Deux jours après les tirs d'obus qui ont ravagé une île sud-coréenne - le premier bombardement de populations civiles depuis la guerre de Corée - la Corée du Sud a promis une « révision complète » de sa politique de riposte militaire, jusque-là trop « passive ». Accusé de faiblesse par la presse et des responsables politiques, y compris de son propre camp, le président sud-coréen Lee Myung-bak a accepté la démission de son ministre de la Défense, lors d'une réunion d'urgence sur la sécurité. Pyongyang a tiré mardi 170 obus visant l'île sud-coréenne de Yeonpyeong : 90 sont tombés à la mer et 80 ont semé le chaos sur l'île, dont les habitants étaient encore évacués hier, tandis que les soldats y renforçaient leurs positions. Les forces sud-coréennes ont riposté par 80 tirs d'obus. Ce nombre a été jugé trop faible par des élus à Séoul, critiques également envers le temps de réaction de l'armée qui aurait permis à l'armée nord-coréenne de réaliser deux vagues de tirs. Espérant calmer l'inquiétude et surtout la colère des Sud-Coréens outrés par les quatre morts et les 18 blessés à Yeonpyeong, M. Lee a de plus annoncé un renforcement spectaculaire des moyens militaires en mer Jaune, zone vers laquelle se dirigeait hier le porte-avions américain George Washington. Les États-Unis, pour afficher leur soutien à leur allié du Sud, vont effectuer avec lui des manœuvres aéronavales de dimanche à mercredi prochains.
« La mer occidentale (mer Jaune) est devenue une poudrière où les risques de confrontations et d'affrontements entre le Nord et le Sud perdurent uniquement parce que les États-Unis ont de façon unilatérale tracé la ligne illégale de démarcation » entre les deux pays, a déclaré un haut responsable militaire nord-coréen, en faisant référence à la fin de la guerre de Corée (1950-1953). La République populaire démocratique de Corée (RPDC), nom officiel de la Corée du Nord, a affirmé « faire preuve d'un contrôle d'(elle-même) surhumain », mais que ses pièces d'artillerie restaient « prêtes à tirer ». Selon Pyongyang, les États-Unis et leur « marionnette belliciste sud-coréenne » se partagent la responsabilité des échanges de tirs mardi.
Dans ce climat tendu, le ministre chinois des Affaires étrangères, Yang Jiechi, a reporté sa visite à Séoul prévue aujourd'hui, officiellement pour un problème « d'emploi du temps ». Par ailleurs, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il et son fils et probable successeur Kim Jong-un se sont rendus, quelques heures avant le bombardement de mardi, sur le site d'où ont été tirés les obus en direction de la Corée du Sud, ont rapporté des médias sud-coréens. Pour les États-Unis, les tirs nord-coréens constituent un acte isolé lié au processus de transition à Pyongyang. Pour de nombreux observateurs, ce bombardement vise à renforcer la stature de Kim Jong-un au sein de l'armée alors qu'il vient tout juste d'être propulsé au grade de général en septembre.

