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Liban

Incendie de Aïn el-Remmaneh : quelles incidences sur la santé et l’environnement

Le port de masques est indispensable dans le quartier sinistré, surtout que de la fumée toxique continuait de se dégager du dépôt.  Photo Ibrahim Tawil

Les flammes étaient à peine éteintes hier à Aïn el-Remmaneh, après l'incendie d'un dépôt de matières chimiques situé sous un immeuble dans la nuit de mardi à mercredi, qu'une foule de questions commençait déjà à être soulevée : comment ces matières chimiques libérées dans l'air affecteront à court et long terme l'environnement et la santé des riverains ? Comment autorise-t-on l'installation de dépôts de produits potentiellement dangereux dans des zones résidentielles densément peuplées ? Enfin, fera-t-on assumer la responsabilité de ce sinistre aux propriétaires du dépôt ?
Le ministre de l'Environnement Mohammad Rahhal, qui s'est rendu deux fois sur le site dans la nuit et en matinée et a exposé le problème en Conseil des ministres dans la soirée, a abordé ces différents aspects du problème lors d'une conférence de presse. « La première mesure que le ministère prendra est de superviser techniquement, en coopération avec la Défense civile, le transfert des restes résultant de l'incendie, a-t-il assuré. Il y a une certaine méthode à respecter dans le maniement de déchets calcinés provenant de l'incendie de matières toxiques et cancérigènes. Nous sommes en contact avec des sociétés privées pour assurer les conteneurs qui serviront au transport de ces déchets, dont l'enfouissement est interdit par la Convention de Bâle. Cette convention stipule que chaque pays ayant des déchets dangereux ou toxiques sans être équipé pour les traiter doit les transférer à un pays possédant les équipements spécialisés. Cela se fera, de toute évidence, aux frais du propriétaire du dépôt. De cette façon, nous aurons résolu le plus urgent. »
Le ministre a considéré cet incendie comme « une motivation pour revoir tous les permis accordés à des dépôts situés dans des zones résidentielles ». « Je soulèverai ce sujet en Conseil des ministres, a-t-il ajouté. J'en ai déjà parlé avec le Premier ministre Saad Hariri, qui m'a demandé un rapport complet sur ce qui s'est passé ici. Nous effectuerons plus tard un recensement global des dépôts situés dans des immeubles résidentiels et nous éluciderons leur statut juridique. Si les propriétaires de ces dépôts sont dans les règles, ils obtiendront ou garderont leur permis, sinon nous enverrons des mises en garde à des dizaines de dépôts pareils à celui-là, qui se trouvent dans différentes régions. Notre objectif sera de les déplacer en quelques mois à peine. » Sur le dépôt en question, il a dit : « Soit il est illégal, soit son permis l'est. » « Dans tous les cas, le propriétaire du dépôt devra indemniser les personnes ayant subi des dégâts au cours de cet incendie », a-t-il ajouté.
M. Rahhal a précisé également que le ministère « testera le taux de pollution dans la région à l'aide de matériel spécialisé », soulignant qu'« une équipe de l'Université Saint-Joseph se rendra sur place pour effectuer les tests ».

