Et trouver des mots délicats pour évoquer la faim et le désarroi, qui est le nôtre aujourd'hui, relève d'un exercice impossible.
Mais il faut bien qu'on en parle, qu'on essaye de placer des mots côte à côte pour amortir la chute, pour entamer un débat, pour un peu mieux ouvrir nos yeux.
Le peuple a faim.
Marie-Antoinette aurait répondu alors : « Qu'ils mangent de la brioche ! »
Le peuple a faim et, tous les soirs, nous pouvons voir des hommes et des femmes qui crient leur indignation face à des caméras, le temps d'un journal télévisé. Les prix s'envolent, on triche sur le sac de pain, la viande devient un luxe de riche, les légumes sont hors de prix tout comme le sont le riz, le sucre, les denrées alimentaires de base - et j'en passe... Tout est cher. Et tout le monde le dit. Le peuple peut en témoigner.
La faim avait amené la France à accoucher d'une révolution, à donner aussi naissance aux droits de l'homme et du citoyen. La faim leur avait donné une égalité, une fraternité et, surtout, une liberté. Aujourd'hui, cette même France se révolte contre les retraites. Les syndicats français paralysent le pays depuis des jours. Et nous, que faisons-nous ? Parce que c'est bien de nous qu'il s'agit.
Nous avons faim. Et la seule chose que nous savons faire, c'est dire devant une caméra que les prix sont de plus en plus exorbitants et que 90 % des familles n'arrivent plus à joindre les deux bouts. Mais descendre dans les rues, tous ensembles, chrétiens et musulmans confondus, 8 et 14 Mars, ça non ! On ne le fait pas.
C'est beaucoup trop d'efforts que de se révolter pour une cause qui en vaut la peine.
Parce que, d'un côté, les politiciens sont trop occupés par le tribunal international et leurs conflits personnels et, d'un autre côté, nous sommes devenus un peuple asservi, qui accepte ce genre de situation sans broncher.
Où sont nos idées ? Où sont les masses ? Où sont nos forces ?
Nos idées n'ont pas changé depuis des dizaines et des dizaines d'années. Nous avons des lois qui n'ont pas évolué depuis le mandat français. Nous votons pour les mêmes personnes, depuis que nous sommes « indépendants ». Et si nous ne votons pas pour elles, nous votons pour leurs enfants. Nos idées ? Quelles idées ? Le fils défend les massacres du père, et le petit-fils fera la même chose dans quelques années. Que le peuple mange ou que le peuple meurt de faim, c'est du pareil au même.
Les masses préfèrent rester à la maison. Et ne descendent dans les rues avec des drapeaux multicolores que pour applaudir un dirigeant politique. Nous sommes devenus très forts pour suivre quelqu'un, n'importe qui, et applaudir à des discours qui ne promettent rien, dans un pays où les intérêts privés sont toujours préférés à l'intérêt public.
Nos forces ? Aux grandes idées, les grandes actions. Et comme nous sommes dépourvus de grandes idées, la force n'existe pas. C'est la désunion qui règne. Il n'y a plus de remparts qui bloquent nos horizons.
Le manque considérable de créativité idéologique ces trente dernières années laisse le peuple dans le brouillard. Le moteur d'une réaction populaire n'est pas le mécontentement ou l'asservissement, mais devrait plutôt être la naissance d'un nouveau mode de pensée.
La faim a conduit des peuples vers le changement et la révolte. La faim justifie le moyen de changer ce quotidien que nous sommes obligés d'accepter. Et pourquoi ? Pour qui ? Pour ceux qui nous ont menés tant de fois à la guerre ? Pour les mêmes discours à prix modique, qui ne mettent pas de pains sur nos tables ?
Le peuple a faim et j'aurai voulu être un superhéros.
Le genre de superhéros qui pourrait mener un peuple à se révolter. Mais je n'ai qu'un seul pouvoir, et c'est celui d'écrire. En espérant que quelqu'un, quelque part, se mettra de mon côté. Celui de l'humain en premier lieu. De l'égalité, de la fraternité et de la liberté. Les idées commencent ainsi.
Avant que tout ne s'achève sur l'échafaud... S'il vous plaît!


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