Le mois de septembre ainsi que celui d'octobre avaient affiché un des plus hauts taux de décès dus à des accidents de voitures jamais enregistrés en deux mois consécutifs. Référez-vous à un article paru dans L'Orient-Le Jour, énumérant les victimes de ces deux mois meurtriers, article frappant, brut et rigide, qui nous met tous face à ce drame continu.
Faut-il se taire ? Faut-il
agir ? Combien de morts faut-il encore pour qu'un plan national de sauvetage voit le jour ?
Face à cet état de choses, je regrette de dire que non, le silence n'est pas grand, et le passage à une action gouvernementale et législative est devenu indispensable. Je ne m'arrêterai pas aux positions de quelques autorités policières se félicitant de la baisse du nombre de victimes par rapport aux années précédentes, car cela ne règle en rien les vraies sources du problème, mais je dresserai un plan modeste et développable que je mettrai au service d'une organisation ou autorité ayant la ferme volonté de contribuer à cette vision globale de solution.
Pour commencer, nous sommes tous conscients que le ministère de l'Intérieur est l'institution gouvernementale dotée des pleins pouvoirs pour organiser la circulation, assurer, par le biais des Forces de sécurité intérieure, le strict respect du code de la route, veiller au bon état de la mécanique des voitures en circulation et à toute l'opération accompagnant l'examen des candidats au permis de conduire. Mais soyons réalistes : malgré le dynamisme appréciable du ministre de l'Intérieur, et sa façon pragmatique de faire les choses ainsi que sa culture de l'action et du résultat, ce département n'a pas pu, et ne pourra, régler l'intégralité du problème de la sécurité sur les routes de notre république qu'en agissant avec plusieurs autres ministères et pouvoirs publics. Cela requiert évidemment une volonté politique, donc aussi financière, afin de concrétiser une fois pour toutes ce qui se dit toujours mais ne se réalise jamais...
Avant de procéder à une tentative de pointage des différents secteurs du problème de la sécurité des routes au Liban, je tiens à rappeler que l'attitude du citoyen libanais (et je ne sais si le citoyen libanais existe déjà...) consiste souvent à responsabiliser l'État, ce qui représente un comportement négatif. Avant que nos dirigeants n'occupent leurs postes, ils sont avant tout des citoyens. Donc finissons-en avec ce jeu de citoyenneté et assumons, nous chauffards et routiers du Liban, un peu de responsabilité car cela contribuerait également à rétablir l'ordre sur nos routes chaotiques.
L'action qui s'inscrirait dans le cadre des compétences du ministère de l'Intérieur inspire certaines réflexions que voici :
- Contrôle plus aigu du service de la mécanique des voitures en circulation. La création dans ce service d'une équipe des fonctionnaires serait primordiale en vue de rafraîchir les compétences techniques des contrôleurs, contrôler la corruption (le récent remaniement de certaines figures, symbole de corruption, fut encourageant).
- Durcissement du contrôle des voitures importées à travers un projet de loi qui dresserait des conditions minimales à leur admissibilité. Il s'ensuivra qu'un organe devrait être formé afin de contrôler au mieux l'application de cette loi, loin de la corruption et de l'attitude mafieuse, et cela aussi bien au port de Beyrouth que dans les autres ports.
- Création d'une centrale de données qui doterait les Forces de sécurité intérieure d'un moyen de contrôle aigu sur les dérogations à la nouvelle loi (l'importation terrestre illégale serait un exemple).
- Signature avec la Syrie d'un accord bilatéral mettant un terme à l'entrée illégale de voitures ne remplissant pas les conditions requises.
- Installation de radars sur toutes les voies à circulation rapide. Nous saluons à ce sujet le pas en avant du ministère de l'Intérieur qui a consisté à débloquer les fonds finançant ce projet. J'ajoute qu'il est primordial également de débloquer des fonds pour les municipalités afin d'installer des radars dans les rues principales, car les rapports montrent qu'une grande partie des décès ont été enregistrés en raison d'une vitesse excessive.
- Remettre en vigueur l'Alcotest, censé contrôler l'état des conducteurs. 73 % des accidents de voiture enregistrés la nuit ont une même cause : l'ivresse (réf : rapport des FSI pour l'année 2009).
- Inclure dans un projet de loi régissant le code de la route un système punitif et préventif qui prévoirait, à l'instar de ce qui se passe en Europe, au Canada, aux États-Unis, dans le Golfe, de punir le conducteur, proportionnellement à l'infraction commise, non seulement par le biais du paiement d'un montant en espèces, mais également par le biais d'un système de pointage dur et ferme qui consisterait à retirer pour une période de temps le permis afin de limiter la négligence des automobilistes.
Dans le cadre des compétences du ministère des Transports publics :
- Installer un contrôle avant, durant et après l'exécution des projets portant aussi bien sur des autoroutes que sur des rues municipales moyennant un taux de risque moins considérable.
- Dresser une table de critères fermes avant d'admettre telle ou telle compagnie ou firme travaillant dans le secteur. En d'autres termes, contrôler, par le biais d'un conseil interministériel, incluant plus probablement le ministre de l'Intérieur, toute la procédure des appels d'offres afin de s'assurer en fin de compte que les voitures roulent sur des routes dignes de ce nom.
Dans le cadre des compétences du ministère de l'Éducation :
- Élaborer un projet de loi intégrant dans le cycle scolaire, et cela dès le cycle primaire, un programme exhaustif préparant les Libanais de demain aux règles de conduite sur les routes. Cela sensibiliserait nos élèves et nos étudiants à la responsabilité qu'ils devraient assumer derrière le volant dès leur plus jeune âge.
Tout cela serait de la théorie, diraient certains, car au Liban, le problème est dans la corruption et le malaise des organes de contrôle. Je dirais que tout changement serait possible si trois facteurs sont réunis : la volonté politique, les fonds et un soutien sans faille de la société civile à travers ses organisations non gouvernementales.


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