Une matière « résineuse »
Dans cet incendie, on a parlé de « matières chimiques qui se sont libérées dans l'air » et les habitants de la région et d'autres quartiers de Beyrouth ont décrit « une forte odeur de chlore ». Quelle est donc cette matière qui a pris feu ? L'expert Wilson Rizk a indiqué hier à L'Orient-Le Jour que la principale matière qui a brûlé dans le dépôt est « résineuse, utilisée dans la fabrication de filtres pour piscines ». « Il s'agit d'un genre d'éponge, composé de fibres destinées à absorber les impuretés dans l'eau, explique-t-il. Cette matière est en effet à base de chlore, d'où l'odeur respirée par les riverains. »
Il ajoute : « En général, de telles matières sont inoffensives et inertes à une température ordinaire. Mais dès qu'il y a une hausse de température, à plus forte raison en cas d'incendies, elles libèrent des gaz toxiques dans la fumée qui émane d'elles. À ce moment, elles deviennent très nocives, ces gaz toxiques provoquant des cas d'asphyxie et des irritations pulmonaires, avec des effets cancérigènes à plus long terme. De plus, ces gaz sont divers et nombreux et ont le potentiel de causer des réactions allergiques de toutes sortes. Les personnes âgées, les enfants ainsi que les personnes asthmatiques sont les plus vulnérables. » Il a précisé que le nuage qui résulte de l'incendie peut durer deux ou trois jours.
En raison des risques sanitaires, les écoles de la zone touchée hier ont fermé leurs portes, notamment le Collège de La Sagesse, qui se trouve juste en face de l'immeuble. Sur les risques sanitaires, le Dr Mirna Waked, pneumologue et allergologue, explique à L'Orient-Le Jour que « toutes les matières à base de résine et de plastique, inhalées après avoir libéré des agents toxiques, sont de grands irritants ». « Un syndrome qui ressemble à l'asthme ou à une allergie peut apparaître chez des personnes qui n'ont jamais eu de l'asthme, dit-elle. Cela est dû à la toxicité. Les bronches se ferment d'une manière théoriquement réversible. La gravité de l'état du patient dépendra alors de l'importance de l'inhalation : si celle-ci est trop forte, comme on le voit parfois chez les pompiers, par exemple, il y a des effets de brûlures au niveau des voies aériennes, allant du nez jusqu'aux poumons (deux membres de la Défense civile ont effectivement été hospitalisés hier, NDLR). Le cas extrême est le "poumon de choc", c'est-à-dire une insuffisance respiratoire aiguë. Par ailleurs, l'inhalation de ces matières peut exacerber un asthme existant. »
Le Dr Waked estime qu'une exposition ponctuelle et unique ne suffit pas à provoquer l'apparition d'un cancer, soulignant que, comme pour la pollution de l'air, le lien entre l'exposition prolongée et l'apparition de la maladie est toujours très difficile à établir. Les effets irritatifs, cependant, pour ceux qui ont respiré la fumée, peuvent durer jusqu'à deux à trois semaines. « Les symptômes les plus courants sont la toux irritative, ainsi qu'une sensation d'étouffement et un sifflement dans la poitrine », précise-t-elle.

L'inspection des dépôts est-elle pratiquée ?
L'affaire de l'incendie de Aïn el-Remmaneh n'a pas eu que des conséquences sanitaires, elle a donné l'impression d'un chaos certain dans le contrôle des dépôts sous les immeubles. C'est ce qui a poussé le député Naji Gharios à demander au parquet de se saisir de cette affaire, dans un communiqué publié hier. « Ce n'est pas la première fois qu'une région est exposée à ce genre d'incident, a-t-il fait remarquer. Il n'y a pas longtemps, un incendie similaire avait éclaté dans la grande rue de Chiyah. Le chaos et la négligence règnent, et on prend à la légère la vie des citoyens leur santé, leur environnement et leurs biens. Comment autorise-t-on le stockage de matières dangereuses et inflammables dans les zones résidentielles, et plus particulièrement sous les immeubles ? »
« Je fais assumer aux autorités concernées et aux municipalités la responsabilité de ce laxisme dans la surveillance et dans l'application des lois et des règles de sécurité publique », a-t-il ajouté.
Mais que dit la loi sur ces dépôts en milieu urbain ? Interrogé par L'Orient-Le Jour, Hassan Rifaat, avocat et ancien président de l'Inspection centrale, fait remarquer qu'il n'y a pas besoin d'attendre une loi spécifique qui interdise le stockage de matières inflammables dans les immeubles ou dans les zones résidentielles. « Il y a des dépôts partout sous des immeubles à Beyrouth, et ils contiennent souvent des matières inflammables, dit-il. Mais la loi des municipalités est claire, et les prérogatives des ministères de l'Intérieur et de l'Environnement, des conseils municipaux et des mohafez le sont aussi. Ils sont responsables de la santé et de la sécurité des habitants, ainsi que de leur environnement. Pour cela, ils doivent envoyer régulièrement des inspecteurs contrôler ces dépôts, vérifier leur proximité des habitations ou la présence d'extincteurs, par exemple. Si ces administrations veulent faire leur travail, il suffit qu'elles utilisent leurs prérogatives et appliquent les lois existantes, qui sont très claires. »
Les flammes étaient à peine éteintes hier à Aïn el-Remmaneh, après l'incendie d'un dépôt de matières chimiques situé sous un immeuble dans la nuit de mardi à mercredi, qu'une foule de questions commençait déjà à être soulevée : comment ces matières chimiques libérées dans l'air affecteront à court et long terme l'environnement et la santé des riverains ? Comment autorise-t-on l'installation de dépôts de produits potentiellement dangereux dans des zones résidentielles densément peuplées ? Enfin, fera-t-on assumer la responsabilité de ce sinistre aux propriétaires du dépôt ?Le ministre de l'Environnement Mohammad Rahhal, qui...
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