu aux abois et à bout de souffle à cause de toutes les accusations qui s'accumulent autour de son éventuelle participation à l'assassinat du président Rafic Hariri, et suite à toutes les options inquiétantes qu'il pourrait envisager au cas où l'acte d'accusation venait à être publié confirmant la véracité de ces allégations, on assiste à un branle-bas national,...
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