Entre une fête et l'autre, la pause politique se poursuit, les contacts aussi. Le 22 novembre, le Liban officiel affichera de belles images d'unité, mais le sort du pays reste suspendu au résultat des contacts syro-saoudiens, avec une participation française, puisque Paris a choisi de jouer un rôle dans les tentatives de trouver une issue à la crise actuelle provoquée par la publication prochaine de l'acte d'accusation du Tribunal spécial pour le Liban (TSL).
Le président Michel Sleiman s'est ainsi rendu à Damas mardi pour une visite éclair, officiellement pour présenter ses vœux à son homologue syrien, mais surtout pour faire le point des contacts entre le président Bachar el-Assad et le roi Abdallah. Le président Sleiman se rendra d'ailleurs aussi à Doha la semaine prochaine, en principe pour participer à une cérémonie officielle, mais aussi pour suivre les derniers développements régionaux.
C'est que le temps commence à presser, si les rumeurs sur une publication probable de l'acte d'accusation vers la mi-décembre se vérifient. En même temps, les événements semblent aussi se précipiter dans la région. C'est ainsi que l'annonce d'une décision de principe israélienne de se retirer de la partie nord du village de Ghajar (comme prévu dans la résolution 1701), applaudie par la communauté internationale, est accueillie avec circonspection au Liban. Craignant un piège destiné à remettre en cause l'utilité des armes de la résistance, le président de la Chambre Nabih Berry s'est empressé de déclarer hier que celles-ci restent une nécessité nationale pour le Liban face aux visées israéliennes. Mais le problème reste entier car Israël a fixé un délai d'un mois pour négocier les modalités de son retrait de la partie nord du village de Ghajar avec la Finul, refusant de placer les lieux sous le contrôle des autorités libanaises. De son côté, le Liban estime que c'est sa souveraineté qui devrait s'exercer sur cette portion de territoire, non celle de l'ONU. Toutefois, en raison du blocage actuel causé par l'exigence de l'opposition de traiter le dossier des faux témoins et le refus du 14 Mars de répondre à cette exigence, aucun Conseil des ministres n'est prévu dans le courant de la semaine. Ce qui risque de poser un problème pour le dossier de Ghajar, qui constitue une question d'ordre national nécessitant une position libanaise unifiée, d'autant que le dossier est très complexe : un village divisé en deux, peuplé de citoyens détenant des passeports israéliens mais étant de confession alaouite... Un vrai casse-tête en somme pour tout le monde. Pour l'instant, les autorités libanaises se sont en tout cas contentées de dire qu'elles n'ont encore reçu aucune information officielle sur le sujet...
Avec le Conseil des ministres, c'est la réunion de la conférence du dialogue qui est aussi remise en question, alors qu'après la dernière séance ratée à cause du boycott d'une grande partie de l'opposition, le communiqué du palais de Baabda avait annoncé que la réunion suivante se tiendrait avant le 22 novembre. Une fois de plus, les rendez-vous internes sont revus à la baisse, mais cela n'empêchera pas le Liban de recevoir le 25 novembre un visiteur de marque, le Premier ministre turc, Rajib Tayyeb Erdogan, dont le pays est devenu incontournable dans la région. Des informations recoupées affirment que la visite du Premier ministre turc au Liban vise à contribuer à trouver des solutions à la crise que traverse actuellement le pays. La Turquie ne cherche certes pas à remplacer la Syrie et l'Arabie saoudite, mais elle souhaite aider à rapprocher les points de vue, d'autant qu'elle aurait été sollicitée à plusieurs reprises ces derniers temps par des parties libanaises pour intervenir auprès de la Syrie et de l'Iran. Depuis l'adoption de sa politique de bon voisinage et son attachement à la stabilité dans la région, la Turquie s'implique en effet dans les affaires arabes, notamment en Irak et au Liban. Cette visite devrait donc être suivie avec beaucoup d'intérêt par les Libanais, mais aussi par les pays de la région.
Toutefois, les regards restent essentiellement tournés vers Riyad et Damas qui devraient avoir un nouvel échange au sujet du Liban avant la fin du mois de novembre. Aux dernières nouvelles, l'émir Abdel Aziz ben Abdallah aurait noté, au cours de sa dernière visite à Damas, les remarques syriennes au sujet des propositions saoudiennes, et il devrait revenir à Damas porteur de la position de son père, le roi. Cependant, nul n'ose encore afficher trop d'optimisme, tant la crise libanaise est devenue complexe et cristallise désormais de nombreux intérêts régionaux. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le président français Nicolas Sarkozy a décidé récemment d'entendre toutes les parties libanaises pour essayer de déterminer ce que son pays peut faire pour écarter le spectre de la discorde au Liban et pour stabiliser la situation. Après le président de la Chambre Nabih Berry, il s'est entretenu lundi avec le général Michel Aoun et il devrait recevoir le Premier ministre Saad Hariri à la fin du mois. M. Hariri devrait aussi se rendre à Téhéran durant la même période.
Mais tout en se voulant rassurants, ces déplacements des uns et des autres cachent mal l'incapacité des parties libanaises à s'entendre entre elles et leur quête inlassable d'une aide étrangère, arabe ou autre...
La fuite en avant continue, les mutineries à la prison de Roumié et l'évasion des détenus aussi.


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